SNFGE

Allocutions Présidentielles

 

Allocution Présidentielle

du Docteur Philippe GODEBERGE


2012

le 16 mars 2012
lors des Journées Francophones d'Hépato-gastroenterologie et d'Oncologie Digestive


 

 

 

Mesdames Messieurs et chers collègues,


Le discours du Président est un moment redouté. Il est redouté tout d'abord par celui qui le prononce surtout quand il a été précédé dans cette fonction par des personnalités particulièrement brillantes . Comme elles je suis conscient de l'honneur que la SNFGE me fait en reconnaissant par là le travail de nombreuses années dédiées à la promotion de la gastroentérologie en général et de la proctologie en particulier. Ce discours est aussi redouté aussi par l’auditoire qui craint la litanie d'une auto gratification. Mais je vous rassure car cette année l'actualité commande; aussi je vais avoir besoin de chacun d'entre vous pour poursuivre le travail de ces dernières années, menacé par le tourbillon législatif de ces derniers mois.

A cet égard nous devons nous rassembler aux cotés de Jean Christophe Saurin, qui a accepté de reprendre le flambeau du secrétariat général, tâche d'autant plus difficile qu'il succède à Guillaume Cadiot dont je vous propose de saluer ici l'immense travail , l'efficacité , la ténacité et disons le dévouement. Merci Guillaume ! Merci aussi au Pr Jean Paul Galmiche qu'on ne présente plus , dont je suis le modeste successeur et dont la connaissance des instances scientifiques européennes et internationales, ainsi que l'aura personnel ont permis de donner à la gastroentérologie française la place qu'elle mérite. Place qui nous permet également d'inviter cette année nos collègues Roumains, Tunisiens en 2013 et Suisses en 2014.

Quand j'étais assis parmi vous je me demandais souvent qu'elle était l'impact d'une présidence qui ne durait que 1 an ; la brièveté du mandat est avant tout pour le président une leçon d'humilité. Mais pour autant l'impact de son mandat est très important. Tout d'abord parce ce président travaille pour la profession depuis bien longtemps , avant même que ce travail ne prenne la forme d'une présidence. Cette présidence à également une valeur symbolique, ce dont témoigne les origines divers de vos présidents. Cela permet à tout un chacun de se reconnaître dans Sa société . Le fait que cette présidence soit confié cette année pour la première fois depuis 70 ans à un proctologue , libéral de surcroît , n’est pas anodin.

Pas anodin car la proctologie n’est pas une voie royale en médecine. Je ne résiste néanmoins pas à vous au plaisir de vous rappeler que c’est pour célébrer la guérison de la fistule anale de louis XIV que le sieur de Brion a écrit un poème en 1686 intitulé "Grand dieu sauve le Roi". Ce poème fut mis en musique par Jean Baptiste Lully avant d’être récupérer par Georges Friedrich Händel, qui pour honorer le souverain de son pays d’adoption lui offrit ce qui devint "God Save the King ou the Queen" selon le sexe du souverain anglais. Malgré ces illustres antécédents , cette spécialité reste basée un compagnonnage confidentiel. Ce qui est assez compréhensible . Quand on demande à un enfant ce qu'il veut faire plus tard il répond pilote de chasse ou maitresse d'école, rarement proctologue.

Plus sérieusement un des objectifs de cette présidence est de continuer à défendre la dualité de médicale et chirurgicale de la proctologie en France. J'ai souvent entendu dire que la proctologie était de la chirurgie; un certains nombre de représentants de la proctologie peut être aveuglés par le modèle Anglo-Saxon, pensent que cette pratique doit disparaître ou s'uniformiser à travers l'Europe . Je crois qu'ils ont tort et pas uniquement pour la proctologie d'ailleurs. Les frontières des spécialités vont changer dans les années qui viennent et encore plus qu'on ne le croit. L'éducation thérapeutique, la délégation de tâche sont des nouveautés qu'il va falloir intégrer à notre pratique. Mais même notre cœur de métier va changer. Ainsi l'endoscopie des 10 prochaines années ne sera plus la même . La frontière avec la chirurgie s'efface; cela a commencé avec la sphinctérotomie. Les arguments avancés contre l'effacement de cette frontière était que les endoscopistes ne pouvaient gérer chirurgicalement les complications de leur actes. Que dire maintenant de la chirurgie de l'obésité qui serait bien orpheline si les endoscopistes n'étaient pas là pour obturer les fistules post opératoires. Pour la proctologie les frontières vont tomber pour donner lieu à des actes qui seront effectués non pas par le titulaires d'un titre mais celui qui aura appris à le faire.

