Neuromodulation des racines sacrées et fonction rectale : le volume rectal maximal tolérable serait-il un facteur prédictif de réponse au traitement ? S. Roman, H. Damon, T. Tatagiba, X. Barth, L. Siproudhis, F. Mion
Introduction L'effet de la neuromodulation des racines sacrées (NMS) sur la physiologie ano-rectale est mal connu. Des anomalies de la sensibilité et de l'adaptation du rectum à la distension peuvent participer aux phénomènes d'incontinence anale. Une étude récente a montré que la NMS augmentait la capacité rectale sans modification de la compliance [1]. Le but de cette étude était de déterminer l'effet de la NMS sur la fonction rectale et de comparer la fonction rectale selon la réponse clinique au traitement par NMS.
Matériels et Méthodes La fonction rectale de 18 patients (17 femmes, âge moyen 58,5 ans) a été explorée par barostat électronique avant et 3 mois après implantation définitive d'un stimulateur de NMS pour incontinence anale. Les variations du volume rectal ont été enregistrées lors d'un protocole de distension isobarique. La compliance rectale était définie comme la pente de la courbe Δvolume/Δpression. On considérait qu'il existait une réponse positive à la NMS en cas de réduction d'au moins 40 % du score de Jorge et Wexner. Les résultats sont exprimés en moyenne ± écart type.
Résultats Trois mois après implantation définitive du stimulateur de NMS, 14 patients présentaient une amélioration significative des symptômes d'incontinence anale (Score de Jorge et Wexner à 5 ± 3 contre 15 ± 3 avant NMS, p < 0,01). Après 3 mois de NMS, il n'existait pas de modification de la compliance rectale (6,89 ± 3,17 mL/mm Hg avant NMS vs 6,97 ± 2,94 après NMS, p = 0,88). Ceci était retrouvé aussi bien dans le groupe de patients améliorés (6,23 ± 3,02 vs 6,36 ± 3,01, p = 0,93) que dans celui de patients non améliorés (9,20 ± 2,89 vs 9,10 ± 1,33, p = 0,72). La courbe Δvolume/Δpression n'était significativement pas différente avant et après NMS (p = 0,56) et ce dans les 2 groupes de patients. Le volume rectal correspondant à la 1ère sensation, de même que le volume maximal tolérable (VMT), n'étaient pas modifiés après NMS. Cependant, le VMT de base (avant NMS) était significativement plus bas dans le groupe de patients améliorés que dans le groupe de patients non améliorés (210 ± 56 mL vs 286 ± 30 mL, p = 0,02). Bien que la compliance rectale de base soit plus basse dans le groupe de patients améliorés, cette différence n'était pas significative (6,23 ± 3,17 vs 9,20 ± 2,89, p = 0,10) peut être en raison d'un nombre limité de patients.
Conclusion La neuromodulation des racines sacrées ne semble pas à moyen terme modifier la fonction rectale (compliance, capacité et sensibilité). Nos résultats suggèrent que l'existence d'un volume maximal tolérable élevé avant NMS, témoin d'une capacité rectale plus importante, pourrait être un facteur de moins bonne réponse à la NMS en cas d'incontinence anale. Ces résultats sont à confirmer dans une plus grande série.
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