Expression des récepteurs des facteurs de croissance (EGFR, HER2, c-Met, VEGFR1) et des protéines p16 et Ki67 dans les néoplasies intraépithéliales anales (AIN) et cancers invasifs de patients infectés ou non par le VIH T. Aparicio, L. Abramowitz, D. Benabderrahmane, X. Duval, D. Hénin, V. Albano, T. Lehy, F. Walker
Introduction Le cancer de l'anus est un des principaux cancers survenant chez les patients atteints par le VIH. Malgré les traitements antirétroviraux, un risque accru d'AIN et de cancers invasifs anaux liés aux HPV oncogènes persiste dans les populations VIH-positives. L'étude avait pour but de décrire l'expression, dans les lésions prénéoplasiques (AIN de grade croissant) et les cancers de l'anus de patients VIH+ et VIH-, des récepteurs de facteurs de croissance impliqués dans la carcinogenèse permettant une thérapie ciblée.
Patients et Méthodes Des prélèvements ont été obtenus chez 118 patients, 71 VIH+ et 47 VIH- (83 hommes, 35 femmes). Chez les patients VIH+ (65 hommes) 18 étaient immunodéprimés. Une étude immunohistochimique a été effectuée avec les anticorps dirigés contre l'EGFR, l'HER2, le c-Met, le VEGFR1, la protéine p16 et Ki67. Un score d'immunoréactivité a été établi pour chaque lésion (pourcentage de couches cellulaires immunoréactives multiplié par l'intensité du signal). Une analyse en FISH et CISH a été réalisé pour le gène EGFR.
Résultats 228 lésions sont répertoriées pour les deux populations (48 cancers invasifs, 64 AIN3, 36 AIN2, 47 AIN1 contenant des HPV oncogènes et 31 condylomes acuminés (CA)). HER 2 n'est exprimé dans aucune lésion. Pour l'EGFR le score d'immunoréactivité augmente en fonction de la gravité des lésions avec un profil comparable dans les deux populations : ce score dans les CA et AIN1 est significativement inférieur à celui obtenu dans les AIN3 et cancers invasifs (p < 0,05 chez les VIH+ et p < 0,0001 chez les VIH-). Il n'y a pas d'amplification génique de l'EGFR. Pour le c-Met, le score d'immunoréactivité augmente en fonction de la sévérité des lésions mais le profil d'expression est différent selon le statut VIH : expression plus élevée dans les CA chez les VIH+ (p < 0,008), et à l'inverse plus élevée dans les cancers invasifs chez les VIH- (p < 0,02). L'expression du VEGFR1 négative dans l'épithélium normal, augmente également en fonction de la gravité des lésions anales. Chez les VIH+, 27 % des cancers invasifs sont fortement immunoréactifs pour le VEGFR1 comparé à 17 % chez les VIH-. La p16 est très exprimée dans les AIN de haut grade et la totalité des cancers invasifs de manière comparable chez les VIH+ et VIH-. En ce qui concerne les marqueurs de prolifération, le Ki67 est plus élevé dans les cancers, AIN3, AIN2 et CA des VIH+ comparativement aux VIH-. Les différences sont significatives pour les AIN3 (p < 0,05) et AIN2 (p < 0,004).
Conclusion Les lésions prénéoplasiques et les cancers de l'anus expriment fortement plusieurs récepteurs de facteurs de croissance. Ceci plaide pour la réalisation d'études cliniques testant des thérapies ciblées chez les patients atteints de tumeurs de l'anus. Des différences de profil d'expressions sont notées en fonction du statut VIH.
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