La prévalence de la dénutrition est particulièrement élevée au cours des cancers digestifs : résultats d'une enquête nationale un jour donné. X. Hebuterne, E. Lemarié, M. Michallet, C. Beauvillain de Montreuil, F. Goldwasser
Introduction En 1980, Dewys et al. (1) ont démontré que la dénutrition était fréquente chez les malades porteurs d'un cancer. Depuis, d'importants progrès ont été réalisés dans la prise en charge de cette maladie. Le but de cette étude était de réévaluer, 25 ans après, la prévalence de la dénutrition dans une population non-sélectionnée de malades cancéreux.
Patients et Méthodes Le 15 novembre 2005, une évaluation de l'état nutritionnel a été réalisée chez tous les malades présentant un cancer vus dans 154 unités de 86 services dans 24 villes en France. La taille, le poids actuel, le poids usuel et l'indice de masse corporel ont été évalués chez tous les malades. La dénutrition était définie par un IMC < 18,5 (ou 21 chez les sujets de 75 ans ou plus) et / ou une perte de poids > 5 % en un mois ou 10 % en 6 mois.
Résultats 2068 malades (1189 hommes et 879 femmes) âgés de 60 ± 13 ans ont été évalués et le statut nutritionnel a été obtenu chez 1903 d'entre eux. Les évaluations nutritionnelles ont été réalisées en hospitalisation classique (n = 916), en hospitalisation de jour ou de semaine (n = 390), en consultation externes (n = 268), dans les unités de radiothérapies (n = 169), ou dans d'autres unités (n = 325). La tumeur avait une évolution locale chez 25 % des malades, loco-régionale chez 31 % et métastatique chez 44 %. 75,5 % des malades ont reçu une chimiothérapie, 47,5 % ont été opérés de leur tumeur et 42,6 % ont reçu une radiothérapie. Le performance status (PS) état 0 ou 1 chez 52,3 % des malades, 2 chez 25,3 %, 3 ou 4 chez 22,4 %. Tous types de cancers confondus, 38 % des femmes et 40 % des hommes étaient dénutris. La prévalence de la dénutrition était de 49 % pour les cancers de la tête et du cou (n = 366), 34 % pour les leucémies et les lymphomes (n = 377), 45 % pour les cancers broncho-pulmonaires (n = 247), 39 % pour les cancers colo-rectaux (n = 191), 59 % pour les cancers gastriques (n = 41), 61 % pour les cancers de l'oesophage (n = 41), 67 % pour les cancers du pancréas (n = 42), 21 % pour les cancers du sein (n = 229), 45 % pour les cancers de l'ovaire et de l'utérus (n = 87) et 14 % pour les cancers de la prostate (n = 72). La prevalence de la dénutrition était de 22,7 % chez les malades avec une tumeur localisée, de 44,3 % au stade loco-régional et de 45,9 % en cas de tumeur métastatique. Elle était de 14,4 %, 31,4 %, 52,3 %, 53,6 %, et 65,3 % chez les malades avec un PS de 0, 1, 2, 3 et 4, respectivement.
Conclusion 25 ans après l'étude de Dewys et al. Et malgré les progrès des traitements anti-cancéreux, la prévalence de la dénutrition est toujours aussi importante chez les malades porteurs d'un cancer. Elle est particulièrement élevée chez les malades porteurs d'un cancer digestif. Un dépistage systématique de la dénutrition est nécessaire dès le diagnostic de la maladie et sa prise en charge doit faire partie du programme personnalisé de soins.
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