© SNFGE, 2008
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie Envoyer à un ami Imprimer

Bactéries et cancer colorectal : hypothèse d'un point de départ infectieux du CCR ?
E. Buc

 Introduction

Le cancer colorectal (CCR) est le cancer le plus fréquent en France. La mortalité tous stades confondus est de 50%. Le développement de la séquence adénome - cancer provient de modifications géniques cellulaires. Les bactéries intracellulaires issues de la flore adhérente à la muqueuse colique sont capables de créer in vitro des lésions de l'ADN et d'induire des mutations géniques cellulaires. Elles pourraient jouer un rôle dans le CCR. Le but de notre travail était d'étudier et de comparer la flore bactérienne colique intra- et extracellulaire chez les patients atteints de CCR et chez les patients sains.
 

 Matériels et Méthodes

Deux types de patients étaient ont été étudiés : les patients opérés d'une colectomie pour CCR (groupe malade), et les patients opérés d'une colectomie pour pathologie non tumorale (groupe témoin). Pour le groupe malade, 2 prélèvements étaient effectués : un en muqueuse saine à plus de 10 cm de la tumeur (intitulé M), un en tissus néoplasique (intitulé T). Pour le groupe témoin, un prélèvement était effectué en muqueuse saine. Les prélèvements étaient effectués de façon stérile, lavés dans du PBS et mis à 4°C. Chaque prélèvement était scindé en 2 : un échantillon pour l'étude des bactéries adhérentes (intitulé A), un pour l'étude des bactéries intracellulaires (intitulé I). Les échantillons I étaient plongés dans de la Gentamycine (200µg/mL) pendant 60 minutes à 37°C afin d'éliminer les bactéries adhérentes. Tous les échantillons (A et I) étaient ensuite broyés (Ultraturax®) et mélangés à du Triton X100. Cent µL de chaque échantillon était ensuite disposé sur milieu de Drigalski et sur milieu de Gélose au sang, selon des dilutions croissantes logarithmiques. Ils étaient mis à l'étuve à 37°C pendant 24 heures. Les colonies (MA, TA, MI et TI) étaient ensuite comptabilisées et rapportées au poids de chaque échantillon.
 

 Résultats

Quarante sept patients ont été inclus dans ce travail : 35 dans le groupe malade, 12 dans le groupe témoin. Dans le groupe malade, le nombre moyen MA était de 106 et TA de 2.8*106. Le nombre moyen MI était de 9*102 et TI de 1,5*106 en T. Dans le groupe témoin, les nombres moyens MA et MI étaient respectivement de 1.7*105 et 3*101. Il y avait donc significativement moins de bactéries adhérentes et invasives en muqueuse saine témoin qu'en muqueuse saine malade (MI et MA tissu tumoral > MI et MA tissu sain, p<0,005). Dans le groupe malade, le rapport bactéries-tissu-tumoral / bactéries-tissu-sain était très significativement supérieur pour les bactéries invasives (TI/MI >> TA/MA, p<0,0001).
 

 Conclusion

Ces résultats montrent que les flores bactériennes coliques adhérentes et invasives sont significativement plus importantes dans le côlon des sujets malades par rapport aux sujets sains. Ils montrent également la colonisation massive du tissu tumoral par des bactéries intracellulaires, non présentes chez le sujet sain. Ceci suggère qu'une modification quantitative et qualitative de la flore intestinale pourrait être à l'origine du passage intracellulaire de bactéries invasives dont le potentiel carcinogène pourrait affecter l'entérocyte.
 

 Mots-clés :
Immunologie Et Microbiologie : Infections Gastro-Intestinales
Oncologie : Prolifération, Carcinogenèse
Oncologie Spécifique : Côlon, Rectum

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