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Chers Amis,
Merci d'être venus
aussi nombreux à Nantes participer à nos 26èmes
Journées Francophones.
Merci à tous de cette Présidence dont, bien
sur, je suis très honoré. Au-delà de ma personne,
je ressens cet honneur comme un hommage à l'Université
médicale, dont nous sommes tous issus, et à
laquelle j'ai beaucoup consacré ces dernières
années.
Etre Président de la Société en 2002 est
délicat puisque cet honneur m'incombe dans une
période marquée par le double signe de la transition
et des turbulences.
Transition tout
d'abord :
- Vous savez que
le Bureau de notre Société et son Secrétaire
Général viennent d'être renouvelés. Il est lourd
pour la nouvelle équipe animée par Etienne Dorval,
nouveau Secrétaire Général, et le nouveau bureau
composé de Jean Faivre, Louis Buscail, Marc
Barthet, Philippe Lévy, Jean Louis Dupas et
moi même de prendre la succession de JF Bretagne
et son équipe. Ils ont accompli ces 5 dernières
années un formidable travail et ont su donner
à notre Société le virage du nouveau millénaire
avec comme ligne de force deux mots clefs :
Ouverture et Evaluation.
- Ouverture nationale.
Ces dernières années notre Société a profondément
changé de physionomie en suscitant et facilitant
l'adhésion de nombreux gastro-entérologues
venus de tous horizons. En ouvrant l'accès du
Conseil d'Administration aux gastro-entérologues
libéraux et des hôpitaux généraux, elle est
réellement devenue la Société de tous. J'engage
d'ailleurs ceux d'entre vous qui ne sont pas
encore membres à nous rejoindre dès aujourd'hui.
- Ouverture sur
l'étranger. Tout particulièrement sur les collègues
des pays francophones qui participent de plus
en plus à notre semaine. Ils sont aujourd'hui
prés de 500 et je les salue tous très amicalement.
Si le rayonnement international de la Société
est certain, assuré par nos travaux scientifiques
et par l'action du Secrétaire aux relations
internationales, on peut cependant regretter
que la présence de notre communauté dans l'espace
Européen reste insuffisante et notre participation
scientifique aux congrès de l'UEGW trop confidentielle.
Il faut que nous y soyons plus présents.
- Ouverture vers
la Recherche. Vous connaissez le Fonds de Recherche
présidé par Raymond Jian et les divers prix
et bourses, destinés à favoriser la recherche
en gastro-entérologie. La Société attribue
tous les ans plus de 250 000 Euros à la Recherche
grâce au support sans faille de l'Industrie
Pharmaceutique que je remercie ici chaleureusement.
A ce stade je dois signaler deux nouveautés :
une nouvelle bourse que l'on doit à la famille
d'Etienne Lévy qui a souhaité, en mémoire à
celui qui fut un précurseur dans le domaine
de l'assistance nutritive, offrir à un Clinicien-Chercheur
une bourse thématisée sur le support nutritif ;
la deuxième nouveauté est que la Société va
encore plus s'ouvrir aux chercheurs puisque
le Club d'Etude des Cellules Epithéliales Digestives
envisage de se réunir au cours des Journées
Francophones permettant ainsi la participation
croisée des assistances cliniciens chercheurs.
Ces réunions conjointes devraient susciter des
interfaces et donner une nouvelle dimension
à nos Journées.
- Large ouverture enfin, au niveau de la Communication
de notre Société. Si celle-ci est toujours véhiculée
par la Lettre de la Société, de belle tenue,
et l'annuaire des membres, il faut surtout
citer Gastroentérologie Clinique et Biologique
où l'initiative phare de l'année est de mettre
à disposition sur le Web la traduction en anglais
des articles originaux publiés. Ce gros effort
va permettre une meilleure diffusion de nos
travaux, une amélioration du facteur d'impact
de la revue et devrait ainsi la rendre plus
attractive.
Il faut aussi dans
ce domaine noter le développement considérable
de notre site Internet largement consulté.
Il devient un lien indispensable de notre communauté
et un élément fort de notre reconnaissance à
l'étranger et de cohésion de la discipline.
Dans l'avenir, il va encore s'étoffer puisque
la nouvelle équipe a décidé que son animation
serait confiée à un Comité Editorial analogue
à celui de Gastroentérologie Clinique et Biologique
et animé par Louis Buscail.
L'ouverture est
allée de pair avec une démarche rigoureuse d'évaluation
et de réflexion sur les pratiques dont
témoigne tout d'abord
l'élaboration de référentiels. Depuis 1997,
8 conférences de consensus et 4 recommandations
de bonnes pratiques cliniques ont été organisées,
et la Société a été soit promoteur soit associée
à la promotion. On ne peut pas parler d'évaluation
sans évoquer le Fonds d'Aide à la Qualité des
Soins présidé par Philippe Ruzniewski qui va
nous fournir un thésaurus consensuel pour la
pratique et la recherche en cancérologie.
