Prise en charge de l'hépatite virale C en milieu carcéral P. Strock, J. Mossong, K. Hawotte, V. Arendt
Objectif L'infection par le virus de l'hépatite C (VHC) est un problème majeur de santé publique. Un séjour en prison peut constituer une porte d'entrée aux soins médicaux pour une population avec une forte proportion de toxicomanes. Dans une étude prospective nous avons étudié les possibilités de prise en charge de l'hépatite C en milieu carcéral.
Patients et Méthodes Le dépistage du VHC est proposé à tout prisonnier. Si la sérologie du VHC est positive, une consultation spécialisée et une prise en charge selon les recommandations standard sont proposées. Nous avons évalué les facteurs de risque et la prise en charge antérieure des prisonniers VHC-positifs et suivi l'accès au traitement durant leur incarcération.
Résultats De janvier 2003 à décembre 2006, 268 prisonniers VHC-positifs ont eu une consultation spécialisée. Nous avons exclu 59 autres prisonniers dépistés mais libérés avant d'avoir eu une consultation. L'âge moyen était de 32 ans et 17 (6 %) étaient des femmes. Au moins un facteur de risque était présent chez 97 % des prisonniers (médiane 3 par prisonnier), le plus fréquent étant la toxicomanie intraveineuse (87 %). La séropositivité VHC était connue au préalable par 182 prisonniers depuis 60 mois (médiane) et 19 avaient eu un traitement avant l'incarcération actuelle (10 %). Dans notre étude, 86/268 prisonniers (32 %) ont débuté un traitement (p < 0,0001). La PCR-VHC était négative chez 57 et positive chez 211 prisonniers. Les génotypes étaient : 1 pour 90 prisonniers (43 %), 2 pour 5 (2 %), 3 pour 86 (41 %) 4 pour 12 (6 %) et indéterminé pour 18 (9 %). Ni la charge virale, ni le taux des transaminases ni le génotype ne semblaient influencés par l'existence d'incarcérations antérieures ou la consommation d'alcool. Dans le groupe à génotypes 2 et 3, 46 prisonniers (50 %) ont débuté un traitement contre 40 prisonniers (33 %) avec d'autres génotypes (p = 0,01). Cette différence était due aux prisonniers en attente pour biopsie hépatique dans le groupe à génotypes autres que 2 et 3 (délai d'attente de 2 à 38 semaines, médiane 13). Les autres raisons de ne pas traiter étaient similaires dans les 2 groupes : contre-indications médicales, hépatite peu active, refus du prisonnier ou désir d'attendre la libération. Le traitement était arrêté prématurément chez 24 prisonniers (28 %) : manque de compliance : 3, non-répondeurs : 3, effets indésirables : 6 et perte de vue après libération précoce : 12. Dans notre étude, 21 prisonniers étaient toujours sous traitement. En intention de traiter, parmi les 54 prisonniers ayant arrêté le traitement depuis plus de 6 mois, 29 (53 %) avaient une réponse virologique soutenue.
Conclusion 1) Un séjour en prison représente une opportunité pour traiter un groupe de patients infectés par le VHC qui n'ont qu'un accès limité au traitement par ailleurs. 2) Pour un sous-groupe de prisonniers, l'accès au traitement anti-VHC est limité par les difficultés d'accès à la biopsie hépatique ou la brièveté de l'incarcération.
|