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Allocutions Présidentielles

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Allocution Presidentielle

Jean-Claude RAMBAUD

1997

Strasbourg, 18 Mars 1997

 


En accédant à la Présidence de la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie, je voudrais d'abord dire comment je ressens cet honneur.

Certes, il me touche personnellement, mais il concerne aussi et surtout toutes celles et tous ceux sans le travail desquels je ne serais pas ici devant vous. En effet, c'est à mon bilan scientifique que je dois cette présidence, beaucoup plus qu'à ma modeste activité d'intérêt général. Ayant, je le crois, souvent entrevu précocément les indispensables réformes à accomplir, je n'ai pas su me faire entendre, peut-être par excès de franchise et d'enthousiasme, surtout par manque de la patience nécessaire à la mise en ouvre des idées nouvelles.

Il n'est pas de meilleur exemple d'une forte volonté réformatrice associée à une grande souplesse d'exécution que la création des Journées Francophones d'Hépato-Gastroentérologie en 1972 et leur perfectionnement jusqu'au point d'excellence d'aujourd'hui. Pour les plus jeunes et même les déjà moins jeunes d'entre vous, leur histoire mérite d'être brièvement contée.

Au commencement étaient les réunions scientifiques mensuelles, à l'occasion d'un week-end, de la Société Nationale Française de Gastroentérologie, au siège du Comité National de Défense contre la Tuberculose à Paris. Y participaient surtout les gastroentérologues de Paris et de sa zone d'influence (beaucoup plus grande qu'aujourd'hui). Ils écoutaient des orateurs pour qui le temps de parole n'était parfois qu'une notion abstraite et dont les diapositives brillaient rarement par la clarté.

Mais peu importait, car l'essentiel des week-ends de la Société Nationale Française de Gastroentérologie n'était pas là. La présence d'un auditoire avide de s'instruire était l'occasion pour les grands services d'Hépato-Gastroentérologie parisiens d'organiser un EPU de qualité, et je crois que je ne froisserai personne en évoquant avant tout les samedis de Saint-Antoine animés par l'exceptionnel pédagogue qu'était mon Maître Jacques Caroli.

Evidemment, ce qui se faisait à Paris se retrouvait sous des formes diverses, pour les sociétés provinciales.

Tout aurait pu durer encore ainsi, du moins pendant un certain temps, si des esprits curieux n'avaient voulu comparer les séances scientifiques de notre Société à celles organisées Outre-Manche ou Outre-Atlantique. Le choc fut rude lorsqu'ils découvrirent dans les meetings de la British Society of Gastroenterology, de l'American Gastroenterological Association, à peu près tout ce qui fait aujourd'hui le succès des Journées Francophones.

C'est alors qu'intervint le rôle essentiel, mais évidemment non exclusif, des patrons des services d'Hépato-Gastroentérologie associés à une Unité de Recherche de l'INSERM, situation plus fréquente à l'époque qu'aujourd'hui. Il pensèrent que l'indispensable réforme des réunions scientifiques de la Société Nationale Française de Gastroentérologie serait plus facilement acceptée par les chercheurs, statutaires ou hospitaliers, déjà familiers des réunions des Sociétés scientifiques étrangères. Ainsi fut créé en un premier temps le Forum de Recherche en Gastroentérologie. Les premières années, le succès sembla complet, mais au fil des ans, il apparût que le nombre des cliniciens assistant au Forum de Recherche restait faible, son contenu, où la recherche clinique était peu représentée, apparaissant trop éloigné de leurs préoccupations.

Le temps était donc venu de créer les Journées Francophones d'Hépato-Gastro-Entérologie. Enrichies de la participation active des sociétés soeurs de la Société Nationale Française de Gastroentérologie et du Forum de Recherche qui avait servi de modèle, elles réunissent aujourd'hui une affluence qui, rapportée au poids de la francophonie face au monde anglophone, est tout à fait remarquable : 2645 présences effectives en 1996, et sensiblement le même nombre cette année.

Parallèlement à cette évolution, la Formation Médicale Continue n'était pas restée inerte. Sans renoncer aux réunions locales et régionales qui avaient fait et font toujours la preuve de leur vitalité, deux journées de Formation Médicale Continue ont ouvert les Journées Francophones à partir de 1982. Portées sur les fonds baptismaux par la Société Nationale Française de Gastro-entérologie et le SYNMAD représentant les médecins libéraux, elles ont rapidement connu le succès : 1400 inscrits à Lille en 1996, la grande majorité assistant également aux Journées Scientifiques.

Bien entendu, l'activité de la Société Nationale Française de Gastroentérologie ne se limite pas à l'organisation des Journées Francophones, même si celles-ci représentent un temps fort. Je n'aborderai pas tous les domaines où elle intervient, mais m'attacherai à soulever certains points qui me paraissent particulièrement importants pour l'avenir.

