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En accédant à la Présidence
de la Société Nationale Française
de Gastro-Entérologie, je voudrais d'abord
dire comment je ressens cet honneur.
Certes, il me touche personnellement,
mais il concerne aussi et surtout toutes celles
et tous ceux sans le travail desquels je ne serais
pas ici devant vous. En effet, c'est à
mon bilan scientifique que je dois cette présidence,
beaucoup plus qu'à ma modeste activité
d'intérêt général.
Ayant, je le crois, souvent entrevu précocément
les indispensables réformes à accomplir,
je n'ai pas su me faire entendre, peut-être
par excès de franchise et d'enthousiasme,
surtout par manque de la patience nécessaire
à la mise en ouvre des idées nouvelles.
Il n'est pas de meilleur
exemple d'une forte volonté réformatrice
associée à une grande souplesse
d'exécution que la création des
Journées Francophones d'Hépato-Gastroentérologie
en 1972 et leur perfectionnement jusqu'au point
d'excellence d'aujourd'hui. Pour les plus jeunes
et même les déjà moins jeunes
d'entre vous, leur histoire mérite d'être
brièvement contée.
Au commencement étaient
les réunions scientifiques mensuelles,
à l'occasion d'un week-end, de la Société
Nationale Française de Gastroentérologie,
au siège du Comité National de Défense
contre la Tuberculose à Paris. Y participaient
surtout les gastroentérologues de Paris
et de sa zone d'influence (beaucoup plus grande
qu'aujourd'hui). Ils écoutaient des orateurs
pour qui le temps de parole n'était parfois
qu'une notion abstraite et dont les diapositives
brillaient rarement par la clarté.
Mais peu importait, car l'essentiel
des week-ends de la Société Nationale
Française de Gastroentérologie n'était
pas là. La présence d'un auditoire
avide de s'instruire était l'occasion pour
les grands services d'Hépato-Gastroentérologie
parisiens d'organiser un EPU de qualité,
et je crois que je ne froisserai personne en évoquant
avant tout les samedis de Saint-Antoine animés
par l'exceptionnel pédagogue qu'était
mon Maître Jacques Caroli.
Evidemment, ce qui se faisait
à Paris se retrouvait sous des formes diverses,
pour les sociétés provinciales.
Tout aurait pu durer encore
ainsi, du moins pendant un certain temps, si des
esprits curieux n'avaient voulu comparer les séances
scientifiques de notre Société à
celles organisées Outre-Manche ou Outre-Atlantique.
Le choc fut rude lorsqu'ils découvrirent
dans les meetings de la British Society of Gastroenterology,
de l'American Gastroenterological Association,
à peu près tout ce qui fait aujourd'hui
le succès des Journées Francophones.
C'est alors qu'intervint
le rôle essentiel, mais évidemment
non exclusif, des patrons des services d'Hépato-Gastroentérologie
associés à une Unité de Recherche
de l'INSERM, situation plus fréquente à
l'époque qu'aujourd'hui. Il pensèrent
que l'indispensable réforme des réunions
scientifiques de la Société Nationale
Française de Gastroentérologie serait
plus facilement acceptée par les chercheurs,
statutaires ou hospitaliers, déjà
familiers des réunions des Sociétés
scientifiques étrangères. Ainsi
fut créé en un premier temps le
Forum de Recherche en Gastroentérologie.
Les premières années, le succès
sembla complet, mais au fil des ans, il apparût
que le nombre des cliniciens assistant au Forum
de Recherche restait faible, son contenu, où
la recherche clinique était peu représentée,
apparaissant trop éloigné de leurs
préoccupations.
Le temps était donc
venu de créer les Journées Francophones
d'Hépato-Gastro-Entérologie. Enrichies
de la participation active des sociétés
soeurs de la Société Nationale Française
de Gastroentérologie et du Forum de Recherche
qui avait servi de modèle, elles réunissent
aujourd'hui une affluence qui, rapportée
au poids de la francophonie face au monde anglophone,
est tout à fait remarquable : 2645
présences effectives en 1996, et sensiblement
le même nombre cette année.
