| Les
Conférences de Consensus © SNFGE, 2001 |
7 et 8 mars 2001 Cité des Sciences et de l'Industrie - Paris
PREAMBULELa consommation d'alcool en France représente la part la plus importante du coût social des substances addictives ; bien supérieure au coût du tabac ou de la toxicomanie aux produits illicites. Cette vision purement économique se double dans notre pays d'une
indulgence pour les conduites d'alcoolisation culturellement intégrées
et acceptées comme une fatalité et d'un rejet de l'alcoolodépendant
en tant que tel quand il perturbe les relations familiales, professionnelles
et sociales. L'hétérogénéité des pratiques
de prise en charge a conduit l'ANAES et la SFA à établir
des recommandations destinées aux modalités de l'accompagnement
après le sevrage. Ce dernier a déjà fait l'objet
d'une première conférence de consensus le 17 mars 1999.
LES QUESTIONS POSÉESQUESTION 1QUELS SONT LES ACTEURS ET LES MOYENS DE L'ACCOMPAGNEMENT ? QUESTION 2COMMENT ORGANISER L'ACCOMPAGNEMENT (Y COMPRIS LIEU, MODALITES ET DUREE) ? QUESTION 3QUESTION 4QUELLE ATTITUDE ADOPTER EN CAS D'ASSOCIATION A D'AUTRES TROUBLES ? QUESTION 5COMMENT EVALUER L'ACCOMPAGNEMENT DU SUJET ALCOOLODEPENDANT SEVRE ? CONCLUSION
Auteurs et partenairesQUESTION 1 -QUELS SONT LES ACTEURS ET LES MOYENS DE L'ACCOMPAGNEMENT ?LE SOUTIEN PSYCHOLOGIQUEIl existe un accord professionnel fort pour considérer que le soutien psychologique assuré par tout thérapeute formé, est le fondement même de la prise en charge de toute personne en difficulté avec l'alcool.
LA PSYCHANALYSE ET LES PSYCHOTHÉRAPIES D'INSPIRATION ANALYTIQUERECOMMANDATIONSElles doivent soumettre leurs résultats à une évaluation pour être recommandées.
LES THÉRAPIES COGNITIVES ET COMPORTEMENTALESRECOMMANDATIONSAyant fait l'objet d'évaluation positive, elles doivent être encouragées et utilisées par un personnel formé spécifiquement pour l'alcoolodépendance.
LES GROUPES DE PAROLE ET LES AUTRES THÉRAPIES DE GROUPERECOMMANDATIONSLe jury, bien qu'il existe un accord professionnel favorable, ne dispose d'aucun élément d'évaluation pour encourager ou décourager ce type d'intervention.
LES MOUVEMENTS D'ENTRAIDERECOMMANDATIONSLa rencontre avec un mouvement d'entraide doit toujours être proposée
aux patients alcoolodépendants.
THÉRAPIE CONJUGALE ET FAMILIALEL'intervention simultanée auprès de l'autre conjoint ou
éventuellement auprès des deux membres
INTERVENTIONS EN MILIEU CARCÉRALLes alcoolodépendants sont sur-représentés dans la population carcérale (près de 25%). En milieu carcéral, l'offre de soins n'est pas en rapport avec la spécificité de l'alcoolisme qui reste une question majeure de santé publique.
LES MOYENS MÉDICAMENTEUXRECOMMANDATIONS (Grade B) Le traitement médicamenteux intervient en complément de
la prise en charge psychosociale et repose actuellement essentiellement
sur l'Acamprosate et la Naltrexone. Il est nécessaire de mettre
Cas particulier du Disulfirame : Le jury demande que soient disponibles des enquêtes de pharmacovigilance
concernant le Disulfirame, dont l'efficacité reste discutée.
QUESTION 2 . COMMENT ORGANISER L'ACCOMPAGNEMENT (Y COMPRIS LIEU, MODALITES ET DUREE) ?INTRODUCTIONLes diverses modalités d'accompagnement adaptées à la situation personnelle de l'alcoolodépendant doivent lui être proposées oralement et sous la forme d'un livret afin de l'associer au choix du type de mesures envisagées. RECOMMANDATIONSLe jury recommande la remise commentée, avant le sevrage, d'un livret comportant des informations sur la maladie alcoolique, le sevrage, l'intérêt de l'accompagnement et du suivi, les coordonnées des acteurs et des contacts présents dans ces dispositifs.
LA PLACE DES MÉDECINS GÉNÉRALISTES Constituant un dispositif de proximité facilement accessible,
ils doivent recevoir une formationinitiale et continue
afin de leur permettre de nommer la maladie, de participer à la
prise en charge des patients sans contribuer au déni social
du risque alcool.
LE DISPOSITIF AMBULATOIRE SPÉCIALISE EN ALCOOLOGIECe sont des lieux ressources et experts pour les partenaires extérieurs. L'HOSPITALISATION TEMPS PLEINUne individualisation de l'activité "addictologie "
au sein des établissements apparaît nécessaire pour
pouvoir offrir en un seul lieu les soins alcoologiques spécialisés.
