JFHOD

P8 - Est-il raisonnable de proposer une résection muqueuse endoscopique pour une dysplasie de haut grade survenant sur endobrachyoesophage ?

Casanova Jean-Patrick, Gonzalez Jean-Michel, Caillol Fabrice, Garcia Stephane, Poizat Flora, Taix Sébastien, Molines Elicia, Benezech Alban, Barthet Marc

Introduction

Le traitement endoscopique est actuellement en première ligne pour la prise en charge de la dysplasie de haut grade (DHG) sur endobrachyoesophage (EBO). Malgré les progrès dans la caractérisation endoscopique de la dysplasie, la prise en charge et le suivi dépendent du diagnostic histologique réalisé sur les biopsies préalables. Le niveau de concordance globale entre les pathologistes pour évaluer le niveau de dysplasie reste discuté. Le but de cette étude était d'évaluer la discordance sur les pièces de mucosectomies réalisées pour l'indication de DHG sur biopsies ainsi que la variabilité inter-observateur des anatomopathologistes après relecture dans cette population discordante.

Patients et méthodes

Il s'agissait d'une étude rétrospective avec relecture anatomo-pathologique prospective dans deux centres référents. Le critère d'inclusion était la présence d'une DHG sur EBO au niveau des biopsies pré opératoires avec absence de DHG sur les pièces d'exérèse réalisées en centre. Les prélèvements réalisés dans d'autres centres étaient récupérés pour la relecture. L'ensemble des biopsies et des mucosectomies en discordance était répertorié et relu par quatre anatomopathologistes (un expert en pathologie digestive et un junior dans chaque centre) après création d'un dossier numérique d'archivage des lames en réseau sur TELESLIDE. Cinq diagnostics étaient retenus : absence de métaplasie intestinale (MI) c'est à dire absence d'EBO, MI seule, dysplasie de bas grade, DHG et Adénocarcinome infiltrant (ADK).

Résultats

87 patients étaient pris en charge pour résection endoscopique d'une DHG sur biopsies entre janvier 2005 et décembre 2015 dans les deux centres. 41 patients (47 %) avaient un diagnostic discordant entre les biopsies en DHG et les pièces de mucosectomie. Sur ces pièces de mucosectomie, il était retrouvé 23 cas en DBG (26.4%) ; 13 avec de la MI seule (14.9%) ; 4 avec un ADK infiltrant (4.6%) et 1 patient sans MI donc sans EBO (1.15%). 33 patients ont pu être analysé pour l'étude (29 hommes, âge moyen de 63 ans). La longueur moyenne de l'EBO était C3M5. Des anomalies de reliefs étaient décrites dans 18.2% des cas et la résection était macroscopiquement complète dans 63.6%. 30.3% des biopsies initiales avaient une double lecture anatomopathologique. Un nombre moyen de 1.4 session d'endoscopie étaient réalisées avec un nombre moyen de fragments suspects de 2.7 avant la résection. Le suivi moyen était de 38 mois avec 3.7 endoscopies, on notait une persistance de la DHG dans 9.1% et de l'EBO dans 48.5%. La récidive existait dans 9.1% des cas pour la DHG et dans 18.2% pour l'EBO. Après relecture, le coefficient kappa pour le diagnostic de DHG sur les biopsies initiales était faible et compris entre 0 et 0.6 pour le diagnostic initial sur mucosectomie. La concordance globale inter-observateur après relecture pour le diagnostic de DHG était faible (0.2 pour les biopsies et les mucosectomies) et faible à modéré pour les autres diagnostics (0 à 0.5 sur les biopsies et 0 à 0.6 sur mucosectomies). Le coefficient kappa des experts entre eux pour la DHG était moyen (0.5 pour les biopsies et 0 pour les mucosectomies), celui des juniors également (0.4 et 0.5 respectivement). La concordance entre les diagnostics sur biopsies et sur mucosectomies après relecture pour chaque opérateur était faible à modérée (kappa de 0 à 0.6).

Conclusion

Le taux de discordance entre le diagnostic initial de DHG et le résultat final sur pièce de mucosectomie est très élevé (41%). La concordance interobservateur est également médiocre, même dans des centres de référence. La question de la décision de résection sur biopsies ou en fonction de l'évaluation endoscopique doit se poser et être évaluée.