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Traitement de l'hépatite C

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Expert : Professeur Dominique LARREY
Chef du service d'hépatologie - CHU de Montpellier

Questions

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Pouvez-vous nous résumer le traitement actuel de l'hépatite C ?

Pourquoi traiter parfois des patients qui ne se plaignent d'aucun symptôme?

Y a t-il différentes formes de virus de l'hépatite C ?

Quels sont actuellement les résultats du traitement de l'hépatite C ?

En cas d'échec de ce traitement, que peut-on proposer au patient ?

A l'issue du bilan, certains patients ne sont pas traités. Est-ce définitif ?

Alcool et virus de l'hépatite C, est-ce un couple qui fait bon ménage ?

 

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Texte de l'interview

Pouvez-vous nous résumer le traitement actuel de l'hépatite C ?
Professeur LARREY : Le traitement est maintenant bien codifié. Il comprend l'association de deux médicaments : l'interféron retard qui s'administre par voie sous-cutanée une fois par semaine et qui associé à des gélules de Ribavirine qui se prennent deux fois par jour. La durée du traitement est assez longue, comprise entre 24 et 48 semaines c'est à dire en gros entre six mois et un an.

 

Il arrive souvent que les patients ne se plaignent d'aucun symptôme. Alors, pourquoi traiter ?
Professeur LARREY : Il a plusieurs circonstances dans lesquelles il est intéressant de proposer un traitement au patient. Premièrement , parce qu'il n'y a pas une bonne correspondance entre les symptômes et la sévérité de la maladie du foie. On peut par exemple avoir une cirrhose ou un état pré-cirrhotique avec très peu de symptômes. Dans ce cas là, c'est une bonne indication. Deuxièmement, l'objectif du traitement peut être d'obtenir l'éradication virale (NDLR : la disparition définitive du virus) et pas seulement la maladie du foie. Un exemple : une jeune femme désire avoir des enfants et se trouve être porteuse de virus. Elle craint de contaminer ses enfants dans l'avenir et notamment au cours de l'accouchement. Elle a un bon génotype et il est donc légitime qu'elle demande que son virus soit éradiqué avant de s'engager dans son projet de grossesse.

 

Y a t-il différentes formes de virus de l'hépatite C ?
Professeur LARREY : Tout à fait. On connaît au moins six grandes familles d'hépatite C qu'on appelle des génotypes qui portent des numéros : 1,2,3,4,5,6. Je précise - car c'est important - que le numéro ne montre pas la virulence du virus, c'est simplement l'ordre de découverte. Ce n'est donc pas " virus 1 = force one "... Le nom du virus et de ses différentes souches sont importantes à connaître dans un but épidémiologique, c'est à dire la répartition du virus au niveau international et son évolution. Elle peut avoir également un intérêt individuel puisque telle souche virale est associée à tel type de contamination. L'application principale pour les patients est que toutes les souches ne répondent pas au traitement de la même manière. Il est donc très utile de connaître le génotype avant de s'engager dans un traitement.

 

Quels sont actuellement les résultats de ce traitement ?
Professeur LARREY : Les résultats vont justement varier en fonction de la souche en cause. Très globalement et tout confondu, on a peu près entre 55 et 60 % de chances d'élimination virale complète et on va même dire de guérison, toutes souches confondues. Mais il y a des disparités selon les génotypes : certaines souches sont plus favorables comme les génotype 2 et 3 où l'on obtient environ 80 % de très bons résultats voire même presque 90 % lorsque les patients peuvent prendre leur traitement aux doses optimales pendant toute sa durée. A l'inverse, d'autres souches comme le génotype 1, qui est assez fréquent, donnent des résultats un peu moins bons - mais non négligeables - de l'ordre de 40 à 50 % de réussite.

 

Si, après le traitement classique, on n'a pas réussi à débarrasser le patient de son virus, que peut-on lui proposer ?
Professeur LARREY : En cas d'échec du traitement classique, on peut proposer d'autres formes de traitement notamment dans le cadre de protocoles thérapeutiques qui sont en cours d'expérimentation, tels les essais de trithérapie qui visent l'élimination virale complète. Si cela ne marche pas, on peut changer complètement d'objectif c'est à dire donner un traitement dont le but va être non pas d'éliminer le virus mais d'éviter ou de limiter ses complications c'est à dire l'évolution cirrhotique ou le risque de cancer. On utilise alors des médicaments anti-fibrosants.

 

A l'issue du bilan, certains patients ne vont pas être traités. Est-ce une situation définitive ou cela peut-il être reconsidéré ultérieurement ?
Professeur LARREY : C'est tout à fait modulable. Si un patient présente un bon état alors qu'il a été contaminé depuis longtemps, il a beaucoup de chances de conserver un état stable. Mais ce n'est pas un acquis définitif et donc toute personne atteinte de l'affection virale C avec portage chronique du virus doit faire l'objet d'un suivi régulier pour savoir si son état reste le même. On peut en effet voir apparaître au fil du temps - et ce n'est pas rare - une aggravation progressive de la maladie qui va alors nécessiter d'entreprendre un traitement.


Alcool et virus de l'hépatite C, est-ce un couple qui fait bon ménage ?
Professeur LARREY : C'est un couple dysharmonieux mais c'est un couple bien réel. Idéalement il vaut mieux que la consommation d'alcool soit très faible et épisodique. Pourquoi ? Parce que l'alcool va accélérer le cours naturel de l'hépatite C et de ses complications c'est à dire qu'on va évoluer plus rapidement vers une fibrose donc vers une cirrhose lorsqu'il y a consommation excessive et régulière d'alcool. D'autre part, si un traitement est entrepris, l'alcool a tendance à augmenter la quantité de virus dans le sang et donc à diminuer les chances thérapeutiques. Autrement dit, le conseil que l'on donne aux patients qui sont des consommateurs réguliers d'alcool, c'est de limiter cette consommation avant d'engager un traitement pour optimiser les chances de réussite.

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