Objectifs et méthodes du Livre Blanc de l'hépato-gastroentérologie
Les buts du Livre blanc de l'hépato-gastroentérologie étaient
d'évaluer les atouts de notre discipline, de définir
les principaux enjeux pour la décennie à venir et de
formuler des propositions. Le Livre blanc est ainsi devenu un livre
de bord.
Les objectifs à atteindre, clairement affichés à la phase initiale
de la réalisation, étaient les suivants :
– obtenir une mobilisation large des hépato-gastroentérologues
libéraux et hospitaliers, afin d'atteindre une large représentativité
et de réaliser un véritable travail collectif ;
– effectuer un examen aussi précis que possible du champ épidémiologique
des maladies de l'appareil digestif et du foie ;
– présenter les divers acteurs médicaux, leur organisation
de travail, mesurer les activités, les réalisations
et les services rendus, c'est-à-dire décrire en quelque
sorte l'offre de soins ;
– décrire les malades s'adressant à ces professionnels, afin
d'estimer, en situation concrète, leurs demandes de soins
par des enquêtes prospectives ; montrer parallèlement
comment s'effectue dans notre discipline la prise en charge coordonnée
des malades par l'observation des étapes en amont et en aval
de leur venue en consultation ou en hospitalisation ;
– comparer à cette occasion l'activité libérale et hospitalière
;
– mettre en évidence et quantifier de façon objective les réalisations
des hépato-gastroentérologues dans les domaines
de la formation initiale, de la formation continue, de l'évaluation
de la qualité des soins et de la recherche ;
– sélectionner les principaux enjeux après une réflexion
prospective sur les soins, la formation et la recherche ;
– formuler des propositions tenant compte des deux grands déterminants
de la santé que sont les modes de vie
Le Livre Blanc de l'Hépato-Gastroentérologie © SNFGE, 2001
de la population et l'organisation des soins, en concentrant les demandes de
la discipline sur des problèmes de santé publique
reconnus par les autorités sanitaires.
Méthodes
Un objectif de ce travail a été de faire l'état des lieux
des données existantes sur l'épidémiologie
et le coût socio-économique des affections de l'appareil
digestif et du foie, ainsi que sur l'activité des professionnels
et l'organisation actuelle des structures pour la prise en
charge de ces affections. Ces données étaient incomplètes
en épidémiologie et assez peu nombreuses s'agissant
du coût socio-économique. Une projection sur l'avenir,
au moins à moyen terme, était aussi nécessaire.
À l'initiative de la Société nationale française de gastro-entérologie
(SNFGE) et sous sa responsabilité, un comité de pilotage
constitué de 14 hépato-gastroentérologues (7
hospitalo-universitaires, 2 hospitaliers et 5 libéraux) a
été mis en place pour organiser et coordonner les
enquêtes, les expertises et la rédaction de l'ouvrage.
Ce comité de pilotage a été constitué
en collaboration avec les sociétés filiales de la
SNFGE : la Société française d'endoscopie Digestive
(SFED), l'Association française pour l'étude du foie
(AFEF), la Fondation française de cancérologie digestive
(FFCD), la Société nationale française de colo-proctologie
(SNFCP), et avec l'Association nationale française de formation
continue en hépato-gastroentérologie (FMC-HGE).
Une société de conseil en santé, la SANESCO, a été
choisie pour le conseil méthodologique et la réalisation
des enquêtes. Un conseil scientifique indépendant des
hépato-gastroentérologues a été mis
en place par la société SANESCO, avec pour mission
de valider au plan scientifique les méthodes proposées
pour répondre aux objectifs.
Sur le plan épidémiologique, les données fournies dans ce
document reposent sur des enquêtes, des expertises et l'utilisation
de sources d'informations officielles.
Les enquêtes en secteur libéral et hospitalier
Pour obtenir des données fiables là où elles étaient
trop limitées, notamment sur l'activité des hépato-gastroentérologues,
plusieurs enquêtes prospectives ont été spécialement
réalisées.