Toutes ces transformations nous imposent une remise en cause permanente de nos pratiques. Et cette dynamique nous devons en être très fiers. Quelle profession a développé à ce point sa formation permanente, à cultiver sa dimension scientifique et son lien étroit avec la population. Les crises sanitaires se succèdent mais la confiance dans notre profession reste comme en témoigne encore les récents sondages. Poussons donc nos jeunes les plus brillants vers cette profession d'avenir car le 21 ° siècle sera médical ou ne sera pas. De façon un peu provocatrice mais pas nécessairement fausse, Aldous Huxley disait "la médecine a fait tellement de progrès que plus personne n'est en bonne santé". Ce n'est pas notre métier qui va disparaître mais sa façon de l'exercer qui va changer y compris avec les associations de patients, l'implication des malades. La mue est inévitable et ce ne sont pas les lois qui vont tout modifier. Elles peuvent par contre l'entraver.

En décembre 2011 une loi a été voté dans le cadre de la réforme du médicament . Elle reprend pour l'essentiel les articles de loi qui sont régulièrement votées depuis 1993 et qui avait été intitulée "loi anti cadeau". Cette loi a été profondément modifiée en décembre 2011 notamment avec un amendement qui a transformé une ligne de l'article L4113-6.

Cet article disait qu'aucun subside ne devait être versé aux médecins par les prestataires de fournitures et médicaments remboursés par l'assurance maladie; mais il a été rajouté "et des associations les représentants". Cerise sur le gâteau , les exceptions à la loi juridiquement prévue pour les médecins à titre individuel n'ont pas été reprises pour les associations. On aboutit ainsi à l'absurdité, depuis reconnue par l'administration, que le médecin peut sous certaines conditions contractualiser avec l'industrie, alors qu'une association mieux à même de résister aux inévitables pressions ne le peut pas.

Pour certains la tentation est de dire "eh bien tant mieux , moi qui n'est aucun conflit d'intérêt je suis pour cette moralisation". Mais personne n'est contre, bien au contraire, mais le problème est que cette loi de circonstance a des conséquences qui vont bien au delà.

Il faut rappeler que la SNFGE distribue chaque année plus de 600 000 € de bourses. Les projets sont sélectionnés par des commissions composées de volontaires qui donnent bénévolement leur temps sans conflits d'intérêt pour que cette recherche vive. Cette recherche est de type fondamentale comme le prix jeune chercheur que je vais remettre; mais aussi pratique. La réussite la plus éclatante sont les projets de cohorte ; la première fut la cohorte Césame développée grâce à l'infatigable énergie de Laurent Beaugerie; mais ce sont désormais 3 autres cohortes qui ont vu le jour: celle sur les TIPMP de V Rebours , les achalasies par Stanislas Bruley des Varannes , les dysplasies sévères de l'anus par Laurent Abramowitz et les lésions précancéreuses de l'estomac par D Lamarque . Et ce sera grâce à vous et vos patients que recherche vivra. La SNFGE est donc devenue un acteur irremplaçable de la recherche d'autant que les caisses de l'état sont vides et qu'il n'y a pas de financement de substitution.

On peut dire regretter que c'est argent ne soit pas public; mais arrêtons de diaboliser systématiquement nos partenaires qui nous ont aider à faire la SNFGE que nous connaissons et apprécions. La transparence et la moralisation oui; la diabolisation non! Parmi toutes les activités qui relèvent de la SNFGE , je vous fait grâce du travail généré par les demandes paradoxales dans ce contexte des agences d'état : Inca, DHOS,AFSSAPS, et même IGAS.

