Recherche de sang occulte dans les selles chez les malades hospitalisés : étude rétrospective monocentrique B. Denis, S. Jux, J. Bottlaender, G. Breysacher, P. Chiappa, A. Peter, A. Weiss
But La recherche de sang occulte dans les selles (RSOS) n'est validée que pour le dépistage du cancer colorectal. But : évaluer l'usage fait en hospitalisation de ce test théoriquement dédié au dépistage.
Patients et Méthodes Etude rétrospective monocentrique de tous les dossiers de patients adultes ayant eu une RSOS (test immunochimique) au cours de leur hospitalisation en médecine entre le 01/09/02 et le 31/01/03.
Résultats Sur 4745 séjours hospitaliers > 24h, 242 patients ont eu une RSOS, soit 5,1 % (de 1,4 à 9,7 % selon le service). 200 dossiers ont pu être évalués. Il s'agissait de 81 hommes et 119 femmes avec une moyenne d'âge de 71 ans (extrêmes 20 - 98). 94 patients avaient plus de 75 ans. 13 avaient des antécédents personnels de néoplasie colorectale et 5 des antécédents familiaux au premier degré de cancer colorectal. 24 avaient eu une coloscopie dans un délai < 5 ans. Aucun test n'a été prescrit pour dépistage. Tous l'ont été pour l'exploration de symptômes : anémie (n = 141), symptômes digestifs (n = 35, dont 15 avec hémorragie digestive extériorisée), altération de l'état général (n = 44) et thrombose veineuse profonde (n = 7). 91 % des tests ont été prescrits sous le libellé erroné Gaïac ou Hemoccult. La RSOS a été réalisée sur 3 échantillons de selles dans 104 cas. Une 2ème série de tests a été réalisée dans 9 cas après une 1ère série positive et dans 6 cas après une 1ère négative. Le résultat du test était douteux dans 23 cas. Le test n'a pas été renouvelé pour lever le doute et 17,4% de ces patients ont bénéficié d'une coloscopie. Parmi les 65 tests négatifs, 6 patients (9,2%) ont néanmoins bénéficié d'une coloscopie qui a révélé 3 lésions néoplasiques colorectales (valeur prédictive négative de 50%). Le test était positif chez 112 patients (56%), seuls 33 (29,5%) ont bénéficié d'une coloscopie qui a révélé 10 lésions néoplasiques colorectales : 4 cancers, 1 adénome > 1 cm et 5 < 1 cm (valeur prédictive positive de 30,3%). 50 patients (44,6 %) ont eu une gastroscopie bien que les tests immunochimiques ne détectent pas les saignements provenant du tractus digestif haut et 46 (41,1 %) n'ont eu aucune exploration endoscopique digestive. Dans le groupe anémie, le taux de ferritine sérique n'avait pas été mesuré chez 64 patients (41,6 %). Il était normal ou élevé chez 75 (48,7 %). 15 patients avaient une anémie ferriprive (dont 7 femmes non ménopausées) : 10 avaient une RSOS positive, 6 ont eu une coloscopie et 8 une gastroscopie ; un avait une RSOS négative mais bénéficiait d'une coloscopie et d'une gastroscopie.
Conclusion La RSOS est utilisée de façon inappropriée dans la très grande majorité des cas chez les malades hospitalisés. Quel que soit le résultat de la RSOS, seule une minorité est suivie des examens complémentaires appropriés. Le taux de positivité est très élevé et le rendement diagnostique très faible. Etant donné les risques et les coûts induits par ces mésusages, il faudrait probablement en réserver l'usage au dépistage du cancer colorectal en médecine de ville et restreindre son utilisation en milieu hospitalier. Depuis cette étude, la commission biologistes - cliniciens a décidé de supprimer la RSOS des examens disponibles dans notre établissement hospitalier.
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