L'activité serine protéasique fécale: un facteur physiopathologique et un marqueur potentiel pour le diagnostic du syndrome de l'intestin irritable à prédominance diarrhéique M. Leveque, K. Gecse, R. Roka, A. Rosztoczy, T. Wittmann, J. Fioramonti, L. Bueno
Introduction Il a été montré que les selles de patients atteints d'un syndrome de l'intestin irritable à prédominance diarrhéique (SII-D) ont une forte activité sérine protéasique fécale, non corrélée à une accélération du transit, susceptible d'augmenter la perméabilité paracellulaire colique et la sensibilité douloureuse à la distension en activant des récepteurs PAR-2 (proteinase-activated receptor-2) localisés au pôle apical des colonocytes. L'objectif de notre étude était de rechercher chez des patients SII-D l'origine de cette activité sérine protéasique élevée et d'évaluer si cette activité fécale pouvait être un marqueur physiopathologique spécifique du SII-D.
Matériels et Méthodes Des échantillons fécaux de sujets contrôles et de patients présentant un SII-D (critères de Rome II), une recto-colite hémorragique (RCH) ou une diarrhée infectieuse aiguë (INF) ont été étudiés. Les concentrations des composés suivants ont été déterminées par ELISA ou mesure d'activité enzymatique : sérine protéases, trypsine, élastase-1, tryptase mastocytaire, marqueurs d'inflammation (myéloperoxydase (MPO), élastase neutrophilaire, calprotectine) et secretory leukocyte protease inhibitor (SLPI).
Résultats L'activité sérine protéasique fécale des patients SII-D et RCH était deux fois plus élevée que celle des sujets contrôles (73,4± 9,7 et 68,3±14,9 vs.31,8 ± 8,0 U/mg protéine, p<0,01 et p<0,05 respectivement). Par contre, aucune modification n'a été observée pour le groupe infectieux (24±3,2 U/mg protéine). L'augmentation de l'activité sérine protéasique chez les SII-D n'était pas associée à une augmentation de la concentration fécale de trypsine et d'élastase-1 (326,8±69,0 vs. 268,9±88,4 mDO/min/mg, p>0,05 ; 509±29 vs. 559±41,5 ng/g fèces, p>0,05, respectivement). Il en était de même pour le groupe RCH. À l'inverse, les concentrations de trypsine et d'élastase-1 étaient diminuées dans le groupe INF (75,4±14,4 mDO/min/mg pour la trypsine, p<0,01 ; 358 ±40 ng/g fèces, pour l'élastase-1, p<0,01). La concentration en tryptase mastocytaire était identique à celle des sujets contrôles dans tous les groupes de patients. L'activité MPO, la calprotectine et l'élastase neutrophilaire étaient significativement augmentées (p<0,05) pour les groupes RCH et INF, mais pas pour les SII-D. Enfin, les taux fécaux de tryptase mastocytaire et de SLPI étaient normaux dans tous les groupes.
Discussion L'activité sérine protéasique observée dans les surnageants des fèces des patients SII-D n'est consécutive ni à une altération des sécrétions de trypsine ni à une sécrétion luminale accrue de protéases endogènes ou une sécrétion diminuée de facteurs antiprotéasiques endogènes, ni consécutive à une inflammation pariétale. Ainsi, cette augmentation d'activité protéasique aurait pour origine une altération de la flore colique.
Conclusion L'hyperactivité protéasique des selles de patients SII-D pourrait être à l'origine d'altérations motrices, sécrétoires et sensorielles via l'activation locale des récepteurs PAR-2.
|