© SNFGE, 2007
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie Envoyer à un ami Imprimer

Modélisation de la morbi-mortalité de l'infection virale C en France
S. Deuffic-Burban, P. Deltenre, A. Louvet, V. Canva, S. Dharancy, A. Hollebecque, J. Boitard, J. Henrion, P. Mathurin

 Introduction

Parmi les 400000 français VHC+, 15 % sont ou ont été buveurs excessifs d'alcool (> 50g/j, Alc+). A ce jour, les modèles prévisionnels n'ont pas pris en compte le rôle de l'alcool et la relation entre le génotype et l'impact du traitement anti-viral. Buts  : A) estimer la proportion des guérisons et des virémiques et leur répartition par stade de fibrose en 2006 ; B) prédire la mortalité liée au VHC ; C) quantifier l'impact de l'alcool ; D) estimer l'effet des progrès thérapeutiques avec prise en compte du génotype (G) et de l'évolution du dépistage.
 

 Matériels et Méthodes

Un modèle de rétrocalcul est développé pour reconstruire la courbe de l'épidémie du VHC, estimer le nombre de sujets par stade et prédire la morbi-mortalité. La progression du VHC est simulée pour toutes les cohortes de sujets infectés dans le passé. Les données de progression de l'infection sont issues d'une revue de la littérature en tenant compte les cofacteurs âge, sexe et alcool. Le modèle tient compte de la proportion de sujets dépistés en 1994 (24 %) en 2004 (56 %) et suppose une augmentation linéaire jusqu'à un maximum de 75 % en 2014. Le modèle est calibré sur la prévalence du VHC en 2004 (INVS) la mortalité par CHC entre 1979 et 2002 et tient compte de la mortalité compétitive (CépiDc).
 

 Résultats

A/ En 2006, le modèle estime que 40 % des VHC+ sont guéris dont 65 % spontanément et 35 % après traitement, et que 60 % sont virémiques dont 27 % déjà traités, 23 % dépistés non traités et 50 % non dépistés. Parmi les virémiques, 51 % sont F0F1, 32 % F2F3, 11 % F4 et 6 % décompensés. B/ La mortalité par CHC et décompensation culminera en 2010 (1150 et 2100 décès) puis diminuera (1000 et 1500 décès en 2025). C/ En 2006, 14 % des Alc- sont F4 dont 29 % décompensés et 43 % des Alc+ sont F4 dont 58 % décompensés. Le rapport du nombre de décès liés au VHC par âge sur le nombre de virémiques du même âge chez les Alc+ vs Alc- est : 0,8 % vs 0,1 % (< 39 ans), 4,5 % vs 0,4 % (40-64 ans) et 11,5 % vs 2,8 % (≥ 65 ans). En raison d'un dépistage insuffisant, l'impact de l'alcool restera stable dans les 20 prochaines années du fait de la poursuite de l'alcoolisation chez les non dépistés Alc+. D/ Par rapport au scénario sans traitement, le traitement actuel réduira la mortalité globale 2006-2025 du VHC de 23 %, 17 % chez les G1-4 et 36 % chez les G2-3. Compte tenu d'une proportion plus importante des G1-4 et malgré une moindre efficacité thérapeutique, le nombre de vies épargnées de 2006 à 2025 sera équivalent chez les G1-4 et chez les G2-3 : 8800 vs 9000. Dans un schéma fictif comparant les différents progrès thérapeutiques, la diminution de la mortalité 2006-2025 est de 4 % avec l'interféron seul par rapport au scénario sans traitement (p = 0,006), 17 % avec la bithérapie standard par rapport au scénario avec l'interféron seul (p < 0,00001) et 7 % avec la BiPeg par rapport au scénario avec la bithérapie standard (p = 0,0002). Enfin, compte tenu d'un retard dans le dépistage (75 % de sujets dépistés en 2014 au lieu de 2004 qui était l'objectif du gouvernement), le nombre de vies perdues lié à ce retard sera de 2563 de 2006 à 2025.
 

 Conclusion

Les traitements antiviraux diminuent la mortalité liée au VHC, la réduction la plus importante étant obtenue avec la BiPeg. Cette étude est la première à modéliser l'impact de l'alcool chez les VHC+. En raison de l'insuffisance de dépistage et en dépit du traitement, la mortalité liée au VHC restera importante et l'impact de l'alcool restera majeur ces 20 prochaines années. Une intensification du dépistage est nécessaire afin d'obtenir au moins 75 % en 2014.
 

 Mots-clés :
Cirrhose
Epidémiologie (Sauf Cancer)
Hépatites Virales : Traitement

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