Hémorragies digestives graves en réanimation : Rôle préventif de la nutrition entérale. Rôle favorisant de l'insuffisance circulatoire A. Imbert, V. Ozenne, S. de Goeij, J. Audibert, N. Lerolle, C. Faisy, J. Diehl, J. Fagon, E. Guerot
Introduction Des lésions digestives attribuées au stress sont observées chez 75 à 90 % des patients hospitalisés en réanimation. Ces lésions d'origine haute peuvent se compliquer d'hémorragies digestives (HD) graves. Il a été suggéré que la nutrition entérale continue puisse avoir un rôle préventif sur la survenue des HD en réanimation. Cependant les études restent peu nombreuses, hétérogènes et contradictoires. Il a également été suggéré dans des études anciennes que l'hypotension et les états de chocs puissent être des facteurs de risque d'HD de stress. Le but de cette étude était de : a) déterminer si la nutrition entérale avait un effet préventif sur la survenue des HD graves en réanimation. B) déterminer si la survenue d'une défaillance hémodynamique, sa durée et le non contrôle de cette défaillance pouvaient être corrélés à la survenue d'une HD grave.
Patients et Méthodes Il s'agit d'une étude rétrospective, cas/témoin, monocentrique. Les critères d'inclusion étaient les suivants : survenue en cours d'hospitalisation en réanimation médicale d'une HD d'origine haute, HD grave définie selon les critères de Cook et al, réalisation d'une FOGD dans les 24h suivant l'HD. Les critères d'exclusions étaient une hospitalisation pour HD, la survenue d'une HD durant les 4 semaines précédant l'hospitalisation en réanimation, la présence de signes endoscopiques d'hypertension portale et des antécédents de gastrectomie. Après appariement sur 6 critères (âge 10 ans ; IGS2 10 ; existence ou non d'une insuffisance rénale (créatininémie 250 µmol/L et /ou épuration extra-rénale) ; existence ou non d'une thrombopénie < 50 000/mm3 ; durée de ventilation mécanique 2 jours ; prescription ou non de prophylaxie anti-ulcéreuse avant et pendant l'hospitalisation), étaient comparés, entre cas et témoins, le délai d'administration, le nombre de jours sans nutrition entérale et l'existence, la durée et la sévérité d'une insuffisance circulatoire aiguë.
Résultats 26 patients ont constitué le groupe HD (âge : 70,8 10,5 ans, proportion d'homme : 65,4 %, IGS2 : 52,7 14,9). Les 2 groupes étaient comparables pour les 6 critères d'appariement, le sexe ratio, le TP minimum, l'utilisation d'une anticoagulation efficace et le taux de mortalité. La date de début de la nutrition était identique dans les 2 groupes (2,1 ± 1,4 vs 2,3 ± 1,1 j), mais le nombre de jours sans nutrition était plus important dans le groupe HD (5,3 ±3 vs 2,9 ± 2,2 j (p = 0,0022) ; 46,5 ± 31,2 % de la période d'observation vs 27,6 ± 24 % (p = 0,018) ). L'incidence (92,3 % vs 84,6 %), la date de début (2 ± 3 vs 1,7 ± 1,6 j) et la durée d'exposition à une insuffisance circulatoire définie selon le score d'ODIN (8,4 ± 10 vs 7,6 ± 6 j) étaient comparables dans les 2 groupes. La durée d'exposition à une insuffisance circulatoire non contrôlée (lactates supérieurs à 2,2 mmol/l et pression artérielle moyenne ≤ 65 mmHg pendant plus de 6h) était supérieure dans le groupe HD (1,1 ± 1,3 vs 0,4 ± 0.6 j (p = 0,013) ).
Conclusion La nutrition entérale semble exercer un rôle protecteur sur la survenue des HD graves en réanimation. L'existence d'une défaillance hémodynamique non contrôlée pourrait être corrélée à la survenue d'une hémorragie digestive grave.
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