Si nous conservons nos possibilités de travailler dans les prochains mois, notre travail poursuivra tout ce qui existe et 3 axes vont être développés. Tout d'abord le renouveau du site. L'enquête de 2011 a montré ses faiblesses et aussi ses grandes forces. A l'heure où l'éducation thérapeutique va se développer il est fondamental qu'une société comme la notre soit la porte d'entrée d'une connaissance validée par les preuves .Nous allons développer nos travaux de recommandations et de bonnes pratiques. Cette activité est essentielle pour que la profession garde la main sur sa pratique. C'est le bon moment car les procédures HAS ont atteint leur limite. Savez vous jusqu'à quand le planning du service des recommandations de l'HAS est complet ...2017 ! Quand on sait qu'il faut environ 2 ans pour établir une recommandation , 2 ans pour la diffuser alors que sa durée de vie est de 3 à 5 ans nous sommes dans une spirale infernale qui a atteint ses limites.

Une des solutions que nous comptons mettre en œuvre, c'est l'établissement de centres de preuves; c'est à dire des structures capables de suivre et surtout de fournir l'information en temps réel qui assureront la pertinence des recommandations. Ces structures peuvent émaner de la SNFGE ou être coordonnée par elle. Il existe de très beau exemple au niveau du CREGG par exemple. Mais l'un des plus beaux résultats est sans aucun doute le thésaurus de cancérologie digestive impulsé par notre ancien secrétaire E. Dorval. C'est le premier maillon d'une chaîne qui doit aboutir à la reconnaissance des compétences des spécialiste d'organes en cancérologie digestive; nous devons cela à notre ancien et infatigable président Philippe Rougier. Ces conseils de pratique devront être établi avec l'ensemble des membres qui en participant à sa relecture voire à leur genèse , non seulement assureront leur pertinence pratique mais aussi en se les appropriant permettront leur rapide diffusion.

Enfin le dernier axe est de mettre à disposition les moyens logistiques qui permettront le développement de la recherche en libéral, ou en hôpital, par la mise à disposition des moyens méthodologiques et clinique éventuellement via un portail dédié. Toutes les thématiques sont envisageables à commencer par le suivi des pratiques.

La finalité de ces actions dépassent le simple cadre de la SNFGE ; elles doivent permettre de conserver l'évaluation des pratiques au sein de structures qui relèvent de la profession et uniquement de la profession. Car on voit se dessiner possiblement d'autres projets.

Les structures qui gèrent le DPC -les Conseils nationaux professionnels (CNP) - et la FSM qui les chapotent on un problème puisque le DPC n'est pas financé. C'est donc sans scrupule cette fois qu'ils se tournent vers l'industrie via une taxe ou tout autre moyen à inventer ; mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin surtout si à l'occasion de la "loi Bertrand" des fonds deviennent disponibles et permettraient alors aux structures gérant le DPC de devenir la porte d'entrée unique des recommandations et de l'évaluation des pratiques. Cette captation de financements et le détournement des missions du CNP/ FSM aboutiraient à marginaliser les sociétés savantes pour nous dicter ce à quoi nous devrions nous intéresser. Pour parvenir à cette fin , on peut se demander à quelles pressions et compromis ces structures seraient probablement soumises par le pouvoir administratif.

Voilà chères amis, chers amis, ce à quoi sert un secrétaire général et un président: prévoir l'avenir et préserver les acquis. Tout cela ne serait pas possible sans l'inépuisable énergie de notre directrice exécutive Charlotte Fafart et notre assistante Corinne Dahan Zylberberg; qu'elles soient ici chaleureusement remerciées.

En conclusion, je voudrais vous rappeler l'enthousiasme de votre jeunesse. Les critiques actuelles ne portent pas sur le métier mais sur la façon de l'exercer. Alors si nous voulons qu'il reste stimulant il faut défendre la SNFGE. Vous tous qui connaissez qui un élu, qui un décideur, rappeler lui le rôle de la SNFGE reconnue d'utilité publique. Pour rafraîchir votre mémoire vous pouvez demander au secrétariat une copie de la lettre que Jean Christophe Saurin et moi même avons très vite écrit au ministre; lettre qui a été depuis contresignée par de nombreuses sociétés savantes.

On peut ainsi espérer que mon successeur pourra déclarer à des JFHOD 2013 , une pour tous et tous pour la SNFGE. Je vous remercie.

Paris JFHOD 16 Mars 2012

 

Docteur Philippe GODEBERGE

 

 

 

Mars 2012

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