© SNFGE, 2008
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie Envoyer à un ami Imprimer

Rééquilibrer la dysbiose dans la maladie de Crohn : Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie commensale majeure, a des effets anti-inflammatoires in vitro et in vivo
H. Sokol, B. Arnaud-Pigneur, L. Watterlot, O. Lakhdari, H. Blottière, C. Grangette, G. Trugnan, J. Doré, G. Thomas, P. Marteau, P. Seksik, P. Langella

 Introduction

Le microbiote joue un rôle clé dans la maladie de Crohn (MC). Une diminution de la proportion et de la biodiversité bactérienne des Firmicutes (Phylum principal de la flore normale) a été récemment mise en évidence. Une étude a montré une association entre une diminution de Faecalibacterium prausnitzii, bactérie majeure des Firmicutes, et un haut risque de récidive postopératoire de MC iléale. Nous avons donc émis l'hypothèse que F. Prausnitzii pourrait avoir des effets protecteurs vis-à-vis de la MC. Le but de cette étude était de rechercher un éventuel effet anti-inflammatoire de F. prausnitzii in vitro et in vivo.
 

 Matériels et Méthodes

In vitro, la sécrétion de cytokines et l'activation de NFκB (déterminée par gène rapporteur à la luciférase) étaient mesurées sur les lignées Caco-2 et HT-29, et sur cellules mononuclées périphériques co-cultivées avec F. prausnitzii ou son surnageant. Chez la souris, la colite était induite au TNBS (100 mg/kg) après 5 j d'administration orale de F. prausnitzii ou de ses composants. La sévérité de la colite était évaluée 2 j après par des scores macroscopique (Wallace) et histologique (Ameho) et par la quantification des cytokines coliques par ELISA. La composition du microbiote fécal des souris était déterminée par qPCR.
 

 Résultats

Sur Caco-2, F. prausnitzii et son surnageant réduisaient la production d'IL-8 induite par l'IL-1β (36,8% (p < 0,05) et 79,4% (p < 0,001) de protection respectivement). Sur HT-29 transfectées avec un gène rapporteur pour NFκB, le TNFstimulait l'activité de la luciférase (x4,6). F. prausnitzii amplifiait l'effet du TNFα (x8,1), tandis que son surnageant l'inhibait fortement (x1,2 ; p < 0,01). Sur cellules mononuclées périphériques, F. Prausnitzii induisait un très faible taux d'IL-12 et d'IFNmais une forte sécrétion d'IL-10 comparée à Escherichia Coli TG1 et Lactococcus lactis MG1363 (p < 0,05). L'administration intragastrique de F. prausnitzii vivant (5.109 CFU/j) ou de son surnageant réduisait nettement la gravité de la colite au TNBS (protection respectivement de 61,5% et 59,6% sur le score de Wallace, p < 0,05 ; et score d'Ameho 2,2 ± 0,7 et 1,9 ± 0,8 vs 4,7 ± 0,6 pour le contrôle positif ; p < 0,01), alors que F. prausnitzii tué, son ADN ou ses membranes n'avaient pas d'effet. F. prausnitzii et son surnageant induisaient une diminution de la sécrétion colique de TNFα et d'IL-12 comparé au groupe contrôle positif (p < 0,05). Le surnageant induisait de plus une surproduction colique d'IL10 par rapport aux groupes témoins positif et négatif (p < 0,01). L'analyse du microbiote colique montre que l'administration de F. prausnitzii ou de son surnageant tendait à contrebalancer la dysbiose associée à la colite au TNBS.
 

 Conclusion

F. prausnitzii a des effets anti-inflammatoires à la fois in vitro et in vivo. Son action implique des métabolites sécrétés qui bloquent l'activation de NFκB et la production d'IL-8. Les effets in vivo sont associés à une diminution de la synthèse colique de cytokines pro-inflammatoires, à l'induction de la synthèse d'IL-10 (pour le surnageant) et à une tendance à la correction de la dysbiose induite par la colite au TNBS. L'utilisation de F. prausnitzii comme agent probiotique pour rééquilibrer la dysbiose apparaît une stratégie prometteuse dans le traitement de la MC.
 

 Mots-clés :
Immunologie Et Microbiologie : Inflammation
Pathologie Intestinale : Maladies Inflammatoires Intestinales : Fondamental,Etiologie, Génétique

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