Chimiothérapie palliative par gemcitabine pour adénocarcinome pancréatique après 75 ans : l'âge ne fait rien à l'affaire. O. Hentic, C. Letourneau, V. Rebours, A. Pelletier, O. Corcos, F. Maire, M. Zappa, S. Faivre, P. Lévy, E. Raymond, P. Ruszniewski, P. Hammel
Introduction Le pronostic de l'adénocarcinome pancréatique (AP) est mauvais mais la gemcitabine (Gem) permet d'améliorer l'état général et la survie des malades. Cette chimiothérapie (CT) n'a pas été évaluée chez les malades âgés de plus de 75 ans. But : déterminer la faisabilité, la tolérance et l'efficacité de la CT palliative par Gem chez les malades ≥ 75 ans atteints d'AP.
Patients et Méthodes Tous les malades ≥ 75 ans ayant un AP inopérable (localement avancé (LA) ou métastatique (M) ) ou ayant récidivé après chirurgie à visée curative (R), diagnostiqué entre 03 / 2000 et 06 / 2006, étaient inclus dans cette étude rétrospective. En réunion de concertation multidisciplinaire (RCP), il était décidé de débuter une CT palliative par Gem si le statut OMS était ≤ 2 et s'il n'existait pas de comorbidité majeure ; dans le cas contraire, les malades recevaient un traitement de confort. Le pourcentage de malades traités, le type et le nombre de cures de CT, le pourcentage de toxicités de grade ≥ III, le bénéfice clinique et le taux de réponse morphologique à la première évaluation ainsi que le décès des malades étaient évalués. La survie était étudiée selon Kaplan-Meier (comparaison statistique avec le test du Log Rank).
Résultats 42 malades (52 % de femmes), d'âge médian 78 ans (75-84), avaient un AP : LA (n = 18), M (n = 16) ou R (n = 8). La CT était décidée pour 86 % des malades, dont 76 % avaient effectivement reçu le protocole Gem selon Burris ; 24 % des malades avaient reçu un traitement de confort (chimiothérapie récusée d'emblée n = 6 ou à cause d'une détérioration rapide de l'état général après la décision prise en RCP n = 4). Le nombre médian de cures était de 10 (1-45). Au moins un épisode de toxicité ≥ III était survenu chez 23 % des malades sans aucun décès toxique et seul un malade arrêtait la CT du fait d'un syndrome hémolytique et urémique. Lors de la première évaluation, il existait au plan clinique : un bénéfice, une stabilité ou une dégradation chez respectivement 9 %, 44 % et 37 % des malades traités par CT ; au plan morphologique le pourcentage de malades stabilisés, répondeurs ou progressifs était respectivement de 50 %, 9 %, et 41 %. A la date des dernières nouvelles, 12 % des malades étaient vivants. Selon Kaplan-Meier, la survie médiane des 42 malades était de 10 mois (6-13). Celle des malades traités par chimiothérapie était de 12 mois et celle des malades ayant reçu un traitement de confort de 3 mois (p = 0,0025).
Conclusion 1) Deux malades sur trois âgés de plus de 75 ans, atteints d'AP, ont pu recevoir une CT palliative par gemcitabine. 2) 23% d'entre eux ont eu un épisode de toxicité grade ≥ III justifiant une seule fois l'arrêt du traitement. Il n'y a pas eu de décès toxique. 3) La tolérance et l'efficacité de cette CT ne semblent pas différentes de celles des grandes études effectuées chez des sujets plus jeunes (≤ 75 ans).
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