Texte de l'interview
Le pancréas est moins connu que le foie, l'estomac ou l'intestin.
Où est-il ?
Professeur LEVY : Le pancréas est effectivement un organe méconnu,
en particulier peu de gens savent précisément où il est
; il se situe assez haut dans l'abdomen puisqu'il est juste derrière
l'estomac, entre ce dernier et la colonne vertébrale. C'est un organe
qui est très profond et donc difficile d'accès y compris pour
les techniques médicales les plus avancées.
A quoi sert le pancréas ?
Professeur LEVY : Le pancréas a essentiellement deux fonctions
qui n'ont rien à voir entre elles. Premièrement, il sécrète
des hormones qui sont des substances passant dans le sang. La principale hormone
que tout le monde connaît est l'insuline dont la fonction est de réguler
le taux de sucre dans le sang ; l'absence d'insuline se traduisant par le diabète.
La deuxième fonction qui intéresse d'ailleurs plus les gastro-entérologues
est une fonction digestive. Le pancréas sécrète des enzymes
qui vont être nécessaires pour la digestion des aliments. La plus
importante de celles-ci aide à digérer les graisses alimentaires
(NDLR : la lipase), le pancréas étant pratiquement le seul organe
digestif capable de digérer les graisses alimentaires.
Le pancréas est un organe qui a plutôt mauvaise réputation.
Qu'en est-il exactement ?
Professeur LEVY : D'une part, parce que c'est un organe difficile à
explorer et d'autre part parce que les maladies qui le concernent ont, de façon
plus ou moins justifiée, mauvaise réputation. Ces maladies sont
au nombre de trois. La première est la pancréatite aiguë
qui peut être liée essentiellement aux calculs biliaires mais aussi
à la consommation excessive d'alcool. La seconde est la pancréatite
chronique qui, elle, est presque toujours due à une consommation excessive
d'alcool pendant une dizaine d'années. Enfin, la troisième est
l'adénocarcinome pancréatique - donc le cancer du pancréas
- la plus fréquente des tumeurs qui peuvent atteindre le pancréas
et dont le pronostic est relativement mauvais.
Quels sont les symptômes qui vont amener à s'intéresser
spécifiquement au pancréas?
Professeur LEVY : Le principal symptôme permettant de penser à
une maladie pancréatique est la douleur, une douleur au niveau de l'estomac
parfois extrêmement intense et qui peut également irradier c'est
à dire qu'on a la sensation d'une deuxième localisation douloureuse
dans le dos ou entre les omoplates, parfois même aux épaules et
quelquefois d'ailleurs faisant parfois confondre les maladies pancréatiques
avec une maladie rhumatologique.
L'alcool n'est pas très bon pour le foie. En est-il de même
pour le pancréas ?
Professeur LEVY : Il ne s'agit pas d'alcoolisme aigu, il s'agit presqu'exclusivement
d'alcoolisme chronique - il faut boire beaucoup, tous les jours et pendant une
dizaine d'années chez les femmes et une quinzaine d'années chez
les hommes pour que la toxicité de l'alcool soit apparente au niveau
du pancréas et déclencher soit une pancréatite aiguë
soit une pancréatite chronique.
Quels sont les examens à notre disposition pour trouver des maladies
du pancréas ?
Professeur LEVY : Il y a des examens sanguins en particulier le dosage
des enzymes pancréatiques dans le sang et on peut nommer l'amylase et
la lipase. Il y a surtout des examens radiologiques : généralement
en première ligne on utilise l'échographie mais l'examen roi pour
le dépistage et le diagnostic des infections pancréatiques est
la scannographie, autrement dit le scanner, qui peut éventuellement,
être doublé soit d'une imagerie par résonance magnétique
nucléaire (IRM) soit d'un examen plus spécialisé encore
comme l'écho endoscopie.
Y a-t-il des éléments nouveaux dans le traitement du cancer
du pancréas ?
Professeur LEVY : Oui, beaucoup. Il y a une dizaine d'années,
le cancer du pancréas avait un diagnostic absolument effroyable; beaucoup
de choses ont évolué, notamment la chimiothérapie a fait
beaucoup de progrès permettant d'obtenir une durée de vie, surtout
un confort de vie qui n'ont plus rien à voir avec ce que l'on observait
il y a quelques années. D'autre part, les cancers du pancréas
entraînent des complications, des obstructions des voies biliaires ou
de l'intestin et on peut maintenant traiter ces obstructions par des techniques
non chirurgicales, c'est à dire sans nécessité d'ouvrir
le ventre ce qui a considérablement modifié l'approche thérapeutique
de ce cancer. J'ajouterai enfin que le cancer du pancréas est un cancer
qui entraîne des douleurs extrêmement importantes et que les progrès
que l'on a fait, la variété des médicaments dont on dispose
aujourd'hui pour lutter contre la douleur ont considérablement changé
les choses et qu'il est exceptionnel que l'on ne puisse pas contrôler
la douleur d'un malade ayant un cancer du pancréas.
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