La dyspepsie fonctionnelle est-elle l'expression d'un trouble du comportement alimentaire (TCA) ? I. Iwanicki-Caron, G. Gourcerol, S. Sofos, C. Elie, P. Déchelotte, P. Ducrotté
Introduction L'interprétation de la plainte au cours de la dyspepsie fonctionnelle (DF) demeure difficile. Certains des symptômes de DF (satiété précoce, nausées) s'observent également au cours des TCA (anorexie-boulimie) et sont des motifs fréquents de consultation pour des patientes souffrant de TCA sous-diagnostiqués. Notre hypothèse a été que des manifestations dyspeptiques pourraient être associées à/ou traduire un TCA.
Matériels et Méthodes Entre janvier 2006 et mai 2007, tous les nouveaux patients consécutifs vus pour DF définie selon les critères de Rome II ont été inclus dans cette étude prospective. Pour chaque patient, l'âge, l'IMC, les traitements et les variations du poids ont été recueillis. Des questionnaires validés ont permis d'analyser la DF (score LDQ), de rechercher un TCA (score EAT40, N = 10 à 16) et un état anxio-dépressif (score HAD). Les données des patients dyspeptiques ont été comparées à celles de patients souffrant d'une maladie chronique (hépatite virale chronique) et à celles de patients souffrant de symptômes digestifs hauts non liés à une DF (nausées chroniques sous chimiothérapie).
Résultats Quarante et un patients dyspeptiques, 16 souffrant d'une hépatite virale chronique et 13 patients cancéreux nauséeux sous chimiothérapie ont été inclus. L'âge, le sex-ratio et l'IMC n'étaient pas différents entre les 3 groupes. Le score LDQ était significativement plus élevé en cas de DF qu'en cas d'hépatite virale chronique (34,9 vs 5,8 ; p < 0,0001) ou de chimiothérapie (34,9 vs 19,8 ; p = 0,0002). Le score EAT40 a été significativement plus élevé en cas de DF que dans les 2 groupes contrôles (22,4 vs 14,1 ; p = 0,002 et 22,4 vs 13,4 ; p = 0,0041). Le score HAD n'était pas différent entre les patients DF et ceux souffrant d'une hépatite virale chronique alors que les dyspeptique étaient significativement plus anxieux et déprimés que les patients sous chimiothérapie (p = 0,027) sans que cette différence puisse s'expliquer par une prise plus importante d'anxiolytiques dans le groupe chimiothérapie. Au cours de la DF, le score EAT40 était significativement plus élevé chez les malades ne décrivant pas une sensation de plénitude gastrique postprandiale comme symptôme principal (p = 0,01).
Conclusion Le score EAT 40 qui permet la détection d'un TCA est significativement plus élevé en cas de DF qu'au cours d'une maladie chronique telle que l'hépatite virale chronique ou des nausées sous chimiothérapie. Ces résultats incitent à rechercher plus systématiquement des critères diagnostiques d'anorexie-boulimie chez des patients consultant pour DF et suggèrent que DF et TCA pourraient partager certains déterminants physiopathologiques communs.
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