Développement d'une stratégie d'immunothérapie des cancers colorectaux basée sur la construction de cellules présentatrices d'antigène artificielles D. Tougeron, E. Fauquembergue, O. Toutirais, A. Drouet, S. Baert-Desurmont, P. Michel, T. Frébourg, J. Latouche
Introduction L'immunothérapie cellulaire adoptive, par l'activation et l'expansion de lymphocytes T cytotoxiques (LTC) spécifiques d'antigènes tumoraux in vitro, est une approche prometteuse pour le traitement des cancers. Pour que les LTC soient activés, l'antigène doit être présenté par des cellules présentatrices d'antigène (CPA) particulièrement efficaces, les cellules dendritiques. Cependant l'utilisation thérapeutique des cellules dendritiques est limitée par la nécessité d'obtenir ces cellules pour chaque patient afin d'éviter tout problème d'alloréactivité. Nous avons développé une stratégie d'immunothérapie dans les cancers colorectaux (CCR) basée sur l'utilisation de CPA artificielles (CPAA) utilisables pour tous les patients possédant la même molécule HLA. Nous avons sélectionné comme antigène cible, l'antigène carcino-embryonnaire entier (ACE) soit sous la forme de la protéine entière (les CPAA sont capables de dégrader des protéines et présenter les peptides issus de cette dégradation) ou du peptide antigénique décrit comme le plus immunogène (CAP1).
Matériels et Méthodes Nous avons généré ces CPAA par transductions séquentielles de fibroblastes murins avec des vecteurs rétroviraux codant la molécule HLA de classe I la plus fréquente (A2.1), la β2-microglobuline humaine, trois molécules de costimulation (B7.1, ICAM-1, LFA-3) et un antigène d'intérêt (la protéine ACE entière, le peptide antigénique CAP1 ou un peptide viral contrôle) afin de recréer une véritable synapse immunologique (surface d'interaction entre les LTC et les CPA permettant de stimuler les LTC). Il a ensuite été réalisé une co-culture des LTC de donneurs sains HLA A2.1+ avec ces CPAA spécifiques. La caractérisation fonctionnelle des LTC ainsi activés a été effectuée par des tests de cytotoxicité par relargage de chrome radioactif.
Résultats Nous avons réussi à obtenir une réponse cytotoxique spécifique vis à vis d'épitopes viraux, utilisés comme contrôles positifs, validant notre système de présentation des antigènes. Par contre, il n'existait pas de réponse cytotoxique spécifique vis à vis de CAP1 ou de la protéine ACE entière. Néanmoins, nos CPAA exprimant CAP1 ont pu stimuler un clone de LTC spécifique de CAP1 (obtenu par des stimulations répétées de LTC d'un donneur A2.1+ pendant plusieurs mois) alors que les CPAA exprimant l'ACE entier ne stimulaient pas ce clone.
Conclusion CAP1 n'est probablement pas un peptide issu de la dégradation de l'ACE et n'est donc pas exprimé in vivo. Par ailleurs, l'immunogénicité de l'ACE, quelque soit le peptide présenté, semble trop limitée pour obtenir une expansion rapide de LTC spécifiques utilisables en thérapeutique. Nous confirmons actuellement nos résultats à partir de LTC de patients atteints de CCR. Cette approche sera appliquée à d'autres antigènes tumoraux, notamment à des néo-antigènes (retrouvés dans les CCR associés à une instabilité microsatellitaire, comme le récepteur de type II du TGFβ muté), afin de déterminer les cibles les plus immunogènes et de développer une stratégie d'immunothérapie applicable au plus grand nombre de patients atteints de CCR.
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