En secteur libéral, deux enquêtes ont été ainsi effectuées :
– la première a concerné les conditions d'exercice. Elle
a porté sur l'ensemble des 2 039 hépato-gastroentérologues
libéraux recensés en France (source : ficher TVF/cegedim,
mise à jour de décembre 1999). Cinq cent cinquante-sept
réponses exploitables ont été reçues.
Sur ces 557 praticiens, 414 se sont déclarés volontaires
pour être intégrés dans le panel participant
à la seconde enquête. Le questionnaire d'enquête
est fourni en annexe 1 ;
– la seconde enquête a été réalisée auprès
d'un panel représentatif de 179 hépato-gastroentérologues
(sur les critères d'âge, de sexe, de région).
Elle a consisté à recueillir de façon prospective
des informations sur les consultations et actes réalisés
durant une semaine d'activité et à disposer de données
plus précises sur les conditions d'exercice et plus spécifiquement
les circuits de soins. Cent cinquante-sept hépato-gastroentérologues
ont effectivement participé à l'enquête. Pour reconstituer,
à partir de ces 157 praticiens, un échantillon représentatif
sur les critères de stratifications, 126 praticiens ont finalement
été inclus dans l'analyse. L'enquête a porté
sur un total de 7 224 patients. Les questionnaires d'enquête
sont fournis en annexes 2 et 3.
En secteur hospitalier, de la même façon, deux enquêtes ont été conduites :
– une enquête menée auprès de 136 établissements
hospitaliers et hospitalo-universitaires avait pour objectif de
décrire d'une part l'activité personnelle des médecins
hépato-gastroentérologues et d'autre part les organisations
et activités des services prenant une part active, si ce
n'est exclusive, dans la prise en charge des pathologies médicales
digestives et hépatiques. Les questionnaires relatifs à
cette enquête sont fournis en annexes 4 et 5 ;
– une enquête prospective menée auprès de 1 038 hépato-gastroentérologues
hospitaliers et hospitalo-universitaires était destinée
à obtenir une image aussi fiable que possible de leur activité
et des circuits de soins, comme dans l'enquête conduite auprès
des hépato-gastroentérologues libéraux. Cette
enquête a été réalisée à l'aide
d'une fiche remplie pour chaque malade. Elle a permis un relevé
d'activité en temps réel sur 5 jours consécutifs
(du lundi 8 h au samedi 8 h) et a concerné tous les patients
hospitalisés et tous les patients vus en consultations et
soins externes ou pour des actes techniques. Cette étude
a finalement porté sur un total de 7 500 patients. Les questionnaires
relatifs à cette enquête sont fournis en annexes 6
et 7.
Les expertises par thème
Parallèlement aux enquêtes, des travaux d'experts ont permis de préciser
l'état des connaissances dans chacun des domaines de la discipline,
s'agissant des soins, de l'enseignement ou de la recherche.
Un certain nombre de thèmes ont été définis, couvrant
les champs principaux de la pathologie digestive et hépatique,
chacun des thèmes étant confié à des experts
(1 à 12 par thème), supervisés par un membre
du Comité de pilotage. La liste des experts est indiquée
en début d'ouvrage.
Les thèmes pathologiques étaient les suivants :
– les hépatites virales (3 experts),
– les maladies hépatiques liées à l'alcool (3 experts),
– les stéato-hépatites non alcooliques (1 expert),
– l'hémochromatose génétique (1 expert),
– les cancers digestifs et du foie (7 experts),
– la lithiase biliaire (3 experts),
– les maladies non cancéreuses du pancréas (3 experts),
– les pathologies œsogastroduodénales non tumorales (ulcère
et reflux gastro-œsophagien principalement) (3 experts),
– les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (3 experts),
– les diarrhées aiguës (3 experts),
– les troubles fonctionnels digestifs (3 experts),
– les pathologies proctologiques (3 experts),
– les pathologies iatrogènes du tube digestif et du foie (3 experts).
