Texte de l'interview
Pourquoi dépister le cancer du colon plutôt qu'un autre cancer
?
Professeur FAIVRE : On dépiste le cancer du colon parce qu'il
remplit les caractéristiques que doit avoir une maladie pour justifier
un dépistage de masse, c'est à dire proposé à une
population prise dans son ensemble. Le premier critère est constitué
par sa fréquence - près de 37.000 nouveaux cas chaque année
en France ce qui le situe au premier rang des cancers avec celui du sein. Ensuite,
malgré les progrès thérapeutiques récents, c'est
un cancer qui reste grave puisqu'actuellement on ne sait guérir qu'un
cancer du colon sur deux. Par contre, lorsqu'il est diagnostiqué tôt,
localisé à la paroi, l'exérèse du cancer permet
de guérir le patient. De plus, il est souvent précédé
d'une tumeur bénigne qu'on appelle le polype. Si on sait détecter
et enlever ce polype par voie endoscopique, on empêchera le cancer d'apparaître.
A qui s'adresse préférentiellement le dépistage du
cancer de l'intestin ?
Professeur FAIVRE : Je crois qu'il faut distinguer deux cas : il y a
d'un côté quelques groupes à risque élevé
et de l'autre le reste de la population. Pour les premiers, il y a d'abord des
risques génétiques qui atteignent dans ces familles un individu
sur deux. C'est très rare, moins de 3 % des cancers du colon. Viennent
ensuite des gens qui ont des risques un peu plus élevés essentiellement
parce qu'ils ont eu un parent atteint, surtout s'il a été atteint
avant 45 ans (le risque est multiplié par 5) ou 65 ans (risque multiplié
par 3) ou s'il a deux parents atteints. Dans ce cas là, le risque est
suffisamment élevé pour justifier un dépistage endoscopique.
Mais la plus grande partie de la population n'appartient pas à ces groupes
de risques élevés, à peu près 85 % des cas qui surviennent
en dehors de cette situation et le seul moyen de faire évoluer les choses
c'est le dépistage de masse qui s'adresse à toute la population
âgée de 45 à 75 ans.
En pratique, pour le patient, quelle forme va prendre ce dépistage
?
Professeur FAIVRE : C'est extrêmement simple. On va lui remettre
un test qui permet de rechercher un saignement invisible à l'il
nu dans les selles. Pour ce faire, il va prélever deux petits fragments
de selles sur trois selles consécutives, à l'aide d'une spatule
qui lui est fournie. Le test va être envoyé - avec une enveloppe
pré-affranchie - vers un centre spécialisé dans la lecture
et qui lui enverra très vite les résultats (en principe le jour
même de la réception du test au centre d'analyse).
Le dépistage du cancer de l'intestin est-il une démarche individuelle
ou plutôt collective ?
Professeur FAIVRE : C'est une démarche collective. Un test de
dépistage qui est aussi simple que ce test ne peut pas avoir les qualités
d'un examen à visée diagnostic. Il a obligatoirement des limites
; il va permettre de détecter la plus grande partie des gens qui ont
un cancer n'ayant pas encore donné de signes mais pas tous. Et c'est
un très grand progrès dans une optique de santé publique
, d'avancer le diagnostic d'une forte proportion des cancers, de quelques mois
ou de quelques années. Donc c'est un test qui n'a de sens que proposé
à toute une population en bonne santé, âgée de 45
à 75 ans.
J'ai fait un dépistage, il s'avère positif, que va t-il se
passer ensuite ?
Professeur FAIVRE : Si le test est positif, on rentre dans la stratégie
de diagnostic. Il y a un saignement dans les selles, il faut en connaître
la cause et il faut donc faire une coloscopie qui va explorer tout le cadre
colique à la recherche de polypes. Statistiquement, on va trouver un
polype dans un tiers des cas environ et il va enlevé au cours de l'endoscopie.
Dans 10% des cas, on va trouver un cancer en sachant que la plupart de ces cancers
se trouvent à un stade où ils vont être guéris par
l'exérèse chirurgicale.
D'autres pays ont-il mis un dépistage à l'échelon national
?
Professeur FAIVRE : Il y a des programmes de dépistage qui fonctionnent
depuis très longtemps puisque çà fait à peu près
25 ans en Allemagne ; mais ils sont très mal organisés avec une
participation de la population qui est très faible alors qu'un test de
dépistage de masse, comme son nom l'indique, n'a de sens que s'il est
fait massivement sur la population pour découvrir la plupart des cancers
asymptomatiques. En Allemagne, le taux de participation chez l'homme est de
l'ordre de 10 % et avec ces chiffres-là , on rend service à quelques
individus mais on ne fait pas évoluer le problème que pose ce
cancer dans une population. La situation du cancer colo-rectal en Allemagne
n'est donc pas plus satisfaisante qu'en France. Il y a d'autres pays où
on commence une politique nationale, c'est le cas de l'Angleterre où
on a mis en place un programme pilote sur une partie importante du pays qui
fonctionne dans d'excellentes conditions. La Suède et le Danemark ont
commencé des programmes identiques. En France, on aurait dû commencer
un dépistage de ce type au début de l'année 2002 : pour
des raisons de difficultés avec les Caisses d'Assurances Maladie, le
démarrage en est retardé mais à très court terme,
à peu près 20 % de la population française pourra se voir
proposé ce test et l'expérience ainsi acquise permettra de définir
une politique nationale prévue à court terme derrière cette
expérience initiale.
On entend parler dans les média de coloscopie virtuelle. Est-ce que
cela pourrait avoir un rôle dans le dépistage et que faut-il en
penser ?
Professeur FAIVRE : Le terme d'examens virtuels fait toujours rêver
! La coloscopie virtuelle consiste à reconstituer le colon à l'aide
de logiciels complexes ce qui nécessite un certain temps après
avoir acquis les images, au scanner le plus souvent ou en IRM. C'est une technique
qui n'en est encore qu'au stade expérimental. Il y a très peu
de gens qui possèdent cette méthodologie en France et un rapport
récent de l'ANAES a indiqué que la coloscopie virtuelle n'avait
pas sa place dans le dépistage du cancer du colon.
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