L'HOSPITALISATION PARTIELLEElle permet un appui institutionnel tout en conservant une certaine autonomie, mais on ne peut faire de recommandation précise dans ce domaine.
L'ÉQUIPE DE LIAISONElle intervient auprès des patients et des équipes soignantes pour développer les relations avec les dispositifs ambulatoires. RECOMMANDATIONS (Grade B)La notion de service hospitalier de référence a un intérêt essentiel pour la formation de spécialistes, la recherche et la prise en charge de malades difficiles ou graves. En l'absence de réseaux fonctionnels ambulatoires existants actuellement, seuls ces services de référence peuvent constituer un recours.
LES DISPOSITIFS DE RÉINSERTION SOCIOPROFESSIONNELLELa moindre tolérance du monde du travail à l'égard du sujet alcoolodépendant justifie l'importance du médecin du travail lors de la visite de pré-reprise.
LES MOUVEMENTS D'ENTRAIDEIls facilitent l'approche du sujet en complémentarité des autres intervenants.
LES RÉSEAUX ET LES LIENS AVEC LES AUTRES ADDICTIONSLa prise en charge des personnes en difficulté avec l'alcool repose sur des dispositions notoirement insuffisantes, mal coordonnées et peu complémentaires. Il est donc fondamental de mettre en place une nouvelle organisation diversifiée cohérente qui a plusieurs objectifs : -la lisibilité des dispositifs qui composent le réseau, leur accès, le développement des compétences des acteurs et l'augmentation de leurs effectifs, l'accompagnement de la réinsertion, l'adaptation des structures ambulatoires et hospitalières aux besoins repérés ; -la facilitation de la prise en charge des co-addictions et surtout l'évaluation de ces dispositifs.
RECOMMANDATIONSLe jury recommande le regroupement en réseaux spécialisés
en alcoologie de l'ensemble des dispositifs d'aide et de soins du sujet
alcoolodépendant. Ce dispositif est actuellement totalement insuffisant.
Des moyens financiers précis devraient être consacrés
à renforcer l'ensemble des dispositifs existants en prenant en
compte leur équilibrage au niveau régional, et à
encourager leur évaluation.
QUESTION 3 . COMMENT GÉRER LES COMPENSATIONS, LES TRANSFERTS DE DÉPENDANCES ET LES ASSOCIATIONS D'AUTRES SUBSTANCES PSYCHO-ACTIVES (USAGE NOCIF OU USAGE AVEC DÉPENDANCE) ?ALCOOL ET TABACExtrêmement fréquente cette co-morbidité alcool-tabac
est à l'origine de répercussions somatiques majeures.
RECOMMANDATIONSLa formation des soignants en matière de tabacologie est recommandée. Le sevrage tabagique sera proposé systématiquement dans les suites immédiates ou à distance du sevrage éthylique. Le jury met en garde les praticiens contre la prescription systématique des psychotropes lors du sevrage tabagique. Il conviendrait de sensibiliser les pouvoirs publics au remboursement des substituts nicotiniques, leur coût entravant la démarche de soins des populations les plus défavorisées.
ALCOOL ET MÉDICAMENTSParmi les classes médicamenteuses, les benzodiazépines ont le plus fort potentiel addictif.
RECOMMANDATIONS
LES SUBSTANCES ILLICITES ET LES PRODUITS DE SUBSTITUTIONL'essentiel des phénomènes de transfert de dépendance concerne les héroïnomanes. La consommation d'alcool par les patients qui reçoivent de la Méthadone complique suffisamment la prise en charge pour encourager de tels patients à une prise en charge spécifiquement alcoologique. La consommation de cannabis n'est que peu influencée par le sevrage éthylique. La majorité de ces usagers présentent une consommation récréative ou contrôlée de cannabis, sans perturbations somato-psychiques particulières.
LES COMPENSATIONS ALIMENTAIRESLe post-sevrage se marque par une appétence marquée pour
les produits sucrés correspondant à une compensation orale
hédonique et au déficit sérotoninergique engendré
par l'arrêt de l'alcool. Ces troubles du comportement alimentaire
doivent être prévenus par des conseils diététiques,
une aide psychothérapique et éventuellement un traitement
médicamenteux dont l'efficacité reste à évaluer.
QUESTION 4 . QUELLE ATTITUDE ADOPTER EN CAS D'ASSOCIATION À D'AUTRES TROUBLES ?DÉPRESSIONLe sevrage a un effet bénéfique sur le trouble de l'humeur, surtout en cas de dépression secondaire.
RISQUE SUICIDAIREIl est particulièrement élevé (multiplié par 90 si la consommation d'alcool est supérieure à 100g/jour) ; le jury souligne le fait qu'il s'agit d'un argument majeur pour imposer l'évaluation systématique de ce risque chez tout alcoolodépendant et la recherche chez tout suicidaire d'une alcoolodépendance.
RECOMMANDATIONSCe n'est qu'après une période de 4 semaines de sevrage que la persistance d'une symptomatologie dépressive doit faire éventuellement mettre en route un traitement antidépresseur, en l'absence bien sûr de gravité du syndrome dépressif justifiant alors une hospitalisation.