Parallèlement à
cette évolution, la Formation Médicale
Continue n'était pas restée inerte.
Sans renoncer aux réunions locales et régionales
qui avaient fait et font toujours la preuve de
leur vitalité, deux journées de
Formation Médicale Continue ont ouvert
les Journées Francophones à partir
de 1982. Portées sur les fonds baptismaux
par la Société Nationale Française
de Gastro-entérologie et le SYNMAD représentant
les médecins libéraux, elles ont
rapidement connu le succès : 1400
inscrits à Lille en 1996, la grande majorité
assistant également aux Journées
Scientifiques.
Bien entendu, l'activité
de la Société Nationale Française
de Gastroentérologie ne se limite pas à
l'organisation des Journées Francophones,
même si celles-ci représentent un
temps fort. Je n'aborderai pas tous les domaines
où elle intervient, mais m'attacherai à
soulever certains points qui me paraissent particulièrement
importants pour l'avenir.
Mais auparavant, laissez-moi
vous rappeler brièvement, sans prétendre
à l'exhaustivité, les acteurs de
l'évolution de la Société
Nationale Française de Gastroentérologie :
Jean-Jacques Bernier, Serge Bonfils, Henri Sarles,
André Ribet, René Lambert, Jean-Pierre
Etienne, et les Secrétaires Généraux :
Jacques Toulet, Yves Le Quintrec, Raymond Colin,
Marc-André Bigard et leurs Bureaux. J'insisterai
quelques instants sur Marc-André Bigard,
dont l'année de Vice-Présidence
passée à son contact m'a confirmé
le tempérament à la fois rigoureux,
très actif, novateur et en même temps
défenseur acharné de l'unité
de notre Société. Heureusement,
son successeur Jean-François Bretagne,
qui a débuté son mandat par une
négociation difficile couronnée
de succès, sera, j'en suis sûr, son
digne successeur, comme Dominique Larrey saura
égaler Antoine Cortot à la Présidence
du Conseil Scientifique des Journées Francophones.
Les sujets dont je souhaiterais
vous entretenir pour terminer concernent l'évaluation
et l'accréditation, la recherche en Hépato-Gastroentérologie,
Gastroentérologie Clinique et Biologique
et l'évolution de l'organisation de notre
Société.
ÉVALUATION et ACCRÉDITATION
L'évaluation de la
qualité des soins passe par le développement
de deux outils, les référentiels
et les systèmes d'information médicalisée,
et par deux stratégies, l'une de contrôle
interne, dans le cadre de l'Audit ou de l'Assurance
de Qualité, l'autre de contrôle externe,
les Références Médicales
Opposables et l'Accréditation.
Notre Société
se doit d'apporter un concours très actif
à l'évaluation de la Qualité
des soins en Hépato-Gastroentérologie.
La création, à l'initiative du nouveau
Secrétaire Général et de
son Bureau, du Secrétariat adjoint à
l'Evaluation antérieurement souhaité
par Henri Michel est un signe de cette volonté.
Implication dans l'élaboration des références
et des recommandations de pratique clinique, conférences
de consensus, évaluation et indication
d'examens complémentaires selon une méthodologie
de type ANDEM, mise en place d'un thésaurus
national d'information médicalisée,
introduction d'un module sur l'Evaluation et l'Accréditation
au prochain Séminaire de Formation de la
Société, création d'un Fonds
d'Aide à l'Evaluation de la Qualité
des soins en Hépato-Gastroentérologie
et autres actions ciblées, sont les premières
réalisations de ce secrétariat.
Un Comité de Coordination
des Sociétés Savantes en Hépato-gastroentérologie,
chargé principalement de fournir des arguments
scientifiques et des arguments de consensus professionnels
forts, en liaison avec le SYNMAD et l'Association
Nationale Française de Formation Continue
en Hépato-Gastro-Entérologie, est
en cours de création. L'exemple américain,
qu'on ne peut toutefois décalquer tel quel,
est là pour montrer la voie.