Des thèmes transversaux ont également fait l'objet d'expertise :
– la nutrition et la dénutrition (3 experts),
– l'alcoolisme (5 experts),
– les urgences (3 experts),
– les thérapeutiques (8 experts),
– les plateaux techniques : endoscopie, exploration fonctionnelle (12 experts),
– la formation initiale (2 experts),
– les sociétés scientifiques (5 experts),
– la formation continue (7 experts),
– l'évaluation médicale (5 experts),
– la recherche (9 experts),
– la démographie médicale (3 experts),
– l'harmonisation européenne (2 experts).
Chaque expert était chargé de rédiger un rapport sur son
thème, en liaison avec la SANESCO et un membre du comité
de pilotage. Selon un guide préétabli (annexe 8),
ce rapport devait prendre en compte les items suivants :
– l'épidémiologie,
– les aspects socio-économiques,
– les enjeux de santé publique,
– l'organisation de l'offre de soins pour faire face aux besoins,
– les prévisions pour la décennie à venir,
– les données spécifiques en matière de formation
et d'évaluation,
– les avancées de la recherche.
Les experts avaient également pour mission de faire des propositions pour
remédier aux faiblesses identifiées dans leur domaine
et faire face aux évolutions attendues. Ces contributions
sont largement reprises dans les divers chapitres de ce Livre blanc.
Les sources d'information officielles
La Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés
(CNAMTS)
publie des données très complètes sur l'activité
des professionnels de santé. Ces éléments font
référence, même si, dans plusieurs domaines,
les sources disponibles les plus récentes datent de 1998.
– En premier lieu, via le Système national d'information
inter-régimes (SNIR), l'ensemble des informations sur les
hépato-gastroentérologues exerçant en secteur
libéral (qu'ils soient à temps plein ou à temps
partiel) sont connues. Ces données seront détaillées
dans le chapitre III. Ne sont, en revanche, pas connus par ce système
d'information les éléments d'activité des médecins
hospitaliers. L'activité de consultations externes hospitalières,
notamment, est très mal décrite dans les systèmes
d'information existants, ce qui nous a conduits à une enquête
sur ce thème.
– En second lieu, la CNAMTS a publié l'enquête MEDICAM (Médicaments
assurance maladie) à partir des données du codage des
médicaments de l'année 1999 (recueil du code CIP –
Club inter-pharmaceutique – de 7 caractères figurant
sur les vignettes). Cette enquête décrit l'ensemble
de la consommation pharmaceutique présentée au remboursement
telle qu'on peut l'apprécier à partir des délivrances
en officine de ville. La direction des statistiques et des études
de la CNAMTS nous a fourni le fichier agrégé des données
du 1er semestre 1999 à partir duquel
ont pu être établis les tableaux présentés
dans le chapitre III (exploitation : BKL THALES). Ces chiffres n'incluent
pas :
. les médicaments délivrés en milieu hospitalier, et a
fortiori la consommation pharmaceutique des malades hospitalisés,
. les médicaments remboursables non présentés au remboursement
par les assurés,
. les médicaments non remboursables,
. les données des sections locales mutualistes et des autres régimes
d'assurance maladie (qui doivent représenter de l'ordre de
25 à 30 % du total).
Le Centre de recherche, d'étude et de documentation en économie
de santé (CREDES)
publie à intervalles réguliers les résultats
de l'enquête sur l'état de santé de la population.
Cette enquête concerne la morbidité ressentie, ce qui
a l'avantage de cerner la demande potentielle, mais l'inconvénient
de ne pas présenter une vision objective de l'état
réel de la morbidité. Les réponses des individus
dépendent de la perception qu'ils ont de leur santé.
Dans un domaine comme les troubles fonctionnels digestifs, par exemple,
cette approche est indispensable. Par ailleurs, deux rapports sur
des thèmes de pathologie digestive ont été
produits : l'un sur la maladie de Crohn (1996) et l'autre sur l'alcoolisme
chronique (1997).
