Symptômes digestifs hauts chez les patients traités par AINS : résultats d'une enquête épidémiologique transversale en Médecine Générale G. Thiéfin, R. Flipo, T. Schaeverbecke, C. Soufflet, P. Barthélemy
Introduction Les symptômes d'intolérance digestive sont très fréquents au cours des traitements AINS. Les objectifs de l'étude étaient : 1) de préciser la prévalence et la typologie des symptômes digestifs hauts chez les patients traités par AINS en médecine générale et 2) d'analyser la concordance médecin-patient pour l'évaluation de leur intensité et de leur retentissement sur la vie quotidienne.
Patients et Méthodes Cette enquête transversale a été menée sur un échantillon représentatif de médecins généralistes (MG) de novembre 2005 à novembre 2006. Tous les patients de plus de 18 ans, prenant un AINS depuis au moins 3 jours et vus en consultation sur une période de 2 semaines ont été inclus dans un registre. De plus, les 2 premiers patients ayant des symptômes digestifs hauts vus par chaque MG faisaient l'objet de 2 questionnaires supplémentaires complétés l'un par le médecin, l'autre par le patient.
Résultats 606 MG ont participé à l'enquête ; 7598 patients ont été inclus dans le registre (femmes : 53,3 % ; âge moyen : 52,7 ± 16,2 ans). Les coxibs représentaient 3,2 % des prescriptions. 44 % des patients présentaient des symptômes digestifs hauts : 16,4 % avaient un pyrosis, 15,3 % des régurgitations acides, 23 % des brûlures épigastriques, 15,3 % des douleurs/gène épigastriques, 5,7 % des nausées et 4,3 % des ballonnements. Ces symptômes étaient significativement moins fréquents sous coxibs que sous AINS non sélectifs (35,7 % vs 44,6 % ; p = 0,004). 1203 patients symptomatiques ont été sélectionnés pour répondre au double questionnaire médecin/patient. La concordance médecin-patient était médiocre pour l'évaluation de l'intensité des divers symptômes digestifs (kappa entre 0,48 à 0,57) avec une sous-estimation constante par le médecin. Les MG sous-évaluaient également le retentissement des symptômes digestifs sur la vie quotidienne : 24,2 % des patients se déclaraient « beaucoup » ou « énormément gênés » versus 18,9 % selon l'évaluation des MG. La crainte d'une complication digestive grave augmentait avec le nombre de facteurs de risque digestif et était plus fréquente chez les patients que chez les MG : 55,3 % vs 27,6 %, 61,7 % vs 40 % et 73,1 % vs 61,5 % chez les patients ayant respectivement 0, 1, et 2 facteurs de risque (kappa : 0,2, 0,34 et 0,22 respectivement). Les symptômes digestifs hauts altéraient l'observance thérapeutique : 14 % des patients stoppaient définitivement leur traitement AINS, 27,3 % temporairement et 11,4 % réduisaient la posologie.
Conclusion Quatre malades sur 10 traités par AINS en médecine générale se plaignent de symptômes digestifs hauts, avec une prédominance de symptômes de RGO. Le degré de concordance entre l'évaluation médicale et le vécu du patient est médiocre : les médecins sous-évaluent l'intensité des symptômes et leur retentissement sur la vie quotidienne.
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