© SNFGE, 2008
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie Envoyer à un ami Imprimer

Exploration de la balance sympatho-vagale chez les patients avec maladies inflammatoires cryptogénétiques de l'intestin (MICI) ou syndrome de l'intestin irritable (SII)
S. Pellissier, C. Dantzer, B. Bonaz

 Introduction

Des données suggèrent un rôle possible du système nerveux autonome (SNA) dans l'induction et/ou la persistance des épisodes de MICI [maladie de Crohn (MC), rectocolite hémorragique (RCH)] et de SII. Le SNA, composé de ses branches sympathiques et parasympathiques, véhicule les informations entre le tube digestif et le cerveau. L'objectif de ce travail était d'explorer l'état fonctionnel du SNA associé à l'état psychologique des patients en réalisant une étude comparée des trois pathologies en périodes de rémission et de crise.
 

 Patients et Méthodes

Quatre vingt cinq sujets consécutifs ont été inclus (16 témoins ; 22 RCH : 16 en rémissions et 6 en poussée ; 25 MC : 21 en rémission et 5 en poussée ; 22 SII dont 6 en poussée douloureuse ; âge 42 ± 14 ans, extrêmes : 20 - 61 ans). La balance sympatho-vagale était mesurée par la méthode d'analyse fréquentielle de la variabilité cardiaque enregistrée pendant 10 minutes. Les hautes fréquences (0,15 < HF < 0,5 Hz) correspondent à l'activité parasympathique, les basses fréquences 0,04 < LF < 0,15 Hz) à l'activité sympathique. Après cet enregistrement, les sujets répondaient à 7 questionnaires psychologiques évaluant notamment leur état de stress, d'anxiété et de symptomatologie dépressive.
 

 Résultats

En période de rémission, les patients avec MC ou RCH ne présentent pas de différences significatives de la variabilité cardiaque par rapport aux sujets sains. Par contre, les sujets avec SII présentent un important déséquilibre de la balance sympatho-vagale due à une augmentation de l'activité du système sympathique (60,3 ± 4,3 vs 49,5 ± 3,6 chez les témoins, p < 0,05) combinée à une diminution significative de l'activité du système parasympathique (30,9 ± 3,8 vs 46,7 ± 3,1 chez les témoins, p < 0,01). En période de poussée, une augmentation du rapport LF/HF est observée dans les trois pathologies. Dans la MC cette augmentation est due à une diminution de l'activité parasympathique (24 ± 5,3 vs 40,3 ± 2,7 en rémission, p < 0,01) alors que dans la RCH l'augmentation est due à l'activation du système sympathique (31,4 ± 6,1 vs 45,5 ± 3,6 en rémission, p < 0,05). Dans le cas du SII, la dysautonomie déjà observée en rémission est accentuée par la poussée douloureuse à savoir une inhibition importante de la branche parasympathique et une activation accrue de la branche sympathique. Parallèlement, sur le plan psychologique, les patients en rémission présentent tous une symptomatologie dépressive marquée par rapport aux sujets sains. La poussée inflammatoire ou douloureuse entraîne une augmentation du stress perçu, de l'anxiété et des symptômes dépressifs.
 

 Conclusion

Le déséquilibre de la balance sympatho-vagale est différencié selon la pathologie intestinale. Dans le SII, la dysautonomie est la plus avérée et persistante. Dans les MICI, la rémission se traduit par un retour à la normal de la balance mais la poussée inflammatoire ne met pas en jeu les mêmes voies autonomes supposant des mécanismes d'activation sous jacents différents. L'épisode inflammatoire ou la poussée douloureuse représente un véritable état de stress. La variabilité cardiaque est un marqueur fiable de cet état.
 

 Mots-clés :
Motricité Et Sensibilité Spécifiques : Côlon Et Anorectum
Pathologie Intestinale : Maladies Inflammatoires Intestinales : Clinique, Explorations, Traitement
Motricité Et Sensibilité Générales : Pathologie Fonctionnelle Digestive

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