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Conférences de Consensus © SNFGE, 1999 |
Jeudi 21 et vendredi 22 janvier 1999 - PARISIntroductionLe reflux gastro-oesophagien (RGO) correspond au passage d'une partie
du contenu gastrique dans l'oesophage. En pratique clinique, il désigne
une affection fréquente caractérisée par des symptômes
et/ou des lésions oesophagiennes en rapport avec ce reflux. Les
lésionsoesophagiennes muqueuses correspondent à l'oesophagite
par reflux (oesophagite peptique). L'oesophagite peut se compliquer de
sténose, d'hémorragie, d'ulcère ou de métaplasie
cylindrique du bas oesophage appelée endobrachyoesophage (ou oesophage
de Barrett). Les symptômes peuvent évoluer sans lésions
oesophagiennes ou, plus rarement, les lésionsoesophagiennes peuvent
être asymptomatiques. Le RGO constitue un problème important de santé publique
en raison de sa prévalence élevée, de son évolution
chronique, et du recours fréquent aux soins qu'il génère. L'évolution d'une forme bénigne de RGO, sans lésions
sévères d'oesophagite, vers une forme grave ou compliquée
semble rare. La survenue des complications est plus fréquente chez
les sujets âgés et en cas d'oesophagite sévère,
mais elle est difficile à prévoir à l'échelon
individuel. LES QUESTIONS POSÉESQUESTION 1COMMENT DIAGNOSTIQUER UN RGO ? QUESTION 2COMMENT EVALUER LA SEVERITE D'UN RGO ET QUELS SONT LES OBJECTIFS THERAPEUTIQUES ? QUESTION 3QUELS SONT LES RESULTATS DES TRAITEMENTS MEDICAUX ? QUESTION 4QUELS SONT LES RESULTATS DES TRAITEMENTS CHIRURGICAUX ? QUESTION 5QUELLES STRATEGIES THERAPEUTIQUES ?
Ce texte a pour objectif de fournir aux professionnels de santé
une synthèse des faits établis et des recommandations pratiques
qui en découlent. L'évolution rapide des données
dans le domaine du RGO laisse prévoir que ces conclusions devront
être réévaluées à la lumière
desétudes ultérieures.
Auteurs et partenairesQuestion 1. Comment diagnostiquer un RGO ?La stratégie diagnostique dépend de l'analyse précise des symptômes révélateurs, typiques ou atypiques, et du contexte médical (âge, facteurs de risque).
L'endoscopie digestive permet le diagnostic de RGO lorsqu'elle
met en évidence des lésionsoesophagiennes érosives
(oesophagite de reflux). Leur présence suffit au diagnostic et
rend, le plus souvent, inutile toute autre exploration. L'érythème
diffus, la fragilité muqueuse et les signes histologiques d'oesophagite
ont une valeur diagnostique insuffisante pour être utilisés
en pratique. Le jury recommande de ne pas les prendre en compte et de
ne pas réaliser de biopsies oesophagiennes systématiques
dans cette affection. En revanche, une endoscopie normale ne permet pas
d'écarter le diagnostic puisqu'une oesophagite n'est présente
que dans 30 à 50 % des cas. En l'absence de classification consensuelle
et parfaitement validée des lésions d'oesophagite, le jury
considère que l'essentiel est de distinguer les oesophagites non
sévères (pertes de substance isolées ou multiples
mais non circonférentielles), lesoesophagites sévères
(pertes de substance circonférentielles) et les oesophagites compliquées
(sténoses, ulcères, endobrachyoesophage). La pH-métrie oesophagienne de 24 heures, réalisée
de préférence en ambulatoire, est utile chez les patients
ayant des symptômes atypiques et une muqueuse oesophagienne normale
en endoscopie. Elle doit être effectuée après arrêt
de tout traitement antisécrétoire (une semaine pour les
IPP) et comporter une évaluation de la corrélation symptômes-reflux.
Sa sensibilité varie de 70 à 90 % et sa spécificité
de 85 à 90 %. Cette exploration n'a pas d'intérêt
diagnostique chez les patients ayant une oesophagite ou des symptômes
typiques de RGO (sauf dans certains cas de résistance au traitement).
Elle ne permet pas la recherche d'un reflux biliaire. Le test diagnostique par IPP consiste en un traitement bref et
à forte dose, administré dans un but diagnostique. Il pourrait
représenter une alternative intéressante à la pH-métrie
de 24 heures. Cependant, le jury n'a pas estimé devoir recommander
ce test car il est encore insuffisamment validé.