Mais auparavant, laissez-moi vous rappeler brièvement, sans prétendre à l'exhaustivité, les acteurs de l'évolution de la Société Nationale Française de Gastroentérologie : Jean-Jacques Bernier, Serge Bonfils, Henri Sarles, André Ribet, René Lambert, Jean-Pierre Etienne, et les Secrétaires Généraux : Jacques Toulet, Yves Le Quintrec, Raymond Colin, Marc-André Bigard et leurs Bureaux. J'insisterai quelques instants sur Marc-André Bigard, dont l'année de Vice-Présidence passée à son contact m'a confirmé le tempérament à la fois rigoureux, très actif, novateur et en même temps défenseur acharné de l'unité de notre Société. Heureusement, son successeur Jean-François Bretagne, qui a débuté son mandat par une négociation difficile couronnée de succès, sera, j'en suis sûr, son digne successeur, comme Dominique Larrey saura égaler Antoine Cortot à la Présidence du Conseil Scientifique des Journées Francophones.

Les sujets dont je souhaiterais vous entretenir pour terminer concernent l'évaluation et l'accréditation, la recherche en Hépato-Gastroentérologie, Gastroentérologie Clinique et Biologique et l'évolution de l'organisation de notre Société.

ÉVALUATION et ACCRÉDITATION

L'évaluation de la qualité des soins passe par le développement de deux outils, les référentiels et les systèmes d'information médicalisée, et par deux stratégies, l'une de contrôle interne, dans le cadre de l'Audit ou de l'Assurance de Qualité, l'autre de contrôle externe, les Références Médicales Opposables et l'Accréditation.

Notre Société se doit d'apporter un concours très actif à l'évaluation de la Qualité des soins en Hépato-Gastroentérologie. La création, à l'initiative du nouveau Secrétaire Général et de son Bureau, du Secrétariat adjoint à l'Evaluation antérieurement souhaité par Henri Michel est un signe de cette volonté. Implication dans l'élaboration des références et des recommandations de pratique clinique, conférences de consensus, évaluation et indication d'examens complémentaires selon une méthodologie de type ANDEM, mise en place d'un thésaurus national d'information médicalisée, introduction d'un module sur l'Evaluation et l'Accréditation au prochain Séminaire de Formation de la Société, création d'un Fonds d'Aide à l'Evaluation de la Qualité des soins en Hépato-Gastroentérologie et autres actions ciblées, sont les premières réalisations de ce secrétariat.

Un Comité de Coordination des Sociétés Savantes en Hépato-gastroentérologie, chargé principalement de fournir des arguments scientifiques et des arguments de consensus professionnels forts, en liaison avec le SYNMAD et l'Association Nationale Française de Formation Continue en Hépato-Gastro-Entérologie, est en cours de création. L'exemple américain, qu'on ne peut toutefois décalquer tel quel, est là pour montrer la voie.

Il va de soi que le contenu des Journées Scientifiques de la SNFGE et des Journées de Formation Continue des Journées Francophones est un véhicule privilégié pour l'acquisition et l'entretien des connaissances, sans lesquelles l'Evaluation n'aurait pas d'objet.

Ces Journées ne sauraient échapper à l'Evaluation et l'Accréditation, sans en craindre les résultats. Notre spécialité, à l'heure de la mise en place des structures nationales et régionales de la Formation médicale continue, peut faire valoir l'ancienneté et l'excellence de ses actions de formation. Elle a donné son accord pour faire partie de la Fédération des Sociétés Nationales de Spécialité Médicale dont le représentant au sein du Conseil National de Formation continue devrait avoir un rôle important à jouer.

RECHERCHE

Il est naturel que, de par les membres qui la composent, la Société Nationale Française de Gastroentérologie soit plus engagée dans le soutien de la recherche clinique que dans celui de la recherche fondamentale. Encore faut-il s'entendre sur le sens ambigu de ces adjectifs. La découverte de gènes de prédisposition à une maladie utilise certes les outils de la biologie moléculaire, mais à quoi auraient-ils servi si des cliniciens, des épidémiologistes et des statisticiens n'avaient sélectionné les malades étudiés et permis l'exploitation des résultats. In fine, les uns et les autres espèrent contribuer au dépistage, voire au traitement de la maladie, objectif tout à fait clinique.

Ainsi, une large part de la recherche médicale se fait par un échange constant entre cliniciens et fondamentalistes. Notre Société a parfaitement compris l'importance de ces interactions et, à travers la bourse Robert Tournut et le Fonds de Recherche, qui distribuera cette année encore

1 200 000 F, ne limite pas son aide à la seule recherche clinique. Je n'oublierai pas, par ailleurs, de citer les Firmes pharmaceutiques qui aident puissamment la recherche en Hépato-Gastro-Entérologie, d'une part en participant au financement du Fonds de Recherche, et d'autre part en distribuant de nombreuses bourses.

Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Hélas non. En France, l'Université est pratiquement dépourvue de moyens de recherche, qui se trouvent principalement administrés par le CNRS, l'INSERM et l'INRA. Si l'INSERM a été créé à côté du CNRS, c'est que ses Unités de recherche devaient se trouver au contact de leur objet d'étude, l'homme malade. Tel fut le cas au début, puis on vit peu à peu le nombre d'Unités INSERM dirigées par des Hospitalo-universitaires diminuer pour se rapprocher de 0, en même temps que les thèmes de recherche s'éloignaient davantage de la clinique.

