Mesdames, Messieurs, Cher(e)s Collègues, Cher(e)s Ami(e)s,
Vous comprendrez facilement que ma tâche n’est pas très facile après l’émouvant hommage rendu par Jean-Frédéric Colombel à Marc Lemann. Elle l’est d’autant moins que c’est aujourd’hui Marc qui devait être à la place que j’occupe ; en effet, conformément à la tradition qui veut que les Présidents de la SNFGE soient issus alternativement de l’une des trois composantes du monde de l’hépato-gastroentérologie : praticiens libéraux, médecins des hôpitaux généraux et enfin hospitalo-universitaires, c’est à un représentant de la composante académique que revenait la présidence 2011. C’est ainsi que je suis amené à succéder à Alexandre Pariente dont les qualités humaines et la finesse d’esprit ont fait de lui un grand Président. Permettez-moi de lui adresser nos remerciements pour son engagement au service de la Société.
Aujourd’hui, c’est évidemment à l’ensemble de la discipline que je souhaiterais m’adresser et pas seulement aux seuls membres de la SNFGE. Cette année l’allocution présidentielle devant être plus courte que les années précédentes (j’espère que vous m’en serez gré !), j’ai choisi de ne pas me livrer à l’habituel « tour d’horizon » des différentes activités de la Société, mais de me focaliser plus spécifiquement sur 4 aspects de notre discipline qui me semblent particulièrement importants : l’Unité de l’hépato-gastroentérologie, les Relations internationales et plus spécifiquement l’Europe, Les revues officielles de la Société, et enfin La Recherche.
Premier acte majeur et concret de l’année écoulée, la création de la Maison de l’Hépato-Gastroentérologie et de l’Endoscopie Digestive. Il s’agit, à mon sens, d’un symbole extrêmement fort de l’unité de la discipline, unité indispensable si nous voulons être lisibles et entendus comme le sont d’autres disciplines, certes plus médiatiques que nous (vous les connaissez comme moi !). Cette Maison de l’Hépato-Gastroentérologie et de l’Endoscopie Digestive, qui va regrouper les secrétariats des 3 principales sociétés savantes de la discipline et dans laquelle nous pourrons nous réunir et recevoir nos partenaires, est d’abord l’œuvre de notre Secrétaire Général, Guillaume Cadiot, mais aussi des responsables de l’AFEF et de la Société Française d’Endoscopie Digestive qui ont su trouver les justes compromis nécessaires à une bonne entente et surmonter les méandres juridiques imposés par la création d’une SCI. Ceci devrait non seulement faciliter les rapports des Sociétés les unes avec les autres, mais aussi avec nos différents partenaires, industriels, institutionnels ou même politiques et médiatiques.
Les relations internationales représentent le deuxième volet de notre activité sur lequel je souhaite m’étendre un peu plus longuement. Il s’agit, en effet, pour moi d’une véritable priorité ; même si des efforts importants ont été accomplis, en particulier grâce au travail des Secrétaires Généraux adjoints aux relations internationales auxquels je me dois de rendre hommage aujourd’hui, en particulier à l’actuel titulaire du poste, F Mion, il est clair que le bilan présent n’est pas totalement satisfaisant en ce qui concerne l’Europe. Même si la participation en termes qualitatif et quantitatif des équipes françaises aux congrès européens est significative, comme l’a montré l’analyse des derniers congrès de Barcelone et de Londres, la simple présence française à ces congrès est en baisse régulière et nous place derrière des pays comme l’Italie ou le Royaume-Uni. Cette relative désaffection pour l’Europe a sans doute des causes multiples, notamment la baisse du soutien de l’industrie biomédicale pour aider les hépato-gastroentérologues à se rendre à ces congrès. En revanche, l’argument parfois avancé d’une mauvaise qualité des congrès européens ne résiste pas à un examen loyal, et nos collègues américains sont les premiers à souligner la qualité croissante de la « Digestive Disease Week » Européenne. Ne nous y trompons pas, il s’agit d’un enjeu majeur, si nous voulons être présents dans les instances dirigeantes européennes. A cet égard, j’ai été ravi d’apprendre tout récemment que deux de nos collègues, les Prs Castera et Peyrin Biroulet avaient été sollicités et avaient accepté d’intégrer le conseil scientifique de l’UEGF, conseil que je viens moi-même de quitter comme M Delvaux après deux mandats successifs. La relève est donc assurée, et brillamment ! De même pour Tamara Matysiak qui va participer au Future Trends Committee récemment créé par l’UEGF.
Nous devons donc nous engager dans une politique résolument volontariste, afin d’accroître la participation française au Congrès Européen. Plusieurs décisions allant dans ce sens ont été prises lors de notre dernier Conseil d’Administration, dont la création de 10 bourses de 1 000 € destinées à aider de jeunes hépato-gastroentérologues, sélectionnés sur la base d’une excellente communication à ces Journées Francophones, à participer au congrès européen de Stockholm à l’automne prochain. J’en appelle également à l’industrie biomédicale à favoriser, dans toute la mesure du possible, les invitations au congrès européen. Nous envisageons également la possibilité de faire entrer des étrangers francophones au Conseil Scientifique des JFHOD. De même, l’initiative de la SNFGE d’inviter chaque année une Société européenne aux JFHOD va dans le sens du rapprochement des peuples et du développement des rapports scientifiques et humains entre les hépato-gastroentérologues de notre « vieux » continent. J’ai donc un plaisir tout particulier à saluer cette année nos amis Belges, pays dont j’apprécie l’extraordinaire productivité scientifique, mais aussi l’incroyable contribution artistique et humaniste à l’Histoire Européenne. L’année prochaine, ce sont nos amis Roumains qui seront à l’honneur, puis viendra le tour de la Tunisie.