Il va de soi que le contenu
des Journées Scientifiques de la SNFGE
et des Journées de Formation Continue des
Journées Francophones est un véhicule
privilégié pour l'acquisition et
l'entretien des connaissances, sans lesquelles
l'Evaluation n'aurait pas d'objet.
Ces Journées ne sauraient
échapper à l'Evaluation et l'Accréditation,
sans en craindre les résultats. Notre spécialité,
à l'heure de la mise en place des structures
nationales et régionales de la Formation
médicale continue, peut faire valoir l'ancienneté
et l'excellence de ses actions de formation. Elle
a donné son accord pour faire partie de
la Fédération des Sociétés
Nationales de Spécialité Médicale
dont le représentant au sein du Conseil
National de Formation continue devrait avoir un
rôle important à jouer.
RECHERCHE
Il est naturel que, de par
les membres qui la composent, la Société
Nationale Française de Gastroentérologie
soit plus engagée dans le soutien de la
recherche clinique que dans celui de la recherche
fondamentale. Encore faut-il s'entendre sur le
sens ambigu de ces adjectifs. La découverte
de gènes de prédisposition à
une maladie utilise certes les outils de la biologie
moléculaire, mais à quoi auraient-ils
servi si des cliniciens, des épidémiologistes
et des statisticiens n'avaient sélectionné
les malades étudiés et permis l'exploitation
des résultats. In fine, les uns
et les autres espèrent contribuer au dépistage,
voire au traitement de la maladie, objectif tout
à fait clinique.
Ainsi, une large part de
la recherche médicale se fait par un échange
constant entre cliniciens et fondamentalistes.
Notre Société a parfaitement compris
l'importance de ces interactions et, à
travers la bourse Robert Tournut et le Fonds de
Recherche, qui distribuera cette année
encore
1 200 000 F, ne limite pas son aide
à la seule recherche clinique. Je n'oublierai
pas, par ailleurs, de citer les Firmes pharmaceutiques
qui aident puissamment la recherche en Hépato-Gastro-Entérologie,
d'une part en participant au financement du Fonds
de Recherche, et d'autre part en distribuant de
nombreuses bourses.
Tout est-il pour le mieux
dans le meilleur des mondes ? Hélas
non. En France, l'Université est pratiquement
dépourvue de moyens de recherche, qui se
trouvent principalement administrés par
le CNRS, l'INSERM et l'INRA. Si l'INSERM a été
créé à côté
du CNRS, c'est que ses Unités de recherche
devaient se trouver au contact de leur objet d'étude,
l'homme malade. Tel fut le cas au début,
puis on vit peu à peu le nombre d'Unités
INSERM dirigées par des Hospitalo-universitaires
diminuer pour se rapprocher de 0, en même
temps que les thèmes de recherche s'éloignaient
davantage de la clinique.
Conscient de ce problème,
le précédent Directeur Général
de l'INSERM, Philippe Lazar, avait créé
le Comité d'Interface INSERM-SNFGE. Le
moins que l'on puisse dire est que les fruits
de cette initiative ne sont pas évidents.
Parmi les solutions à
cette triste situation, pourquoi ne pas fédérer
progressivement les unités INSERM et les
services hospitalo-universitaires, en permettant
la libre circulation entre les personnels. Chercheurs
INSERM et Universitaires étant des fonctionnaires,
rien ne s'oppose à une telle initiative.
Cette solution n'a rien d'utopique, car c'est
à peu de choses près ce qui existe
à la Mayo Clinic, au statut de fonctionnaire
près. C'est à notre Société
de peser de tout son poids, avec ses consoeurs
des autres spécialités, pour que
cesse la situation actuelle et de proposer la
ou les solution(s) nécessaire(s). Le nouveau
Directeur Général de l'INSERM, Claude
Griscelli, est tout à fait conscient des
problèmes spécifiques posés
par la recherche en milieu médical.