Conscient de ce problème, le précédent Directeur Général de l'INSERM, Philippe Lazar, avait créé le Comité d'Interface INSERM-SNFGE. Le moins que l'on puisse dire est que les fruits de cette initiative ne sont pas évidents.

Parmi les solutions à cette triste situation, pourquoi ne pas fédérer progressivement les unités INSERM et les services hospitalo-universitaires, en permettant la libre circulation entre les personnels. Chercheurs INSERM et Universitaires étant des fonctionnaires, rien ne s'oppose à une telle initiative. Cette solution n'a rien d'utopique, car c'est à peu de choses près ce qui existe à la Mayo Clinic, au statut de fonctionnaire près. C'est à notre Société de peser de tout son poids, avec ses consoeurs des autres spécialités, pour que cesse la situation actuelle et de proposer la ou les solution(s) nécessaire(s). Le nouveau Directeur Général de l'INSERM, Claude Griscelli, est tout à fait conscient des problèmes spécifiques posés par la recherche en milieu médical.

GASTROENTEROLOGIE CLINIQUE ET BIOLOGIQUE

(GCB) aurait pu être le journal de diffusion des travaux de recherche français en Hépato-Gastroentérologie. Tel n'est pas le cas. Le nombre d'articles originaux par numéro n'a cessé de baisser au fil du temps. Pire, il est de notoriété publique que, mis à part certains sujets à vocation hexagonale seule, est proposé à GCB ce qui n'est pas jugé digne d'un journal de langue anglaise. GCB, s'il tire à environ 4500 numéros mensuels et s'il a l'indice d'impact le plus élevé de journaux scientifiques français, n'en est pas moins arrivé au 19ème rang des journaux gastro-entérologiques mondiaux. Parmi les raisons de ce déclin, figure la stagnation et même le recul des ventes de GCB à l'étranger. Certes, cela traduit la décadence du français comme langue internationale, mais le prix exorbitant que doivent payer pour leur abonnement nos amis étrangers les décourage souvent de continuer à lire notre journal. L'augmentation du nombre des abonnements gratuits pour les Institutions étrangères et à tarif réduit pour les lecteurs individuels non français pourrait renverser cette tendance.

Une autre voie, non exclusive de la précédente, serait de prendre acte de l'excellence de GCB comme organe de Formation Continue et de supprimer totalement les articles originaux. Leur place pourrait être occupée par de nouvelles rubriques : discussions anatomocliniques, analyses commentées plus nombreuses et consacrées aux meilleures publications d'auteurs français en langue étrangère. Enfin, l'instauration déjà entreprise d'une rubrique consacrée aux Conférences de Consensus, aux Evaluations de pratiques ou de techniques, aux articles, épidémiologiques notamment, à destinée essentiellement hexagonale me paraît, avec un renouvellement dans la forme, rendue plus attrayante, la meilleure façon d'accroître le rayonnement de notre journal. Nous pouvons faire confiance aux Editeurs scientifiques de GCB et à leurs équipes, à la compétence et au dévouement bien connus, pour proposer les solutions nécessaires.

ORGANISATION

Au terme de ces quelques réflexions, je voudrais aborder le difficile sujet de l'organisation de notre Société. Celle-ci fait que les membres hospitalo-universitaires jouent un rôle important dans l'orchestration de son fonctionnement et de son développement. Les libéraux, de leur côté, co-acteurs de la création de l'Association Nationale Française de Formation Continue, ont mis toute leur énergie dans la réussite de leurs Journées, dont tous se félicitent. Il était donc normal que les responsables de la Formation Continue obtiennent leur autonomie au sein de la Société Nationale Française de Gastroentérologie, matérialisée notamment par l'ouverture le samedi soir de l'Exposition.

Mais voici qu'à leur tour les Praticiens Hospitaliers, s'estimant à juste titre mal représentés, réclament avec vigueur une amélioration de leur statut au sein de la Société. Tout récemment, le Secrétaire Général, le Bureau et le Conseil d'Administration de la Société ont proposé que le nombre des Praticiens Hospitaliers au sein du Conseil d'Administration de la Formation Continue soit augmenté aux dépens de celui des PU-PH. Dans mon esprit, Praticiens Hospitaliers et Praticiens Hospitalo-Universitaires ont la même formation, le même lieu d'exercice et souvent les mêmes fonctions hospitalières, ce qui en fait sans démagogie des partenaires naturels indissociables.

J'aurais bien risqué un mot pour terminer sur la possibilité à terme d'une plus grande homogénéité statutaire entre les catégories de membres de la Société, à l'image de la majorité des Sociétés de Gastroentérologie européennes et de l'AGA, mais mon bref passage au Bureau de la SNFGE m'a convaincu que les difficultés étaient pour l'instant difficiles à surmonter. Pourtant, à l'époque des grandes réformes et menaces qui secouent aussi bien hospitaliers et universitaires que libéraux, l'union de tous est plus que jamais nécessaire et devrait trouver son épanouissement au sein de notre Société.


mars 1997

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