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Allocutions Présidentielles

Années : 2007, 2006, 2005, 2004, 2003, 2002, 2001, 2000, 1999, 1998, 1997

Allocution Presidentielle

du Professeur Patrick RAMPAL

2002

le 26 mars 2002 à Nantes
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Chers Amis,



Merci d'être venus aussi nombreux à Nantes participer à nos 26èmes Journées Francophones. 



Merci à tous de cette Présidence dont, bien sur, je suis très honoré. Au-delà de ma personne, je ressens cet honneur comme un hommage à l'Université médicale, dont nous sommes tous issus, et à laquelle j'ai beaucoup consacré ces dernières années.

Etre Président de la Société en 2002 est délicat puisque cet honneur m'incombe dans une période marquée par le double signe de la transition et des turbulences.

Transition tout d'abord :

- Vous savez que le Bureau de notre Société et son Secrétaire Général viennent d'être renouvelés. Il est lourd pour la nouvelle équipe animée par Etienne Dorval, nouveau Secrétaire Général, et le nouveau bureau composé de  Jean Faivre, Louis Buscail, Marc Barthet, Philippe Lévy, Jean Louis Dupas et moi même de prendre la succession de JF Bretagne et son équipe. Ils ont accompli ces 5 dernières années un formidable travail et ont su donner à notre Société le virage du nouveau millénaire avec comme ligne de force deux mots clefs : Ouverture et Evaluation.

- Ouverture nationale. Ces dernières années notre Société a profondément changé de physionomie en suscitant et facilitant l'adhésion  de nombreux gastro-entérologues venus de tous horizons. En ouvrant l'accès du Conseil d'Administration aux gastro-entérologues libéraux et des hôpitaux généraux, elle est réellement devenue la Société de tous. J'engage d'ailleurs ceux d'entre vous qui ne sont pas encore membres à nous rejoindre dès aujourd'hui.

- Ouverture sur l'étranger. Tout particulièrement sur les collègues des pays francophones qui participent de plus en plus à notre semaine. Ils sont aujourd'hui prés de 500 et je les salue tous très amicalement. Si le rayonnement international de la Société est certain, assuré par nos travaux scientifiques et par l'action du Secrétaire aux relations internationales, on peut cependant regretter que la présence de notre communauté dans l'espace Européen reste insuffisante et notre participation scientifique aux congrès de l'UEGW trop confidentielle. Il faut que nous  y soyons plus présents.

- Ouverture vers la Recherche. Vous connaissez le Fonds de Recherche présidé par Raymond Jian et les divers prix et bourses, destinés à favoriser la recherche en gastro-entérologie. La Société  attribue tous les ans plus de 250 000 Euros à la Recherche grâce au support sans faille de l'Industrie Pharmaceutique que je remercie ici chaleureusement. A ce stade je dois signaler deux nouveautés : une nouvelle bourse que l'on doit à la famille d'Etienne Lévy qui a souhaité, en mémoire à celui qui fut un précurseur dans le domaine de l'assistance nutritive, offrir à un Clinicien-Chercheur une bourse thématisée sur le support nutritif ; la deuxième nouveauté est que la Société va encore plus s'ouvrir aux chercheurs puisque le Club d'Etude des Cellules Epithéliales Digestives envisage de se réunir au cours des Journées Francophones permettant ainsi la participation croisée des assistances cliniciens chercheurs. Ces réunions conjointes devraient susciter des interfaces et donner une nouvelle dimension à nos Journées.

- Large ouverture enfin, au niveau de la Communication de notre Société. Si celle-ci est toujours véhiculée par la Lettre de la Société, de belle tenue, et  l'annuaire des membres, il faut surtout citer Gastroentérologie Clinique et Biologique où l'initiative phare de l'année est de mettre à disposition sur le Web la traduction en anglais des articles originaux publiés. Ce gros effort va permettre une meilleure diffusion de nos travaux, une amélioration du facteur d'impact de la revue et devrait ainsi la rendre plus attractive.

Il faut aussi dans ce domaine noter le développement  considérable de notre site Internet  largement consulté. Il devient un lien indispensable de notre communauté et un élément fort de notre reconnaissance à l'étranger et de cohésion de la discipline. Dans l'avenir, il va encore s'étoffer puisque la nouvelle équipe a décidé que son animation serait confiée à un Comité Editorial analogue à celui de Gastroentérologie Clinique et Biologique et animé par Louis Buscail.

L'ouverture est allée de pair avec une démarche rigoureuse d'évaluation et de réflexion sur les pratiques dont

témoigne tout d'abord l'élaboration de référentiels. Depuis 1997, 8 conférences de consensus et 4 recommandations de bonnes pratiques cliniques ont été organisées, et la Société a été soit promoteur soit associée à la promotion. On ne peut pas parler d'évaluation sans évoquer le Fonds d'Aide à la Qualité des Soins présidé par Philippe Ruzniewski qui va nous fournir un thésaurus consensuel pour la pratique et la recherche en cancérologie.