Enfin, rappelons que le développement d’une Europe hépato-gastroentérologique ne doit pas être perçu comme une menace pour les sociétés nationales ; certaines initiatives récentes, dont celle de l’ASNEMGE (la Sociéte qui fédère les Sociétés nationales dont la SNFGE) nous conforte dans cette analyse et met en exergue le rôle important des sociétés nationales. Soyons donc optimistes et avançons sans crainte !
Troisième chantier mis en œuvre par notre Société : la publication d’un journal de Formation Continue de langue française, en l’occurrence Hépato-Gastro & Oncologie Digestive. Ayant été, avec Jean-Pierre Benhamou, à l’origine de la création de cette revue, c’est avec un immense plaisir que nous l’avons vu devenir l’organe officiel de publication de la SNFGE. Qu’il me soit permis de remercier tout particulièrement le travail fait par l’équipe de rédaction, sous la direction de Philippe Lévy qui s’est attelé à cette tache avec son enthousiasme légendaire. L’ajout dans le titre des mots « oncologie digestive » est tout sauf neutre ! j’espère qu’il remplit vos attentes, mais un journal doit constamment s’adapter, évoluer et je suis convaincu que la rédaction appréciera de recevoir vos commentaires, suggestions et mêmes vos critiques surtout si elles sont constructives.
Parallèlement, la SNFGE s’est rapprochée de la Société Italienne de Gastroentérologie pour faire de la revue Digestive & Liver Disease, la revue officielle de publication des travaux de recherche des deux sociétés nationales. Le facteur d’impact augmente et va dépasser 3 cette année. Les taux d’acceptation dans DLD des articles français ont rejoint ceux des italiens. Il est important que les équipes françaises favorisent l’envoi d’articles de qualité à cette revue qui va devenir, nul doute là-dessus, une des revues européennes phare de notre discipline.
Dernier volet de cette allocution : la Recherche.
Il est devenu très à la mode dans certains milieux, notamment politico-médiatiques, de gloser sur l’Université réputée inefficace, coupée du monde extérieur, incapable de préparer les étudiants à leur avenir professionnel. En tant qu’universitaire hépato-gastroentérologue, je voudrais rappeler que l’Université, comme d’ailleurs l’INSERM, l’INRA ou le CNRS, joue un rôle majeur dans la recherche et la diffusion des connaissances. Toute recherche n’est pas forcément immédiatement « valorisable », n’en déplaise aux tenants des SIGAPS, Sigrec, etc ! Je le dis avec force, la recherche a besoin de liberté, et une discipline comme la nôtre doit s’appuyer sur une recherche fondamentale vigoureuse et aider les chercheurs qui travaillent dans ces unités à la préparation de notre avenir. Je fais un rêve : j’aimerais les voir associés plus étroitement à nos activités, afin de développer ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la recherche translationnelle. Cette proximité chercheurs-cliniciens est indispensable si l’on veut développer les connaissances autour de certains thèmes d’intérêt digestif majeur comme le microbiote intestinal, les effets de l’obésité sur l’appareil digestif, les neurosciences digestives, la génomique fonctionnelle, sans oublier les développements technologiques et en nanotechnologie, sans doute appelés à des applications majeures en imagerie et en endoscopie digestives. C’est grâce à ces recherches que nous pourrons évoluer vers une médecine de plus en plus personnalisée et prédictive, celle qui sera la véritable médecine du 21e siècle.
Concernant son soutien à la Recherche, notre société peut s’enorgueillir d’un bilan plus que flatteur ; ainsi, cette année et pour la première fois, le conseil scientifique présidé par P Michel a t-il décidé d’attribuer non seulement les habituelles bourses de soutien à des travaux de recherche fondamentale ou clinique, mais également d’accorder un soutien spécifique de 170000 euros à la création de 2 cohortes nationales, l’une consacrée au suivi des TIPMP, l’autre à l’achalasie. Enfin c’est avec un grand plaisir que je vais maintenant procéder à la remise des deux Prix Jeunes Chercheurs à deux femmes, travaillant toutes deux sur des thèmes d’intérêt pour l’hépatologie, ce dont je me réjouis, personnellement.
J’appelle donc Flora Cartier, de l’Université d’Amiens, à qui j’ai le plaisir de remettre ce prix pour son projet sur le Récepteur SLAMCD229 hépatique comme facteur de fixation et d’entrée du VHC dans les hépatocytes.
Félicitations et on vous applaudit très fort.
La deuxième lauréate est Emilie Estrabaud qui travaille à l’U733 à Paris-Bichat pour son projet le profil d’expression des mico ARNs hépatiques comme facteurs de prédiction de la réponse virologique prolongée dans l’hépatite C.
Félicitations et tous nos vœux de réussite. Merci de l’applaudir également.
J’en profite également pour remercier nos partenaires de l’industrie biomédicale pour leur contribution à l’abondement de ce fonds de recherche si utile.
Comme vous le voyez, notre Société n’a cessé, depuis quelques années, de s’adapter, de se moderniser sous la direction amicale de notre Secrétaire Général et des membres du Conseil d’Administration et du Conseil Scientifique de ces JFHOD qui se sont succédées. Il reste encore beaucoup à faire mais tous les chantiers ne peuvent être ouverts en même temps et il faut bien laisser un peu de travail aux futurs Secrétaires Généraux de la Société,
Merci de votre attention.
Docteur Jean-Paul GALMICHE
Avril 2011
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