- Evaluation dans
une Formation Médicale Continue de qualité constamment
améliorée, qu'il s'agisse de la FMC paritaire
des Journées Francophones qui accueillait samedi
et dimanche plus de 1500 participants, ou des
excellents séminaires d'automne toujours aussi
suivis.
- Evaluation toujours
aussi rigoureuse enfin pour les présentations
de nos Journées puisque le taux d'acceptation
est de 60%. A ce sujet, il faut noter cette
année un léger tassement des soumissions pour
communications. Nous espérons que ce n'est que
conjoncturel et qu'il ne s'agit pas d'un malaise
plus profond.
Je pourrais parler
encore pendant longtemps des réalisations de
la Société au cours des cinq dernières années
mais, je veux clore ce chapitre en soulignant
la réussite du grand dossier sur lequel ont
tant travaillé Jean Faivre et Jean François
Bretagne, La Caisse Nationale d'Assurance
Maladie a donné un avis favorable pour démarrer
le dépistage du cancer colorectal dans 12 départements
avant de le généraliser sur le territoire. Cette
réussite vient couronner deux ans d'efforts
et de ténacité auprès des pouvoirs publics.
Tous ces efforts, toute cette énergie, toutes
ces réussites ont été parfaitement traduits
dans l'excellent livre blanc que nous ont
présenté ici même il y a un an Jacques Fournet
et Daniel Dhumeaux, et qui est un exceptionnel
outil de promotion de notre discipline bien
utile pour sa défense dans les turbulences annoncées.
Avant d'envisager
l'avenir et les inquiétudes pressenties, je
veux rappeler les noms de ceux qui pendant ces
cinq années ont travaillé sans compter leur
temps dans le bureau autour de JF Bretagne :
Loik de Calan, Philippe Ruzniewski, Stanislas
Bruley des Varannes, Jean-François Fléjou et
les cinq Présidents Jean-Claude Rambaud, Michel
Amouretti, Jacques Fournet, Daniel Dhumeaux
et Antoine Cortot. On peut les applaudir pour
leur action.
Alors de quoi demain
sera-t-il fait ?
Demain sera ce
que nous voulons.
Certes, beaucoup
de nuages se sont accumulés, mais une Société
forte et représentative de la profession peut
tout obtenir. Pour cela, il faut être nombreux
et mobilisés.
Sans reprendre les
préoccupations de nature syndicale, parfaitement
débattues vendredi après-midi, je voudrais
avec vous rapidement évoquer quatre problèmes
que nous allons avoir prochainement à surmonter
tous ensemble, libéraux et publics, hospitaliers
universitaires et non universitaires, et pour
lesquels il nous faudra donner des réponses
constructives.
Il s'agit de :
- la crise démographique
en gastro-entérologie
- l'encadrement
croissant des pratiques
- la modification
de la nomenclature
- et vous ne serez
pas surpris que le doyen que je suis, termine
par la formation.
La démographie :
du fait du sévère numerus clausus d'entrée dans
les études médicales, on a assisté ces dernières
années à une diminution considérable des jeunes
s'engageant dans notre spécialité. Ce phénomène
s'est encore accusé récemment, par la mise en
place de filières de formation protégées vers
des spécialités jugées « sinistrées »
et qui sont désormais largement pourvues au
détriment des autres disciplines comme la nôtre.
De plus l'attractivité de notre profession confrontée
à des contraintes de plus en plus pesantes a
diminué chez les jeunes. On admet que la densité
moyenne des gastro-entérologues sera en 2020
d'au moins 20% inférieure à celle d'aujourd'hui.
Cette désaffection qui entraîne, dès aujourd'hui
des problèmes de fonctionnement dans les hôpitaux,
conduira à terme pour les praticiens libéraux
à des difficultés pour leur remplacement et
surtout, elle contient le germe d'un authentique
problème de Santé publique. Car dans le même
temps, le livre blanc nous a montré la richesse
et la diversité de notre spécialité et les champs
entiers d'activités qui s'ouvrent à nous :
cancérologie digestive, nutrition, addictologie.
Alors, comment les
patients digestifs de demain, de plus en plus
nombreux, seront-ils soignés par des gastro-entérologues
de moins en moins nombreux ? Nous ne sommes
pas préparés en France à un transfert de certaines
activités vers les professions paramédicales,
mais peut-être faut-il y réfléchir. Mais surtout,
il faut d'urgence profiter du Numerus Clausus
qui remonte pour faire établir pour notre spécialité
une filière de formation qui prenne en compte
le dynamisme de la discipline et les enjeux
, et permette un «rattrapage» du retard.
Ceci est possible si tous les acteurs se mobilisent
et qu'ensemble, Société, Syndicats et Universitaires
nous démontrions clairement l'importance, en
terme de santé publique, d'une bonne couverture
du territoire par notre profession.
