Texte de l'interview
Quels sont les symptômes qui peuvent évoquer un ulcère
?
Professeur DUPAS : Le symptôme le plus évocateur c'est la
douleur au niveau de la partie haute de l'abdomen en projection de l'estomac
; c'est une douleur qui peut être particulière, à type de
crampe, de torsion, quelquefois de brûlure qui apparaît souvent
une heure ou deux après les repas et qui est calmée par une prise
alimentaire. Elle est donc rythmée dans la journée par les repas
et peut se répéter pendant deux ou trois semaines. Cette douleur
peut être aussi moins typique, gêne banale sans rythme particulier
qui apparaît brutalement. Il peut s'agir aussi d'un ulcère asymptomatique
c'est à dire sans symptômes et il existe donc des ulcères
sans manifestations douloureuses. Enfin, cet ulcère peut aussi se révéler
par une complication : l'ulcère peut saigner et provoquer soit une hémorragie
d'origine gastrique, rejetée au cours de vomissements sanglants qui s'extériorise
par une coloration noirâtre des selles mais également se révéler
aussi par une anémie chez un sujet sans qu'il ait de symptômes
douloureux évoquant un ulcère.
Si l'on pense que le patient a un ulcère, comment va-t-on faire le
diagnostic ?
Professeur DUPAS : On essaye de rechercher l'existence de cet ulcère
lorsqu'on a une douleur typique, lorsqu'on a une hémorragie digestive
ou une anémie en faisant une endoscopie. On va explorer la totalité
de l'estomac et du duodénum par cet examen endoscopique qui permettra
de visualiser cette perte de substance généralement de l'ordre
de quelques millimètres à un ou deux centimètres, le plus
souvent à fond blanchâtre associée éventuellement
à quelques petits caillots.
Pourquoi fait-on un ulcère ?
Professeur DUPAS : Normalement, la paroi de l'estomac se défend
contre l'agression de l'acide (qu'il sécrète lui-même) grâce
à un système de défense formé par une couche de
cellules qui produit du mucus, une sorte de gel s'étalant sur la paroi
pour la protéger des agressions. Lorsque ce système de défense
est altéré, l'acide pénètre plus profondément
dans la paroi gastrique et peut provoquer une altération des cellules
puis l'apparition d'une perte de substance - un trou - dans la paroi. Celui-ci
reste généralement assez superficiel mais peut parfois aller jusqu'à
la perforation de la paroi de l'estomac.
L'ulcère est-il une maladie infectieuse ?
Professeur DUPAS : On a dit que la paroi de l'estomac était protégée
par un système de défense, avec une couche de mucus, ce gel qui
protège la paroi de l'estomac contre l'agression de l'acide produit par
les cellules de l'estomac ; dans certaines circonstances, cette couche de mucus
s'est altérée. Les cellules qui sont en-dessous et qui produisent
ce mucus, sont alors altérées. Soit par des médicaments
comme les anti-inflammatoires, soit par l'existence d'une infection propre à
l'estomac par une bactérie (NDLR : infection à helicobacter pylori)
qui va entraîner une inflammation au niveau de cette paroi gastrique et
diminuer sa faculté de défense. Cette bactérie entraîne
un état inflammatoire de l'estomac qu'on appelle une gastrite.
Quel est le traitement actuel d'un ulcère de l'estomac ou du duodénum
?
Professeur DUPAS : On sait donc que les deux facteurs les plus importants
sont donc l'acidité de l'estomac et l'infection par helicobacter pylori.
Pendant de nombreuses années, on a traité l'ulcère simplement
par des médicaments qui diminuaient la sécrétion acide
de l'estomac et qui permettaient de le faire cicatriser. Actuellement on sait
que l'autre moyen - le meilleur sans doute - est de traiter l'infection à
helicobacter pylori pour éviter à l'avenir que cet ulcère
ne se reproduise. Lorsqu'on éradique, lorsqu'on élimine cette
infection, on n'a plus de récidive d'ulcère gastrique ou duodénal.
Cette infection est difficile à traiter car l'helicobacter se niche dans
la couche du mucus et les antibiotiques les plus efficaces lorsqu'on les testent
en laboratoire, le sont beaucoup moins en clinique courante. Il faut l'association
de deux antibiotiques pour arriver à éradiquer cette infection
et associer un anti-sécrétoire qui permet de faciliter, de favoriser
l'action de ces antibiotiques. Mais même comme cela, sur un traitement
de sept jours qui est la période de traitement préconisée,
on n'arrive à un résultat positif que dans sept cas sur dix soit
30 % d'échec d'éradication avec ce triple traitement (tri-thérapie)
utilisé à l'heure actuelle.
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