Pratique de la chimiothérapie adjuvante (CTA) pour les cancers du côlon en France en 2000 J. Phelip, G. Launoy, M. Colonna, J. Faivre
Objectif La CTA des cancers du côlon de stade III diminue le risque de récidive et augmente la survie globale des patients. Elle n'est pas recommandée pour les stades II. Des études antérieures ont montré que les recommandations n'étaient pas toujours suivies. L'objectif de cette étude était d'évaluer, deux ans après les recommandations issues de la conférence de consensus sur la prise en charge des cancers du colon, l'état des pratiques de la CTA en France et les facteurs qui l'influencent.
Patients et Méthodes Tous les nouveaux cas de cancers du côlon de stade II et III, réséqués en 2000, dans 12 départements français couverts par un registre de cancer ont été analysés. La population couverte par l'étude représente 15% de la population française. Les variables étudiées étaient : les caractéristiques des patients, le stade de la tumeur (IIa : T3N0, IIb : T4N0, IIIa : T1-T2N1, IIIb : T3-T4N1, IIIc : T1/4N2), la présence de complications au diagnostic (occlusion ou perforation), le nombre de ganglions examinés, la pratique d'une CTA et d'une concertation multidisciplinaire (CM).
Résultats Au total, 1203 patients ont été réséqués d'un cancer de stade II (n = 646) ou de stade III (n = 557). Une CTA à été faite chez 20,4% des stades II (IIa : 17,7% et IIb : 31,1%, p = 0,001) et 60,9% des stades III (IIIa : 83,7%, IIIb : 59,8% et IIIc : 57,6%, p = 0,0003). Pour les stades II la CTA était moins souvent réalisé chez les patients les plus âgés (53,7% avant 50 ans, 39,7% entre 50 et 70 ans, 11,3% entre 70 et 80 ans, 2,4% au-delà de 80 ans, p<0,001). Pour les stades III ces pourcentage étaient respectivement de 92,1%, 89,7%, 60,2% et 7,6%, p<0,001). En cas de complications au diagnostic, elle était plus souvent réalisée pour les stades II (26,9% vs 19,0%, p = 0,05) et moins souvent pour les stades III (45,7% vs 64,9%, p<0,001). Elle était plus souvent réalisée en cas de CM pour les stades II (34,4% vs 16,1%, p<0,001) et pour les stades III (76,9% vs 52,6%, p<0,001). Pour les stades II, dans l'analyse multivariée, l'âge, le stade au diagnostic (T4 vs T3), la discussion en réunion pluridisciplinaire et le diagnostic lors d'une complication aiguë étaient des facteurs significatifs et indépendants des pratiques de la chimiothérapie. Pour les stades III, seuls l'âge et la présentation en réunion pluridisciplinaire influençaient l'indication.
Conclusion Les recommandations concernant la pratique d'une CTA des cancers du côlon de stade III semblent suivies et s'être étendues aux patients âgés jusqu'à 80 ans. Pour les cancers de stade II, la CTA apparaît trop souvent prescrite et fortement influencée par l'extension à la séreuse de la tumeur primitive, par la présence d'une complication au diagnostic, par l'âge et par la CM.
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