- Evaluation dans une Formation Médicale Continue de qualité constamment améliorée, qu'il s'agisse de la FMC paritaire des Journées Francophones qui accueillait samedi et dimanche plus de 1500 participants, ou des excellents séminaires d'automne toujours aussi suivis.

- Evaluation toujours aussi rigoureuse enfin pour les présentations de nos Journées puisque le taux d'acceptation est de 60%. A ce sujet, il faut noter cette année un léger tassement des soumissions pour communications. Nous espérons que ce n'est que conjoncturel et qu'il ne s'agit pas d'un malaise plus profond.



Je pourrais parler encore pendant longtemps des réalisations de la Société au cours des cinq dernières années mais, je veux clore ce chapitre en soulignant la réussite du grand dossier sur lequel ont tant travaillé Jean Faivre et Jean François Bretagne,  La Caisse Nationale d'Assurance Maladie a donné un avis favorable pour démarrer le dépistage du cancer colorectal  dans 12 départements avant de le généraliser sur le territoire. Cette réussite vient couronner  deux ans  d'efforts et de ténacité auprès des pouvoirs publics.

Tous ces efforts, toute cette énergie, toutes ces réussites  ont été parfaitement traduits dans  l'excellent  livre blanc que nous ont présenté ici même il y a un an Jacques Fournet et Daniel Dhumeaux, et qui est un exceptionnel outil de promotion de notre discipline bien utile pour sa défense dans les turbulences annoncées.

Avant d'envisager l'avenir et les inquiétudes pressenties, je veux rappeler les noms de ceux qui pendant ces cinq années ont travaillé sans compter leur temps dans le bureau autour de JF Bretagne : Loik de Calan, Philippe Ruzniewski, Stanislas Bruley des Varannes, Jean-François Fléjou et les cinq Présidents Jean-Claude Rambaud, Michel Amouretti, Jacques Fournet, Daniel Dhumeaux et Antoine Cortot. On peut les applaudir pour leur action.

 Alors de quoi demain sera-t-il fait ?

 Demain sera ce que nous voulons.

Certes, beaucoup de nuages se sont accumulés, mais une Société forte et représentative de la profession peut tout obtenir. Pour cela, il faut être  nombreux et mobilisés.

Sans reprendre les préoccupations de nature syndicale, parfaitement débattues  vendredi après-midi, je voudrais avec vous rapidement évoquer quatre problèmes que nous allons avoir prochainement à surmonter tous ensemble, libéraux et publics, hospitaliers universitaires et non universitaires, et pour lesquels il nous faudra donner des réponses constructives.

Il s'agit de :

- la crise démographique en  gastro-entérologie

- l'encadrement croissant des pratiques

- la modification de la nomenclature

- et vous ne serez pas surpris que le doyen que je suis, termine par la formation.

La démographie : du fait du sévère numerus clausus d'entrée dans les études médicales, on a assisté ces dernières années à une diminution considérable des jeunes s'engageant dans notre spécialité. Ce phénomène s'est encore accusé récemment, par la mise en place de filières de formation protégées vers des spécialités jugées « sinistrées » et qui sont désormais largement pourvues au détriment des autres disciplines comme la nôtre. De plus l'attractivité de notre profession confrontée à des contraintes de plus en plus pesantes a diminué chez les jeunes. On admet que la densité moyenne des gastro-entérologues sera en 2020 d'au moins 20% inférieure à celle d'aujourd'hui. Cette désaffection qui entraîne, dès aujourd'hui des problèmes de fonctionnement dans les hôpitaux, conduira à terme pour les praticiens libéraux à des difficultés pour leur remplacement et surtout,  elle contient le germe d'un authentique problème de Santé publique. Car dans le même temps, le livre blanc nous a montré la richesse et la diversité de notre spécialité et les champs entiers d'activités qui s'ouvrent à nous : cancérologie digestive, nutrition, addictologie.

Alors, comment les patients digestifs de demain, de plus en plus nombreux, seront-ils soignés par des gastro-entérologues de moins en moins nombreux ? Nous ne sommes pas préparés en France à un transfert de certaines activités vers les professions paramédicales, mais peut-être faut-il y réfléchir. Mais surtout, il faut d'urgence profiter du Numerus Clausus qui remonte pour faire établir pour notre spécialité une filière de formation qui prenne en compte le dynamisme de la discipline et les enjeux , et permette un «rattrapage»  du retard. Ceci est possible si tous les acteurs se mobilisent et qu'ensemble, Société, Syndicats et Universitaires nous démontrions clairement l'importance, en terme de santé publique, d'une bonne couverture du territoire par notre profession.

