© SNFGE, 2008
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie Envoyer à un ami Imprimer

La radio-chimiothérapie des cancers épidermoïdes de l'anus est elle moins efficace chez le patient infecté par le VIH ? Etude comparative chez 46 patients
T. Poghosyan, N. Munoz-Bongrand, N. Veyrie, M. Simon, J. Gornet, M. Chirica, C. Hennequin, J. Molina, M. Lemann, P. Cattan, E. Sarfati

 Introduction

Le traitement de première intention du cancer épidermoïde de l'anus (CEA) repose sur la radiochimiothérapie (RCT). La chirurgie est indiquée en cas d'échec du traitement médical ou de séquelles sphinctériennes invalidantes. Des données récentes suggèrent que, depuis les progrès des traitements anti-rétroviraux, le résultat carcinologique de la RCT est équivalent chez les patients, qu'ils soient ou pas infectés par le VIH (VIH+ et VIH-) .Le but de cette étude était de comparer les résultats du traitement du CEA par RCT dans ces deux populations.
 

 Patients et Méthodes

De janvier 2001 à décembre 2006, 26 patients VIH- (âge moyen 63 ans, 20 femmes) et 20 patients VIH+ (âge moyen 48 ans, 19 hommes) ont été pris en charge dans les différents services de notre hôpital pour un CEA. La RCT prévue associait 60 Gy à du 5FU-Cisplatine. La chirurgie était curative (amputation abdomino-périnéale, AAP) ou de confort (colostomie). L'échec de la RCT était défini par la persistance d'un reliquat tumoral local (diagnostic dans les 12 mois post RCT) ou une récidive loco-régionale ou métastatique (diagnostic au-delà des 12 mois). Les données de population, de RCT, de chirurgie et de suivi ont été revues rétrospectivement.
 

 Résultats

Parmi les patients VIH+, la charge virale lors du diagnostic du CEA était < 200 copies/ml (n = 15, 75%), et comprise entre 200 et 500 copies/ml chez 2 patients (10%). Les tumeurs étaient classées T1-T4 N0 chez 13 patients VIH+ et 18 VIH-, et T1-T4 N+ chez 7 patients VIH+ et 8 VIH-. Sur les 46 patients, 43 (18 VIH+ et 25 VIH-) ont reçu une RCT associant 60 Gy à du 5FU-Cisplatine. Chez 3 patients (2 VIH+ et 1 VIH-), la RCT a été arrêtée à 45 Gy pour intolérance au traitement. La tolérance de la RCT était identique quelque soit le statut VIH du patient. Le suivi moyen était de 28±20 mois.
La RCT était en échec chez 9 patients VIH+ (45%, dont 6 persistances) et 6 VIH- (23%, dont 6 persistances). La survie sans récidive était significativement plus longue pour les patients VIH- (71% et 33% à 3 ans, p = 0,03, Kaplan Meier). Onze patients VIH+ (55%) ont été opérés, dont 7 pour AAP. Sept patients VIH- (27%) ont été opérés, dont 6 AAP. La survie sans chirurgie était significativement plus longue chez les patients VIH- (73% et 31% à 3 ans, p = 0,01, Kaplan-Meier). Cinq patients VIH+ (25%) et 3 patients VIH- (12%) sont décédés. Il n'y avait pas de différence de survie entre les 2 groupes (83% et 44% à 3 ans, p = 0,09, Kaplan-Meier).
 

 Conclusion

Chez les patients VIH+, même sous traitement antirétroviral efficace, les résultats de la RCT semblent moins bons que chez les patients VIH-, en termes de contrôle local et de recours à la chirurgie. Ce statut virologique ne semble toutefois pas retentir sur la survie.
 

 Mots-clés :
Oncologie : Traitement, Pronostic
Oncologie Spécifique : Côlon, Rectum
Pathologie Intestinale : Pathologie Anorectale

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