GASTROENTEROLOGIE CLINIQUE
ET BIOLOGIQUE
(GCB) aurait pu être le journal
de diffusion des travaux de recherche français
en Hépato-Gastroentérologie. Tel
n'est pas le cas. Le nombre d'articles originaux
par numéro n'a cessé de baisser
au fil du temps. Pire, il est de notoriété
publique que, mis à part certains sujets
à vocation hexagonale seule, est proposé
à GCB ce qui n'est pas jugé digne
d'un journal de langue anglaise. GCB, s'il tire
à environ 4500 numéros mensuels
et s'il a l'indice d'impact le plus élevé
de journaux scientifiques français, n'en
est pas moins arrivé au 19ème
rang des journaux gastro-entérologiques
mondiaux. Parmi les raisons de ce déclin,
figure la stagnation et même le recul des
ventes de GCB à l'étranger. Certes,
cela traduit la décadence du français
comme langue internationale, mais le prix exorbitant
que doivent payer pour leur abonnement nos amis
étrangers les décourage souvent
de continuer à lire notre journal. L'augmentation
du nombre des abonnements gratuits pour les Institutions
étrangères et à tarif réduit
pour les lecteurs individuels non français
pourrait renverser cette tendance.
Une autre voie, non exclusive
de la précédente, serait de prendre
acte de l'excellence de GCB comme organe de Formation
Continue et de supprimer totalement les articles
originaux. Leur place pourrait être occupée
par de nouvelles rubriques : discussions
anatomocliniques, analyses commentées plus
nombreuses et consacrées aux meilleures
publications d'auteurs français en langue
étrangère. Enfin, l'instauration
déjà entreprise d'une rubrique consacrée
aux Conférences de Consensus, aux Evaluations
de pratiques ou de techniques, aux articles, épidémiologiques
notamment, à destinée essentiellement
hexagonale me paraît, avec un renouvellement
dans la forme, rendue plus attrayante, la meilleure
façon d'accroître le rayonnement
de notre journal. Nous pouvons faire confiance
aux Editeurs scientifiques de GCB et à
leurs équipes, à la compétence
et au dévouement bien connus, pour proposer
les solutions nécessaires.
ORGANISATION
Au terme de ces quelques
réflexions, je voudrais aborder le difficile
sujet de l'organisation de notre Société.
Celle-ci fait que les membres hospitalo-universitaires
jouent un rôle important dans l'orchestration
de son fonctionnement et de son développement.
Les libéraux, de leur côté,
co-acteurs de la création de l'Association
Nationale Française de Formation Continue,
ont mis toute leur énergie dans la réussite
de leurs Journées, dont tous se félicitent.
Il était donc normal que les responsables
de la Formation Continue obtiennent leur autonomie
au sein de la Société Nationale
Française de Gastroentérologie,
matérialisée notamment par l'ouverture
le samedi soir de l'Exposition.
Mais voici qu'à leur
tour les Praticiens Hospitaliers, s'estimant à
juste titre mal représentés, réclament
avec vigueur une amélioration de leur statut
au sein de la Société. Tout récemment,
le Secrétaire Général, le
Bureau et le Conseil d'Administration de la Société
ont proposé que le nombre des Praticiens
Hospitaliers au sein du Conseil d'Administration
de la Formation Continue soit augmenté
aux dépens de celui des PU-PH. Dans mon
esprit, Praticiens Hospitaliers et Praticiens
Hospitalo-Universitaires ont la même formation,
le même lieu d'exercice et souvent les mêmes
fonctions hospitalières, ce qui en fait
sans démagogie des partenaires naturels
indissociables.
J'aurais bien risqué
un mot pour terminer sur la possibilité
à terme d'une plus grande homogénéité
statutaire entre les catégories de membres
de la Société, à l'image
de la majorité des Sociétés
de Gastroentérologie européennes
et de l'AGA, mais mon bref passage au Bureau de
la SNFGE m'a convaincu que les difficultés
étaient pour l'instant difficiles à
surmonter. Pourtant, à l'époque
des grandes réformes et menaces qui secouent
aussi bien hospitaliers et universitaires que
libéraux, l'union de tous est plus que
jamais nécessaire et devrait trouver son
épanouissement au sein de notre Société.
mars 1997
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