- L'Encadrement des pratiques. Après l'accréditation des établissements de soins, hôpitaux et cliniques, l'Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en santé s'engage dans un deuxième plan d'opération. Le but  est d'évaluer les pratiques professionnelles, avec à terme l'objectif d'accréditer les activités de soins et de juger de la compétence des acteurs, puis de labelliser les plateaux techniques. Pour mener à bien ce vaste chantier, l'ANAES a besoin de tous les acteurs du système de soin : Unions Professionnelles, Sociétés Savantes et Université. Dans cette perspective, notre Société a été sollicitée par l'ANAES pour accompagner cette démarche innovante, fournir des experts et assurer une veille technologique. Nous avons immédiatement répondu présents à cette invitation qui nous paraît de la plus haute importance pour l'avenir de la discipline. Nous serons très vigilants et  vous tiendrons scrupuleusement informés de l'avancement des travaux qui doivent être l'affaire de tous.

- La réforme de la nomenclature. C 'est un enjeu très grave qui réclame autant la vigilance des hospitaliers que des libéraux. L'Assurance Maladie a souhaité substituer aux deux nomenclatures qui nous gouvernent, celle du  secteur libéral qui définit les honoraires des praticiens, et celle des hôpitaux qui sert de base au PMSI et à la dotation globale hospitalière, un référentiel unique des actes, commun pour les secteurs publics et privés. Cette étape constitue un préalable à la mise en ouvre de la tarification à la pathologie dans les deux secteurs.  La révision de la nomenclature a pris 5 ans, a concerné plus de 7000 actes et aurait dû entrer en vigueur au 1er janvier 2002. Les experts désignés par nos Sociétés pour participer à ce vaste chantier, Raymond Jian pour notre Société et Thierry Ponchon pour la SFED, n'ont pas reconnu les résultats obtenus et, comme l'ont écrit au Directeur de l'Assurance Maladie il y a quelques mois Antoine Cortot alors Président et Jean-François Bretagne «les résultats de l'interclassement des actes inter spécialités sont injustes et potentiellement lourdement pénalisants pour notre spécialité ».

La réforme en cours, si elle était appliquée, ferait baisser de manière significative dans le secteur libéral  la cotation des actes les plus fréquemment pratiqués et serait source d'une diminution du chiffre d'affaire, et dans le secteur public ferait diminuer les points ISA de nos services et donc à terme, les moyens qui nous sont alloués.

Mais, au-delà de ces problèmes catégoriels, c'est la désaffection des jeunes médecins pour notre spécialité qui est la conséquence la plus préoccupante de ce dérapage technocratique. La révision de cette classification est donc un problème urgent d'avenir, auquel libéraux comme publics nous devons faire face ensemble, avec détermination.

- Je terminerai enfin par l'enseignement des maladies de l'appareil digestif en faculté de médecine qui est aussi l'objet de réformes, et là encore nous sommes associés. La récente réforme du deuxième cycle des études médicales a vu disparaître l'enseignement de l'hépato-gastroentérologie en tant que certificat individualisé , notre spécialité est désormais éclatée dans des modules dits «transversaux». Le risque est de voir disparaître la discipline, et plus que jamais nos enseignants doivent se mobiliser et montrer combien à la suite des initiatives de Raymond Colin nous avons su dans l'enseignement allier innovation et qualité. Dans cet esprit, l'initiative de Philippe Lévy de refondre l'ouvrage «Les objectifs en gastro-entérologie», afin de coller au nouveau programme du deuxième cycle, doit être saluée et nous devons l'aider à mener à bien ce projet. La mise à disposition de cet outil sur Internet devrait être un facteur de cohésion de la discipline enseignée dans toutes les facultés, à partir des mêmes référentiels.

Au niveau du troisième cycle enfin, la prolongation de l'Internat à 5 ans, qui devrait être mis en place prochainement pour satisfaire l'uniformisation européenne, devrait permettre d'inclure dans les maquettes du DES une formation chez le gastro-entérologue libéral ainsi que cela est réclamé de longue date par la conférence des doyens. On sait combien le stage chez le médecin généraliste a apporté pour la qualité de la formation à la médecine générale, on ne peut donc être que très satisfait de cette mesure où, là encore, nous allons être partenaires. 

En conclusion, donc, beaucoup de turbulences en perspective, mais rien que nous ne puissions surmonter ensemble si nous sommes unis et déterminés.

J'espère pendant ces quelques minutes vous avoir montré que notre Société est riche, riche de ses projets, riche des  métiers différents, mais complémentaires que nous pratiquons, et que l'exercice de notre spécialité n'est plus seulement aujourd'hui une aventure individuelle mais aussi une responsabilité collective.

Je vous souhaite à tous et toutes d'excellentes journées francophones.

 

mars 2002

Secrétariat de la SNFGE - Hôpital Robert Debré - Rue Serge Kochman - 51092 REIMS CEDEX France -
Tél : 33- (0)3 26 35 94 31 - Email : secretariat.reims@snfge.org

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