Les patients atteints de maladie de Crohn (MC) ont-ils un niveau de précarité socio-économique plus faible ? Résultats d'une étude contrôlée S. Nahon, P. Lahmek, B. Delas, J. Faurel, C. Poupardin, J. Lemeunier, V. Jouannaud, B. Lesgourgues
Introduction Il est classiquement admis que les patients atteints de MC font partie des classes sociales privilégiées [1]. Afin de confirmer cette association, nous avons mené un travail prospectif comparant le niveau de précarité socio-économique des patients atteints de MC à trois groupes contrôles, à l'aide d'un questionnaire standardisé et validé de mesure de la précarité, le score EPICES.
Patients et Méthodes Les patients ayant une MC ont été recrutés en consultation. Sur la même période, nous avons choisi trois groupes contrôles de patients ambulatoires : 1) le premier constitué par des patients ayant une maladie chronique atteignant des patients jeunes comme la MC : le diabète de type 1 ; 2) le deuxième constitué de patients ayant une pathologie a priori indépendante du niveau de précarité : la maladie hémorroïdaire (MH) ; et 3) le troisième constitué de patients ayant une pathologie dépendante a priori du niveau de précarité : l'alcoolodépendance. Le niveau d'étude et le questionnaire EPICES (Evaluation de la Précarité et des Inégalités de santé dans les Centres d'Examens de Santé ; http : //www.cetaf.asso.fr) ont été utilisés pour mesurer la précarité dans ces quatre groupes, un score > 30 définissant la précarité (score variant de 0 à 100).
Résultats De septembre 2006 à juillet 2007, nous avons inclus consécutivement 78 patients ayant une MC (49F/29H, âgés de 41 ± 14 ans) ; 27 patients diabétiques de type 1 (9F/18H, âgés de 39 ± 22 ans) ; 47 patients ayant une MH (23F/24H ; âgés de 53 ± 15 ans) et 135 patients alcoolodépendants (30F/105H, âgés de 47 ± 11 ans). Le score médian de précarité était de : 13,6 (0 - 57) chez les patients atteints de MC ; 16,6 (0 - 64) chez les diabétiques ; 23,1 (0 - 75) chez les patients ayant une MH et 31,4 (0 - 90) chez les patients alcoolodépendants. Les patients ayant une MC étaient significativement moins précaires (score EPICES ≤ 30) que 1) les patients diabétiques (77 % vs 60 %, p = 0,07), 2) les patients ayant une MH (77 % vs 59 %, p = 0,04) et 3) les patients alcoolodépendants (77 % vs 41 %, p < 0,0001). Les patients ayant une MC avaient plus fréquemment un niveau d'étude ≥ baccalauréat que 1) les patients diabétiques (51,5 % vs 35 % ; p = 0,1), 2) les patients ayant une MH (51,5 % vs 24 % ; p = 0,003) et 3) les patients alcoolodépendants (51,5 % vs 33 % ; p = 0,01).
Conclusion Comparativement à des patients jeunes ayant une maladie chronique ou à des patients ayant une pathologie influencée ou non par le niveau de précarité, les patients ayant une MC sont moins précaires et ont un niveau d'étude plus élevé. Ces résultats pourraient confirmer l'hypothèse que la MC est plus largement représentée dans les classes socio-économiques élevées, sous réserve du caractère local de cette étude.
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