Le pronostic du carcinome épidermoïde anal est-il plus péjoratif chez les patients infectés par le VIH ? Etude multicentrique sur 151 cas L. Abramowitz, N. Mathieu, F. Roudot-Thoraval, N. Lemarchand, P. Bauer, C. Hennequin, E. Mitry, C. Romelaer, T. Aparicio, I. Sobhani
Introduction L'incidence du carcinome épidermoïde de l'anus (CEA) est en forte augmentation depuis quelques années avec une proportion de patients infectés par le VIH de plus en plus importante. Les courtes séries publiées évaluant son pronostic en fonction d'une infection ou non par le VIH, avant ou au début de l'ère des anti-rétroviraux, mettaient en évidence un plus mauvais pronostic chez les patients infectés, possiblement par insuffisance thérapeutique. Le but de notre étude a été de comparer la survie du CEA chez les patients infectés ou non par le VIH.
Patients et Méthodes Etude rétrospective sur 6 centres incluant tous les patients consécutifs pris en charge pour un CEA de janvier 1998 à octobre 2004 pour lesquels un suivi d'au moins 1 an était disponible. Il a ainsi été recueilli et comparé chez les patients infectés ou non par le VIH : les données démographiques habituelles, le stade, le type histologique, la survie globale et sans récidive et les thérapeutiques dispensées (radiothérapie, chimiothérapie et chirurgie). La charge virale, le taux de CD4 en début de traitement, l'ancienneté de l'infection et le traitement anti-VIH ont été notés chez les patients VIH+.
Résultats Cent cinquante et un cas de CEA ont été analysés (44 VIH- et 107 VIH+) avec un suivi médian de 27 (16-44) mois. Quatre vingt neuf % des patients étaient européens, 8% maghrébins, 2% d'Afrique Noire ou des Antilles et 1% sud américains. Les patients VIH+ avaient un taux de CD4 médian de 320, ils étaient significativement plus jeunes (45 vs 62 ans), exclusivement de sexe masculin (100 vs 27%) et 42/44 étaient traités par anti-rétroviraux. Les CEA étaient classés stades 1, 2, 3A et 3B ou 4 dans respectivement 29%, 46%, 14% et 11% des cas avec une survie globale à 2 ans de respectivement 100%, 85%, 95% et 69%, sans différence selon le statut VIH. Nous n'avons observé aucune différence significative entre les patients infectés ou non par le VIH pour les facteurs suivants : localisation de la tumeur (marge ou canal), l'histologie, le type et le nombre de cures de chimiothérapie (76% de 5FU-CDDP, 8% de LV5-FU2 et 16% de Mitomycine seule), la radiothérapie pelvienne, la toxicité immédiate ou retardée, le taux de récidive et la survie sans récidive. Par contre chez les VIH+, le délai entre le diagnostic et le début du traitement par chimiothérapie était plus important (87 vs 47 jours) et un surdosage par radiothérapie pelvienne était plus souvent réalisé (95,8 vs 76,5%). Parmi les 11 patients avec colostomie, un seul était VIH+. Enfin, la survie n'était pas influencée par l'ancienneté de l'infection VIH, un traitement anti-rétroviral, la charge virale et un taux de CD4<200.
Conclusion Depuis l'utilisation des traitements anti-VIH, le CEA n'est plus sous traité et son pronostic ne semble plus influencé par l'infection VIH.
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