Excès de syndromes lymphoprolifératifs au cours des Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales : résultats intermédiaires de la cohorte CESAME L. Beaugerie, F. Carrat, A. Bouvier, N. Brousse, F. Carbonnel, J. Colombel, J. Faivre, J. Flejou, O. Hermine, M. Maynadié, J. Dupas, J. Gendre, P. Godeberge, J. Hugot, M. Lemann, S. Nahon, J. Sabate, G. Tucat, . Groupe des Investigateurs Cesame
Rationnel Au cours des MICI, dans une méta-analyse portant essentiellement sur des séries historiques de centres tertiaires, un risque de lymphome multiplié par 4 a été mis en évidence dans le sous-groupe des patients recevant des thiopurines [1]. Le but principal du projet CESAME est de déterminer de façon prospective au cours des MICI la réalité et l'ampleur du sur-risque de lymphome lié à l'immunosuppression dans une cohorte nationale de recrutement mixte (hospitalier et libéral), à l'heure où une proportion importante et croissante de patients reçoivent des immmunosuppresseurs (IS) conventionnels (thiopurines et méthotrexate) et/ou des anti-TNF.
Patients et Méthodes Entre mai 2004 et mai 2005, 20819 patients (60 % maladie de Crohn, 40 % rectocolite hémorragique et colite indéterminée), âgés de 40 ± 16 ans (m ± DS) ont été inclus dans la cohorte par 821 gastroentérologues pour une MICI évoluant depuis 8 ± 8 ans. A l'inclusion, 35 % des patients recevaient un IS [thiopurines (29,8 %) et/ou méthotrexate (3,5 %) et/ou anti-TNF (4,8 %)], 10 % avaient reçu dans le passé un IS et 55 % étaient naïfs de tout IS. Les investigateurs devaient signaler jusqu'en décembre 2007 tous les cas de cancers incidents. Nous donnons ici un point sur l'incidence des syndromes lymphoprolifératifs (SLP) au 30 avril 2007 comparée aux cas attendus de lymphomes, calculés d'après les données des registres de cancers du réseau national FRANCIM. Seuls ont été pris en compte les SLP avec un intervalle de plus de 3 mois entre l'inclusion du patient dans la cohorte et le diagnostic histologique de SLP. Les données cliniques et histologiques des SLP incidents ont été revues de façon centralisée pour validation. L'association des SLP avec la réactivation d'une infection par le virus d'Epstein-Barr (EBV) a été affirmée par une nette positivité de la charge virale systémique de l'EBV (PCR quantitative) et/ou la présence de protéines ou d'ARN viral dans les tissus néoplasiques.
Résultats Seize cas de SLP (une maladie de Hodgkin, 15 SLP non-Hodgkiniens (SLP-NH) ) ont été signalés, ceci correspondant à un ratio d'incidence standardisé (SIR) par rapport à la population générale de 1,75 (IC 95 % : [1,0 - 2,84], p = 0,05). Le SIR était de 0,7 ([0,01 - 3,92], p = 0,82) pour la maladie de Hodgkin, de 1,94 ([1,1 - 3,2], p = 0,03) pour les SLP-NH. Parmi les SLP-NH, 4 cas (aucun décès en septembre 2007) ont été signalés chez des patients naïfs d'IS. Les 11 autres cas (5 décès) ont été signalés chez des patients recevant des thiopurines au moment du diagnostic de SLP (une fois en association avec des anti-TNF). Parmi eux, les 5 cas testés pour l'EBV étaient constamment positifs, comportant un SLP B cérébral fatal, un SLP diffus B fatal, et une lymphoprolifération intestinale précoce après mononucléose avec hémorragie fatale. Il n'y avait aucun lymphome T hépato-splénique.
Conclusion Les résultats intermédiaires de la cohorte CESAME suggèrent un risque global modérément accru de SLP-NH au cours des MICI. Mais les trois quarts des cas incidents ont été signalés chez des patients recevant des thiopurines, avec une issue rapidement fatale presque une fois sur deux, et une fréquente association avec la réactivation d'une infection à EBV.
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