- L'Encadrement
des pratiques. Après l'accréditation des établissements
de soins, hôpitaux et cliniques, l'Agence Nationale
d'Accréditation et d'Evaluation en santé s'engage
dans un deuxième plan d'opération. Le but est
d'évaluer les pratiques professionnelles, avec
à terme l'objectif d'accréditer les activités
de soins et de juger de la compétence des acteurs,
puis de labelliser les plateaux techniques.
Pour mener à bien ce vaste chantier, l'ANAES
a besoin de tous les acteurs du système de soin :
Unions Professionnelles, Sociétés Savantes et
Université. Dans cette perspective, notre Société
a été sollicitée par l'ANAES pour accompagner
cette démarche innovante, fournir des experts
et assurer une veille technologique. Nous avons
immédiatement répondu présents à cette invitation
qui nous paraît de la plus haute importance
pour l'avenir de la discipline. Nous serons
très vigilants et vous tiendrons scrupuleusement
informés de l'avancement des travaux qui doivent
être l'affaire de tous.
- La réforme de
la nomenclature. C 'est un enjeu très grave
qui réclame autant la vigilance des hospitaliers
que des libéraux. L'Assurance Maladie a souhaité
substituer aux deux nomenclatures qui nous gouvernent,
celle du secteur libéral qui définit les honoraires
des praticiens, et celle des hôpitaux qui sert
de base au PMSI et à la dotation globale hospitalière,
un référentiel unique des actes, commun pour
les secteurs publics et privés. Cette étape
constitue un préalable à la mise en ouvre de
la tarification à la pathologie dans les deux
secteurs. La révision de la nomenclature a
pris 5 ans, a concerné plus de 7000 actes et
aurait dû entrer en vigueur au 1er
janvier 2002. Les experts désignés par nos Sociétés
pour participer à ce vaste chantier, Raymond
Jian pour notre Société et Thierry Ponchon pour
la SFED, n'ont pas reconnu les résultats obtenus
et, comme l'ont écrit au Directeur de l'Assurance
Maladie il y a quelques mois Antoine Cortot
alors Président et Jean-François Bretagne «les
résultats de l'interclassement des actes inter
spécialités sont injustes et potentiellement
lourdement pénalisants pour notre spécialité ».
La réforme en cours,
si elle était appliquée, ferait baisser de manière
significative dans le secteur libéral
la cotation des actes les plus fréquemment pratiqués
et serait source d'une diminution du chiffre
d'affaire, et dans le secteur public ferait
diminuer les points ISA de nos services et donc
à terme, les moyens qui nous sont alloués.
Mais, au-delà de
ces problèmes catégoriels, c'est la désaffection
des jeunes médecins pour notre spécialité qui
est la conséquence la plus préoccupante de ce
dérapage technocratique. La révision de cette
classification est donc un problème urgent d'avenir,
auquel libéraux comme publics nous devons faire
face ensemble, avec détermination.
- Je terminerai
enfin par l'enseignement des maladies de l'appareil
digestif en faculté de médecine qui est aussi
l'objet de réformes, et là encore nous sommes
associés. La récente réforme du deuxième cycle
des études médicales a vu disparaître l'enseignement
de l'hépato-gastroentérologie en tant que certificat
individualisé , notre spécialité est désormais
éclatée dans des modules dits «transversaux».
Le risque est de voir disparaître la discipline,
et plus que jamais nos enseignants doivent se
mobiliser et montrer combien à la suite des
initiatives de Raymond Colin nous avons su dans
l'enseignement allier innovation et qualité.
Dans cet esprit, l'initiative de Philippe Lévy
de refondre l'ouvrage «Les objectifs en
gastro-entérologie», afin de coller au nouveau
programme du deuxième cycle, doit être saluée
et nous devons l'aider à mener à bien ce projet.
La mise à disposition de cet outil sur Internet
devrait être un facteur de cohésion de la discipline
enseignée dans toutes les facultés, à partir
des mêmes référentiels.
Au niveau du troisième
cycle enfin, la prolongation de l'Internat à
5 ans, qui devrait être mis en place prochainement
pour satisfaire l'uniformisation européenne,
devrait permettre d'inclure dans les maquettes
du DES une formation chez le gastro-entérologue
libéral ainsi que cela est réclamé de longue
date par la conférence des doyens. On sait combien
le stage chez le médecin généraliste a apporté
pour la qualité de la formation à la médecine
générale, on ne peut donc être que très satisfait
de cette mesure où, là encore, nous allons être
partenaires.
En conclusion, donc,
beaucoup de turbulences en perspective, mais
rien que nous ne puissions surmonter ensemble
si nous sommes unis et déterminés.
J'espère pendant
ces quelques minutes vous avoir montré que notre
Société est riche, riche de ses projets, riche
des métiers différents, mais complémentaires
que nous pratiquons, et que l'exercice de notre
spécialité n'est plus seulement aujourd'hui
une aventure individuelle mais aussi une responsabilité
collective.
Je vous souhaite
à tous et toutes d'excellentes journées francophones.
mars 2002
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