BKL THALES
Outre les enquêtes pilotées par le CREDES, deux sources
sur panel permettent une photographie de l'activité médicale
: le panel de médecins géré par IMS et le panel
permanent de médecins généralistes BKL THALES.
Ces sources permettent d'avoir une approche des motifs de consultation
en secteur libéral et des prescriptions pharmaceutiques.
La Direction de la recherche, des études de l'évaluation
et des statistiques / ministère de l'Emploi et de la Solidarité
(DREES)
publie régulièrement des études sur l'activité
d'hospitalisation. Elle a ainsi produit, en janvier 1999, une étude
sur le recours aux soins hospitaliers pour hépatite C chronique
et, en mars 2000, une étude sur les disparités spatiales
de mortalité par cancer de l'appareil digestif.
Le Programme de médicalisation du système d'information
(PMSI)
permet d'analyser l'activité hospitalière, par pathologie
et par acte, aussi bien en secteur public qu'en secteur privé.
Le relevé standardisé de sortie a été
généralisé en 1994 au secteur public (établissements
de plus de 100 lits) et en 1996 au secteur privé. On dispose
ainsi de bases de données quasi exhaustives sur l'activité
d'hospitalisation en France (via le site Internet de la mission
PMSI de la Direction des Hôpitaux). Ce relevé a avant
tout une finalité médico-économique et est
utilisé pour allouer les marges budgétaires annuelles.
Il ne peut être considéré comme un relevé
épidémiologique fiable. Nous l'avons toutefois utilisé
pour avoir une vision générale de l'activité,
en prenant les séjours des catégories majeures de
diagnostics 06 (affections du tube digestif) et 07 (affections du
système hépato-biliaire et du pancréas) des
bases publique et privée de l'année 1998 (plus les
GHM 806 et 807 qui décrivent l'activité ambulatoire).
Pour les analyses plus précises de l'activité des
services hospitaliers, les enquêtes réalisées
dans le cadre de ce Livre blanc ont été d'un apport
supérieur.
On doit aussi regretter que le PMSI ne décrive pas correctement l'activité
de cancérologie, essentiellement du fait de la distinction
entre diagnostic principal et diagnostics associés. Si le
praticien indique « chimiothérapie » en diagnostic
principal et omet de préciser le ou les diagnostics associés
qui justifient cette chimiothérapie, l'information est perdue
et il est difficile de rapporter cette séance à la pathologie
cancéreuse. En revanche, le PMSI est plus précis pour
décrire l'activité chirurgicale.
Clinical Economics in Gastroenterology (2000)
L'analyse médico-économique a bénéficié
de nombreux travaux français récents, mais aussi des
données ras-semblées dans un ouvrage sur l'état
des connaissances en matière de coûts dans les pathologies
digestives : Economics in Gastroenterology (2000) . Des éléments
de cette revue générale sont repris dans plusieurs
parties de l'ouvrage. Ces éléments n'apportent que
des indications et des pistes de travail et ne sont pas utilisables
en valeur absolue. Il est, en effet, toujours difficile d'effectuer
des comparaisons internationales compte tenu des différences
structurelles et culturelles entre les pays et des différences
dans l'organisation des système de soins.
L'approche médico-économique a pour but de faciliter la décision
médicale en tenant compte à la fois des coûts
et de l'efficacité thérapeutique (minimisation des
coûts, coût/efficacité, coût/utilité,
coût/bénéfice).
Enfin, d'une manière générale, les coûts sont distingués
en quatre catégories classiques :
– coûts médicaux directs : diagnostic, hospitalisation, médicaments,
chirurgie ;
– coûts médicaux indirects : nourriture à adapter, déplacement,
habillement ;
– coûts indirects : arrêt de travail, mortalité prématurée
;
– coûts intangibles : valeur financière de la souffrance,
anxiété...