Dysphagie sur barre cricopharyngée P. Pouderoux, S. Obled
Introduction Les barres cricopharyngées (BCP) sont des indentations diminuant le calibre de la bouche oesophagienne durant la déglutition. Si elles représentent un obstacle fonctionnel à l'écoulement du bolus objectivable en manométrie, elles sont souvent asymptomatiques ce qui fait discuter leur rôle en pathologie. Le but de cette étude était d'évaluer la fréquence des BCP obstructives dans une population de patients dysphagiques et d'en décrire la prise en charge.
Patients et Méthodes Les patients présentant des troubles de la déglutition et/ou une dysphagie haute explorés par vidéoradiographie de la déglutition entre 2003-2006 étaient inclus dans l'étude. L'examen consistait à déglutir des bolus liquides (2-20 ml), pâteux et solides selon un protocole standardisé. Une BCP était considérée comme significative lorsqu'elle obturait plus de 25 % de la lumière oesophagienne. Elle était supposée obstructive lorsqu'il existait une rétention du bolus baryté dans la lumière oesophagienne et/ou dans les sinus piriformes. La présence de diverticules ou d'ectasies hypopharyngés, d'une hypocontractilité pharyngée et d'autres facteurs perturbant l'ouverture de l'oesophage et la propulsion du bolus était recherchés. Une vidéomanométrie pharyngo-oesophagienne était réalisée lorsque le mécanisme de la dysphagie n'était pas clairement identifié. Une intervention thérapeutique sur le SSO était proposée en cas de dysphagie sévère.
Résultats Une BCP était détectée chez 12 % des 514 patients consécutifs explorés par radiocinéma de la déglutition. L'age moyen des 42 patients était de 68 ± 14 ans avec sex ratio 1. La barre était postérieure dans 90 % des cas et était associée à un diverticule/ectasie hypopharyngé latéral dans 16 cas. Un seul des diverticules était rétentionnel. Une stase piriforme et/ou un résidu intra-sphinctérien étaient notés chez 24 patients. La BCP était considérée comme seule cause de dysphagie chez 14 patients. Chez les autres sujets, on retrouvait 2 cas d'obstacle sur la bouche oesophagienne (ostéophytose compressive et diaphragme muqueux) et 8 cas d'hypocontractilité pharyngée. La vidéomanométrie réalisée chez 10 des 24 patients ayant une dysphagie sévère montrait une relaxation du SSO incomplète ou absente avec des contractions pharyngées simultanées (achalasie 4 cas), des contractions pharyngées simultanées et/ou hypotensives dans 6 cas. Une dilatation pneumatique du SSO était réalisée chez 5 patients avec 2 succès durables compatibles avec une alimentation orale normale et 4 échecs ou améliorations partielles incompatibles avec une alimentation orale normale. La seule complication était une perforation oesophagienne traitée médicalement. Un traitement par toxine botulique était réalisé 2 fois avec 1 succès et 1 échec. Une myotomie chirurgicale du SSO améliorait 1 des 2 patients sélectionnés.
Conclusion Les BCP isolées sont rarement cause de dysphagie sévère avec rétention pharyngée. Le traitement endoscopique de l'obstruction (dilatation ou toxine botulique) n'est pas codifié et a des résultats imprévisibles tout comme la myotomie chirurgicale, même en cas d'obstacle sphinctérien apparemment isolé.
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