Question 2. Comment évaluer la sévérité d'un RGO et quels sont les objectifs thérapeutiques ?L'oesophagite a trop longtemps été le critère principal
d'évaluation de la sévérité du RGO et de la
réponse thérapeutique. Or, dans la grande majorité
des cas, le RGO est une pathologie fonctionnelle bénigne n'entraînant
pas de lésions sévères. Il se manifeste avant tout
par des symptômes susceptibles de détériorer des domaines
importants de la qualité de vie. Le jury recommande l'utilisation
de questionnaires d'évaluation des symptômes et de la
qualitéde vie standardisés et fiables pour les
essais cliniques, et le développement et l'utilisation de questionnaires
plus simples pour la pratique courante. Dans la majorité des cas, les lésions d'oesophagite
ne sont pas sévères. Elles ne sont pas corrélées
à l'intensité des symptômes et s'aggravent rarement
au cours de leur évolution. Detelles lésions ne constituent
pas un critère de sévérité du RGO. Le jury
ne recommande pas le contrôle de la cicatrisation de ces lésions
et leur surveillance ultérieure par des endoscopies répétées. La sténose peptique et l'endobrachyoesophage sont
les deux complications principales du RGO. L'endobrachyoesophage avec
métaplasie cylindrique de type intestinal est un état
précancéreux qui augmente de 30 à 40 fois le risque
d'adénocarcinome oesophagien par rapport à la population
générale. La dégénérescence maligne
survient, selon une séquence métaplasie - dysplasie - cancer.
Le jury recommande de surveiller cette métaplasie intestinale par
endoscopie et biopsies étagées, à condition qu'un
traitement puisse être proposé en cas de découverte
d'une dysplasie sévère ou d'un adénocarcinome.
Question 3. Quels sont les résultats des traitements médicaux ?Les médicaments disponibles pour le traitement du RGO appartiennent
à plusieurs classes thérapeutiques dont l'efficacité
a été, le plus souvent, bien documentée. Certains
d'entre eux sont très efficaces mais aucun n'est capable de guérir
définitivement la maladie et donc de prévenir les récidives
après l'arrêt du traitement. Les antiacides et les alginates ont une efficacité
démontrée mais limitée sur les symptômes du
RGO. Ils n'ont pas d'effet sur les lésions oesophagiennes. Ils
sont particulièrement bien adaptés à une utilisation,
à la demande, au moment des douleurs. La prise d'antiacides doitêtre
recommandée à distance d'autres médicaments dont
ils peuvent diminuer l'absorption intestinale. Les antagonistes des récepteurs H2 à l'histamine (anti-H2)
sont efficaces dans le traitement symptomatique du reflux et les oesophagites
non sévères. Ils n'ont pas d'indication dans le traitement
des lésions sévères d'oesophagite et dans les formes
compliquées. En traitement d'entretien, leur efficacité,
est souvent décevante. Une dose journalière analogue à
celle utilisée dans l'ulcère gastro-duodénal doit
être prescrite avec une prise biquotidienne. La place des anti-H2
dans le traitement du RGO s'est considérablement réduite
malgré leur bonne sécurité d'emploi, du fait de l'efficacité
des IPP. Cependant, de nouvelles modalités thérapeutiques
(automédication, traitement à la demande), développées
ces dernières années, semblent intéressantes et mériteraient
d'être davantage évaluées. Parmi les prokinétiques, seul le cisapride a une
efficacité documentée et comparable aux anti-H2, en traitement
d'attaque. Son efficacité a été également
démontrée en traitement d'entretien dans certaines études.
Le cisapride est contre-indiqué en cas de risque de troubles du
rythme ou de la conduction cardiaque et en association avec certains médicaments.
