La précarité socio-économique est-elle associée à une évolution péjorative de la maladie de Crohn ? S. Nahon, G. Macaigne, J. Faurel, M. Howaizi, A. Fleury, A. Baju, C. Locher, G. Barjonet, G. Gatineau Saillant, C. Poupardin, P. Lahmek
But Certains facteurs environnementaux, dont le tabac, sont associés à une évolution péjorative de la maladie de Crohn (MC). Par ailleurs, la précarité socio-économique est associée à un moins bon accès aux soins. Le but de ce travail a été d'évaluer l'influence de la précarité sur la sévérité de la MC par un questionnaire standardisé et validé de mesure de la précarité, le score EPICES.
Patients et Méthodes Nous avons mené dans 7 hôpitaux généraux de la région parisienne une étude prospective évaluant l'influence de la précarité sur la sévérité de la MC de septembre 2006 à juin 2007. Nous avons utilisé le questionnaire EPICES (Evaluation de la Précarité et des Inégalités de santé dans les Centres d'Examens de Santé ; http : //www.cetaf.asso.fr/protocoles/precarite/protocoles_epices.htm#publis), un score >30 définissant la précarité, ce score variant de 0 à 100. La MC était jugée sévère en présence d'au moins l'un des critères suivants : 1) traitement chirurgical, 2) traitement par immunosuppresseur ou biothérapie, 3) maladie ano-périnéale, 4) ≥ 2 hospitalisations, 5) > 2 cures de corticoïdes.
Résultats 207 patients ont été inclus et avaient un score médian de précarité à 20,7 (0 - 100). 73/207 (35 %) étaient précaires (score > 30). Il n'existait pas de différence statistique entre patients non précaires et précaires pour 1) l'âge moyen : 39 ± 14,6 vs. 40,6 ± 13,5, p = 0,4), 2) le sexe ratio (F/H) : 87/47 (65 %) vs. 41/32 (56 %) ; p = 0,2 ; 3) la durée de la maladie (jours) 3275 ± 3198 vs. 3088 ± 2611 ; p = 0,7 ; 4) le délai entre le diagnostic et les premiers symptômes > 1an : 22 (19 %) vs 13 (21 %) ; p = 0,8. L'analyse comparative des critères de sévérité de la MC selon la présence ou non d'une précarité figure dans le tableau. | | Score < 30 n = 134 | Score > 30 n = 73 | p | | Maladie sévère | 94 (70 %) | 52 (71 %) | 0,9 | | ≥ 2 critères prédictifs de sévérité1 | 67 (50 %) | 41 (57 %) | 0,4 | | Immunosuppresseur | 72 (54 %) | 42 (58 %) | 0,8 | | Infliximab | 18 (13,5 %) | 13 (18 %) | 0,6 | | LAP | 32 (24 %) | 14 (19 %) | 0,7 | | > 2 cures de corticoïdes | 14 (11 %) | 7 (10 %) | 0,5 | | ≥ 2 hospitalisations pour poussée | 41 (40 %) | 32 (56 %) | 0,04 | | Chirurgie | 59 (44 %) | 16 (22 %) | 0,004 |
Discussion
Conclusion Dans ce travail, la précarité ne semble pas influencer la sévérité de la MC. Le délai de la prise en charge initiale et les critères prédictifs de sévérité à 5 ans n'étaient pas différents chez les patients précaires et non précaires. Ces résultats peuvent s'expliquer par un bon accès aux soins des patients ayant une MC dans les hôpitaux français et par la prise en charge préférentiellement hospitalière de cette maladie.
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