La constipation, l'incontinence anale et l'incontinence urinaire : données épidémiologiques chez 750 consultants dans un Centre de Santé de Base à Tunis (Tunisie) K. Bellagha, K. Abdellah, S. Ennigrou
Introduction Nous ne disposons pas en Tunisie de données épidémiologiques concernant la constipation, l'incontinence anale et l'incontinence urinaire. Le but de ce travail est d'évaluer d'une part leur fréquence parmi les consultants adultes d'un Centre de Santé de Base de Tunis et d'autre part leur répartition selon l'âge, le sexe, la sévérité ainsi que les éventuelles relations entre elles.
Matériels et Méthodes 750 consultants consécutifs, d'un médecin d'un centre de santé de base de Tunis, âgés de 18 ans ou plus, dont 64 % sont des femmes, ont répondu à un questionnaire comportant des items se rapportant à la constipation, à l'incontinence anale (aux gaz ou aux selles) et aux troubles mictionnels (fuites urinaires, pollakiurie et impériosités). Notre série est comparable en matière de caractéristiques d'identité (âge et sexe) à toute la population drainée par le centre pendant la période de l'étude (n = 4033).
Résultats Une constipation a été rapportée par 11,7 % des consultants. Elle était plus fréquente chez les sujets de plus de 45 ans (15,7 versus 9,4 % ; p = 0,01) et plus fréquente chez les femmes (14,8 versus 6,3 % ; p < 0,001). Une incontinence anale a été rapportée par 14,1 % des consultants. Elle était sélective aux gaz dans 11,2 % des cas et intéressait les selles dans 2,9 % des cas. L'incontinence aux selles était environ 5 fois plus fréquente chez les sujets de plus de 45 ans (5,9 versus 1,26 % ; p < 0,001). Des troubles mictionnels ont été rapportés par 25,4 % des consultants (dont 9/10 correspondaient à des fuites urinaires). Cette fréquence augmente avec l'âge (χ2 de tendance linéaire = 50,5 ; p < 0,001). Une constipation a été plus fréquemment retrouvée en cas d'incontinence anale (20,8 versus 10,2 %, p = 0,002). De même, la constipation était plus fréquente chez les patients se plaignant de troubles mictionnels (15,9 versus 9,9 % ; p = 0,01). L'analyse multivariée des sujets rapportant une constipation a permis de ressortir la ménopause comme facteur de risque (odds ratio ajusté = 2,23 ; p < 0,05). L'analyse multivariée des sujets rapportant une incontinence urinaire a permis de ressortir trois facteurs de risque qui sont le diabète (odds ratio ajusté = 4,59 ; p < 0,05), l'incontinence urinaire du post-partum (odds ratio ajusté = 3,64 ; p < 0,05) et la ménopause (odds ratio ajusté = 1,98 ; p < 0,05).
Conclusion Ce travail a l'intérêt de fournir les premières données épidémiologiques concernant la constipation, l'incontinence anale et les troubles mictionnels en Tunisie. La fréquence de la constipation dans notre série est intermédiaire entre les chiffres des séries occidentales où elle est fréquente et des séries asiatiques où elle est beaucoup plus rare. D'autre part, les chiffres de notre étude comparés à ceux de la littérature [1, 2], laissent penser que l'incontinence anale et urinaire sont plus occultées que rares en Tunisie. Ceci pourrait servir de base à des analyses plus fines et à des études plus représentatives.
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