Décision de traitement postopératoire du cancer du rectum. Faut-il tenir compte de l'échographie endorectale initiale ou de l'analyse histologique de la pièce opératoire ? Analyse d'un essai randomisé multicentrique de la FFCD P. Burtin, N. Methy, J. Gerard, T. Conroy, O. Bouché, O. Chapet, F. Bonnetain
Introduction En raison des altérations induites par la radiothérapie préopératoire du cancer du rectum, le stade pTNM ne correspond pas toujours au stade clinique initial. Ceci peut être lié à la réduction de stade attendue avec le traitement préopératoire. On peut se poser la question d'une chimiothérapie postopératoire chez les patients ypN1, ou bien ypN0 mais initialement uN1 en échographie endorectale (EER) avant radiothérapie (si leur pronostic est similaire aux ypN1). But de l'étude : Nous avons comparé la survie des patients uN0 effectivement ypN0, uN1 puis ypN0, et uNx puis ypN1 pour déterminer si les patients initialement uN1 ont un pronostic similaire aux patients ypN1.
Patients et Méthodes Dans l'essai FFCD 9203 (Gérard et al., JCO, 2006), 742 patients ayant un cancer du rectum au moins T3 ont reçu une radiothérapie préopératoire. L'administration d'une chimiothérapie concomitante était décidée par tirage au sort et l'intervention était programmée 3-10 semaines après la fin de la radiothérapie. L'EER était facultative dans le cadre du bilan pré-thérapeutique et a été réalisée et renseignée pour le T et le N avant la radiothérapie pré-opératoire chez 394 patients. La durée médiane de suivi était de 6,8 ans. La réponse ganglionnaire était évaluée de la façon suivante. Groupe 1 : pas de changement de stade avant et après radiothérapie (uN0-ypN0), groupe 2 : réduction de stade ganglionnaire après radiothérapie (uN1-ypN0), groupe 3 : statut ypN1, quel que soit le statut initial en EER. La réponse de la tumeur était évaluée en réponse partielle : réduction de stade T et absence de réponse dans les autres cas. La recherche de facteurs pronostiques a été réalisée par un modèle de Cox.
Résultats En analyse univariée, il existait une différence significative de survie entre les trois groupes (p<0,0001). En analyse multivariée, il n'y avait pas de différence significative de survie entre les groupes 1 et 2 (RR = 1,1, p = 0,74), y compris en ajustant sur la réalisation d'une chimiothérapie pré- et post-opératoire et sur les autres facteurs pronostiques connus. La réduction de stade de la tumeur n'avait pas de valeur pronostique significative (RR = 0,80 ; p = 0,08). | Groupe | RR | p | Survie à 5 ans | | G1: uN0 → pN0 G2: uN1→ pN0 G3: uN0N1 → pN1 | 1 1,1 3,2 | 0,73 <0,0001 | 85% 79% 55% |
Discussion
Conclusion Cette étude suggère que les patients ayant une tumeur uN1 avant radiothérapie qui deviennent ensuite ypN0, ne conservent pas le pronostic des tumeurs N1 et ne devraient pas bénéficier d'une chimiothérapie postopératoire. Bien que l'EER garde sa valeur pour la sélection initiale des patients, l'indication de chimiothérapie post-opératoire devrait donc plus reposer sur le statut ganglionnaire de la pièce opératoire que sur la classification EER initiale.
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