Neurostimulation tibiale postérieure dans le traitement de l'incontinence fécale sévère M. Eléouet, L. Siproudhis, N. Guillou, J. Le Couedic, H. Damon, J. Bretagne
Introduction La neurostimulation tibiale postérieure est une alternative thérapeutique potentielle à la prise en charge de l'incontinence fécale parce qu'elle partage les mêmes cibles neurophysiologiques que la neuromodulation des racines sacrées. Le bénéfice symptomatique et l'amélioration de qualité de vie sont étudiés dans le cadre d'une étude pilote de personnes souffrant de troubles de la continence fécale sévère.
Patients et Méthodes Vingt femmes âgées de 60 ± 13 ans ont participé à une évaluation pilote (05/06 - 05/07) parce qu'elles souffraient d'une incontinence fécale sévère (score de Cleveland 15 ± 3 [11 - 20]), ancienne (108 ± 100 mois) et n'avaient pas tiré de bénéfice des traitements médicaux et de la rééducation. Onze d'entre elles souffraient également de dyschésie et 8 d'une incontinence urinaire d'effort, 12 avaient enfin d'un syndrome de l'intestin irritable (Rome II). Une neurostimulation tibiale postérieure contrôlée de 15 minutes matin et soir était entreprise à domicile (SchwaMedico, Pr. U3). Une évaluation était faite par entretien semi directif et questionnaires auto administrés à l'inclusion, puis à un, trois et six mois. Le critère de jugement principal était la variation du score d'incontinence à un mois. La poursuite n'était entreprise que chez les malades améliorées à 1 mois.
Résultats Au terme du premier mois de traitement, le niveau d'amélioration symptomatique était en moyenne de à 29 ± 31 %, 14 se disaient améliorés et 10 tiraient un bénéfice d'au moins 50 % au cours des trois premiers mois de suivi mais seule trois avaient un score ≤ 5. Par rapport à leur attente thérapeutique (-5 à +5), les malades quantifiaient en moyenne le bénéfice à 1,5 ± 1,9 et 2 ± 1 après un et trois mois de traitement respectivement. La diminution du score moyen d'incontinence était franche et significative à 1 mois (12 ± 5, p = 0,003), à 3 mois (11 ± 5, p = 0,003) et à 6 mois (9 ± 5, p = 0,002) ; y compris dans le sous groupe des malades souffrant d'un syndrome de l'intestin irritable (10 ± 5, p = 0,004 ; 11 ± 5, p = 0,01 et 9 ± 6, p = 0,009 respectivement). Trois des 4 dimensions de qualité de vie spécifique (FIQL) étaient significativement améliorées au terme du troisième mois de suivi. Le bénéfice observé se maintenait de façon générale pendant la durée du suivi et du traitement. Le score moyen de constipation (Kess) et le nombre de garnitures ne variaient pas de façon significative. Il n'a été rapporté durant la période de suivi aucun évènement indésirable et la tolérance locale a été jugée excellente. Aucun malade n'a vu ses symptômes se dégrader après le début du traitement.
Conclusion La neurostimulation tibiale postérieure représente un traitement cliniquement pertinent des troubles de la continence fécale. Cette méthode justifie une étude prospective contrôlée randomisée en la comparant aux thérapeutiques peu invasives actuellement disponibles (biofeedback, traitement médicamenteux, neuromodulation des racines sacrées).
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