ANXIÉTÉElle disparaît la plupart du temps avec la poursuite de l'abstinence.
RECOMMANDATIONSLes benzodiazépines ne sont pas conseillées, sauf en cas d'attaque de panique et d'anxiété généralisée, qui doivent être traitées par la prescription ponctuelle et discontinue de benzodiazépines.
TROUBLES PSYCHOTIQUESToutes les psychoses peuvent être associées à une alcoolodépendance et se rencontrer après le sevrage. Le risque des dyskinésies tardives sous traitement neuroleptiques est augmenté en cas d'alcoolisme actuel ou dans les antécédents.
TROUBLES DE LA SEXUALITÉIl s'agit d'un point majeur, souvent méconnu, central pour l'équilibre du couple et l'estime de soi. L'arrêt de l'intoxication alcoolique n'est pas toujours rapidement suivi de l'effet attendu et la difficulté à restaurer une vie sexuelle satisfaisante peut être source de rechute et d'échec justifiant donc une prise en charge dans ce domaine, bien au-delà du sevrage.
TROUBLES SOMATIQUESLa cirrhoseLa poursuite de l'abstinence améliore le pronostic de la cirrhose au cours de laquelle les benzodiapézines sont contre-indiqués.
L'hépatite virale CLa prévalence de l'infection par le virus de l'hépatite C est augmentée de façon significative chez les malades alcoolodépendants et la consommation d'alcool aggrave ses conséquences hépatiques, d'où l'importance de proposer systématiquement un dépistage de l'hépatite C chez l'alcoolodépendant et de prendre en compte l'alcoolisme sur ce terrain.
Les cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS) et de l'oesophageLa plupart des cancers des VADS et de l'oesophage est liée à la synergie des effets de l'alcool et du tabac et doit encourager au double sevrage et à leur dépistage.
Le syndrome de KorsakoffSous-évalué dans sa prévalence, il peut s'améliorer dans 20 % des cas quand l'abstinence durable est obtenue.
RECOMMANDATIONSAméliorer les structures d'accueil favorables au maintien de l'abstinence
au cours de l'ensemble de ces pathologies.
PROBLÈMES POSÉS PAR LA GRANDE EXCLUSIONPrès de ¾ des personnes sans abri consomment régulièrement
de l'alcool. La prise en charge se heurte le plus souvent à une
absence de demande et une mise en échec des démarches d'aide
de soins.
QUESTION 5 . COMMENT ÉVALUER L'ACCOMPAGNEMENT DU SUJET ALCOOLODÉPENDANT SEVRÉ ?Il existe peu d'évaluations, limitées le plus souvent à
des mesures d'activité et non d'efficacité.
INDICATEURS D'ÉVALUATION DES MOYENS D'ACCOMPAGNEMENTLes indicateurs proposés doivent s'appliquer à tous les
moyens d'accompagnement pour la réalisation d'essais comparatifs,
mais aussi dans le suivi des patients. Les indicateurs de consommation d'alcool et d'appétence doivent
reposer sur des données quantitatives et qualitatives. Les marqueurs
les plus utilisés restent le VGM et l'activité de la Gamma-Glutamyl-Transpeptidase.
QUAND ÉVALUER ?Il n'existe pas de délai idéal pour effectuer l'évaluation. Elle peut être proposée à 3 mois, 6 mois et 1 an. Des rechutes peuvent justifier de façon empirique une évaluation plus tardive de 3 à 5 ans après le début de l'accompagnement.
QUI DOIT ÉVALUER ?La méthode d'accompagnement utilisée doit être évaluée par le thérapeute et par le sujet lui-même.
ÉVALUATION DES PROCÉDURESPar ailleurs la recherche de facteurs prédictifs de réponse doit être encouragée (même si l'étude " Match " n'a pas mis en évidence d'autre facteur prédictif que l'influence des troubles psychiatriques associés). Il convient de constituer des sous-groupes homogènes de malades définis sur des facteurs communs.
RECOMMANDATIONSLe jury constate l'absence courante dans les études déjà
réalisées de l'utilisation d'indices composites, prenant
en compte simultanément la réalité bio-psycho-sociale
de l'individu et sa consommation d'alcool. Le jury juge totalement indispensable également que soient mis
au point des instruments de mesure d'indicateurs standardisés plus
simples, inspirés de l'échelle précédente,
pour le suivi courant des malades alcoolodépendants par les différents
intervenants de l'accompagnement. CONCLUSIONL'alcoolodépendance demeure une pratique addictive spécifique, même si l'association croissante à d'autres dépendances rend de plus en plus complexe l'abord thérapeutique. Trois notions fortes se dégagent de cette conférence :
L'extrême indifférence à la question de l'alcoolodépendanc
Le texte intégral est disponible sur demande écrite auprès
de :Agence Nationale d'Accréditation et d'Évaluation en
Santé L'organisation de cette conférence de consensus a été rendue possible grâce à l'aide apportée par : DUPONT PHARMA et LIPHA SANTÉ |
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