Pour des raisons de coût-efficacité et d'observance, le jury
recommande d'utiliser la monothérapie par IPP de préférence
à l'association cisapride - anti-H2. Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) ont une efficacité
supérieure à celle de toutes les autres classes thérapeutiques
sur les symptômes et les lésions d'oesophagite en traitement
d'attaque, avec des taux d'efficacité de l'ordre de 85 %. Ces résultats
se maintiennent lors du traitement d'entretien. Cette supériorité
est particulièrement nette dans les oesophagites sévères
et les sténoses peptiques. En revanche, les IPP ne permettent pas
de faire régresser les lésions d'endobrachyoesophage. L'efficacité
symptomatique des IPP à demi-dose a été démontrée
dans les formes modérées de RGO, aussi bien en traitement
d'attaque que d'entretien. Dans l'ensemble, les IPP sont bien tolérés
et dépourvus d'effets secondaires significatifs. Une hypergastrinémie
et une hyperplasie des cellules endocrines fundiques peuvent être
induites par les IPP mais sont sans conséquence clinique significative,
avec un recul d'environ 10 ans. L'implication d'Helicobacter pylori dans la physiopathologie
du RGO et la survenue d'une gastrite atrophique n'est pas clairement établie.
Dans l'état actuel des connaissances, le jury considère
qu'il n'est pas justifié de prendre en compte l'infection par Helicobacter
pylori dans la prise en charge thérapeutique du RGO et qu'il
n'y a pas de niveau de preuve suffisant pour recommander la recherche
systématique et l'éradication de ce germe en cas de traitement
antisécrétoire prolongé. Question 4. Quels sont les résultats des traitements chirurgicaux ?Le traitement chirurgical a pour objectif de reconstituer une barrière
antireflux. C'est le seul traitement susceptible d'agir sur l'histoire
naturelle du RGO. Il a bénéficié, ces dernières
années, d'un regain d'intérêt avec le développement
de l'abord coelioscopique. Les principes de la chirurgie restent cependant
inchangés : réduction d'une éventuelle hernie hiatale
et"manchonnage" du bas oesophage par la grosse tubérosité
de l'estomac réalisant une valve antireflux. Un bon niveau de preuve existe pour conclure à l'efficacité
des fundoplicatures et pour les préférer à tous les
autres procédés proposés dans le traitement chirurgical
de première intention du RGO. En revanche, le jury n'a pas pu trancher
entre fundoplicatures totales et fundoplicatures partielles postérieures.
En effet, la meilleure efficacité à long terme des premières,
observée dans certaines séries, contrebalance la plus faible
morbidité des secondes. Un contrôle satisfaisant des symptômes et des anomalies
objectives du RGO est rapporté dans 80 à 90 % des cas, avec
un recul de 5 à 20 ans. La mortalité postopératoire
est très faible (0% dans les essais comparatifs ; 0,1 à
0,8% dans les séries publiées). La morbidité est
difficile à apprécier du fait de l'hétérogénéité
des techniques et des critères d'évaluation. La fréquence
de la dysphagie persistante varie de 1 à 8 %. Celle des troubles
dyspeptiques, dont la nature est souvent mal précisée, est
très variable d'une série à l'autre. Avant toute intervention, une endoscopie est requise à des fins
de diagnostic positif et différentiel. La pH-métrie est
indispensable en l'absence de lésions d'oesophagite. La manométrie
oesophagienne est nécessaire en cas de suspicion d'une achalasie
ou d'une sclérodermie. L'exploration radiologique est, le plus
souvent, inutile. Le choix entre poursuite du traitement médical prolongé
et chirurgie est difficile en l'attente desétudes prospectives
contrôlées en cours de publication ou de réalisation.
Le contexte clinique (comorbidité, facteurs de risque, âge)
et le choix éclairé du patient sont les principaux éléments
qui doivent intervenir dans la décision. Le jury rappelle que la
meilleure acceptabilité de la voie d'abord coelioscopique ne doit
pas modifier les indications du traitement chirurgical du RGO. Question 5. Quelles stratégies thérapeutiques ?Il n'existe pas d'étude ayant évalué de façon
directe, complète et fiable les différentes modalités
de la prise en charge initiale du RGO. Dans l'état actuel des connaissances
scientifiques et médico-économiques, le jury considère
que les stratégies suivantes sont les plus appropriées pour
prendre en compte l'hétérogénéité des
modes de présentation aussi bien que l'efficacité des traitements
du RGO. Stratégie initiale
Stratégie à long terme en dehors des complications
Complications
L'organisation de cette conférence de consensus a été
rendue possible grâce à l'aide apportée
par les Laboratoires : Astra France, Byk France, GlaxoWellcome, Houdé,
Janssen Cilag, Pierre Fabre Santé, Rhône Poulenc
Rorer, SmithKline Beecham, Solvay Pharma, Synthélabo
et Takeda Gastroentérologie Clinique et Biologique, 1999, vol 23, n°
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