Impact de la bithérapie pégylée sur la morbi-mortalité des patients infectés par le VHC avec transaminases normales S. Deuffic-Burban, I. Lonjon-Domanec, G. Babany, P. Deltenre, V. Canva-Delcambre, S. Dharancy, A. Louvet, F. Roudot-Thoraval, P. Mathurin
Introduction Les patients infectés par le virus de l'hépatite C avec transaminases normales (ALAT N) (25 % des patients VHC) ont une progression plus lente vers la cirrhose que ceux ayant des transaminases élevées (ALAT E). L'impact de l'éradication virologique sur l'histoire naturelle de ces patients reste controversé. Buts : Prédire à l'aide d'une modélisation l'impact de la bithérapie pégylée sur la progression vers la cirrhose (F4) et sur la mortalité liée au VHC (décompensation ou carcinome hépatocellulaire) chez les patients avec ALAT N.
Matériels et Méthodes Le modèle a été développé à l'aide des méthodes de rétrocalcul et de Markov. Après analyse de la littérature, le risque relatif de progression de la fibrose chez les patients ALAT E par rapport aux patients ALAT N a été fixé à 2,6 avec prise en compte des cofacteurs âge, sexe et durée de contamination. Dans ce modèle, la population est divisée en patients ALAT E (70 %) et ALAT N (30 %). Le modèle tient compte de l'évolution du dépistage et est calibré sur la mortalité par CHC entre 1979 et 2002 et tient compte de la mortalité compétitive (CépiDc). Les hypothèses de probabilité de traitement ont été obtenues par 2 observatoires multicentriques (HEPATYS, Persée) ayant regroupé 4942 patients traités et sont les suivantes : les patients ALAT N ne sont pas traités avant 2002 et ne sont jamais retraités ; par rapport aux patients ALAT E, ils sont traités 80 % de moins entre 2002 et 2004 et 70 % de moins à partir de 2005.
Résultats En 2007, le modèle prédisait que sur l'ensemble des patients (traités ou non) la répartition de la fibrose chez les patients ALAT N était : 55 % F0F1, 18 % F2, 12 % F3 et 4 % F4 (vs 22 % de F4 chez les patients ALAT E). Chez les patients ALAT N et traités, la répartition en termes de génotype et de fibrose prédite par le modèle était proche des données des observatoires : 64 % de Génotype 1/4 (Gen1/4) et 34 % Gen 2/3 dans le modèle vs 63 % Gen1/4 et 37 % Gen2/3 dans HEPATYS pour les génotypes ; 33 % F0-1, 34 % F2, 33 % F4 vs 34 % F0F1, 33 % F2, 34 % F4 dans HEPATYS pour la fibrose. Le traitement antiviral sur l'ensemble des patients permet d'éviter 36 400 cirrhoses et 23 100 complications de la cirrhose entre 2006 et 2025, dont respectivement 3000 et 1200 dans la population ALAT N, soit une diminution de 20 % et 14 %, alors que la probabilité d'être traité dans cette population est 5 fois moins importante et qu'ils ne sont traités que depuis 2002 et n'ont donc pas bénéficié des différentes ères thérapeutiques depuis 1991. En termes de décès, 18000 décès liés au VHC entre 2006 et 2025 seront évités par rapport à un scénario sans traitement, soit 11600 décès par décompensation et 6300 décès par CHC évités. Cette diminution correspond à 17000 décès évités dans la population ALAT E et 1000 décès évités dans la population ALAT N, soit une diminution de 24 % et 13 %. En analyse de sensibilité, si l'on décide de traiter les patients ALAT N dans les mêmes proportions que les patients ALAT E, 1400 cirrhoses et 600 complications supplémentaires seront évitées.
Conclusion Chez les patients infectés par le VHC avec transaminases normales, les pratiques thérapeutiques actuelles ont un impact sur la morbi-mortalité en réduisant l'évolution vers la cirrhose et ses complications. Cet impact devrait être pris en compte dans l'élaboration des recommandations thérapeutiques ciblées.
|