Retentissement de l'incontinence anale sur l'état psychologique des patients H. Damon, C. Martinella, J. Faucheron, X. Barth, M. Fayard, L. Siproudhis, L. Abramowitz, A. Tarrerias, A. Schott, C. Colin, F. Mion
Objectif L'incontinence anale (IA) est un handicap sérieux, qui retentit de façon significative sur la qualité de vie (QDV) des patients. L'IA s'accompagne fréquemment de troubles psychologiques amenant progressivement à une désocialisation et une perte importante de l'estime de soi. A ce jour, peu d'études ont tenté de quantifier ces troubles psychologiques et de les corréler aux symptômes de l'IA. L'objectif de notre étude était d'évaluer l'état psychologique des patients souffrant d'IA.
Patients et Méthodes De janvier 2005 à septembre 2006, 223 patients (193 femmes) d'âge moyen 58 ans (extrême : 22-80 ans) ont été adressés pour bilan d'IA. La gravité de l'IA, la qualité de vie et l'état anxio-dépressif des patients ont été évalués respectivement par le score de Jorge et Wexner (JW), le GIQLI (GastroIntestinal Questionnaire of Life Index), et le questionnaire psychologique HAD (Hospital Anxiety Depression scale). Les syndromes (Sd) anxieux et dépressif ont été définis par des scores HAD-Anxiété et HAD-Dépression supérieurs à 10. En fonction des données du score HAD 3 groupes de patients ont été individualisés : groupe A (score HAD normal) ; groupe B (Sd anxieux isolé) et groupe C (Sd anxio-dépressif), aucun patient ne présentant un sd dépressif isolé sans anxiété.
Résultats Le groupe A comprenait 48 % des patients, le groupe B 27 %, et le groupe C 25%. La fréquence du SAD n'était pas significativement différente chez l'homme et la femme (60% vs 51% ; p = 0,12). Le score de JW moyen était de 9 ± 5. Le score de QDV GIQLI moyen était de 87/144 (± 24) (N : 126/144). Le score de QDV était significativement corrélé au score HAD (anxiété : p< 0.0001, r = 0,57 ; dépression p<0.0001, r = 0.58). Le score de JW était significativement (p = 0,0002) inférieur dans le groupe A (8+/-5) par rapport au groupe B (10±5) et au groupe C (11±4). Le score de QDV GIQLI était significativement (p<0,0001) plus élevé dans le groupe A (99±23) par rapport au groupe B (84±17) et groupe C (67±19). La fréquence du retentissement de l'IA sur la vie sexuelle était significativement (p = 0,0076) plus fréquent dans le groupe C (82%) par rapport au groupe B (67%) et au groupe A (42%).
Conclusion Des symptômes d'anxiété et/ou de dépression sont présents chez plus de 50% des patients avec une IA. Il existe une corrélation significative entre l'altération de la QDV, la gravité des symptômes d'IA et la gravité du score HAD. Il semble exister une forte corrélation entre le retentissement de l'IA sur la sexualité et l'existence d'un Sd anxio-dépressif. Ces perturbations psychologiques devraient être dépistées pour une prise en charge optimale de l'IA. L'impact de la prise en charge de l'IA sur les symptômes anxio-dépressifs reste à évaluer.
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