JFHOD

P23 - Evolution de la translocation bactérienne au cours des 6 premières semaines de sevrage en alcool chez des sujets alcool dépendants

Donnadieu-Rigole Hélène, Pansu Nathalie, Perney Pascal, Lavigne Jean-Philippe, Remy-Dunyach Catherine

Introduction

La consommation chronique d'alcool concerne plus de 20% de la population adulte française. Elle est responsable d'une augmentation de la fréquence et de la sévérité des infections. Le risque de développer un cancer est aussi augmenté par l'ingestion chronique d'alcool. Ces conséquences cliniques sont secondaires à l'effet néfaste de l'alcool sur les défenses de l'hôte. En effet, lors de l'ingestion chronique d'alcool, on constate une dysbiose et une augmentation de la perméabilité digestive ainsi qu'une augmentation de la translocation bactérienne (TB). Des fragments de la paroi des bactéries, appelées endotoxines passent dans le sang veineux Portal puis systémique. Cette endotoxinémie a des conséquences hépatiques avec une activation des cellules de Kupffer et la production de cytokines pro-inflammatoires et chemokines. Cette réponse immune participe en grande partie aux lésions observées dans la maladie alcoolique du foie. L'endotoxinémie a également un impact systémique sur la réponse immunitaire innée et adaptative. Ainsi une « sensibilisation » des cellules de l'immunité innée est observée avec une moindre réponse cytokinique en cas d'activation de ces cellules. L'objectif de notre étude était d'étudier l'évolution de la TB chez des sujets alcoolo-dépendants au cours des 6 premières semaines de sevrage.

Patients et méthodes

Il s'agissait d'une étude prospective menée d'avril 2015 à mars 2016. Les critères d'inclusion étaient d'être majeur, hospitalisé pour un sevrage en alcool durant 6 semaines, d'avoir un trouble de l'usage d'alcool (2 critères du DSM V depuis au moins 12 mois) et d'accepter le principe de l'étude. Les critères d'exclusion étaient d'avoir une séropositivité connue pour le VIH, une maladie inflammatoire connue ou un traitement immunosuppresseur ou modulateur. Trois marqueurs sériques de la TB étaient étudiés : l'ADN ribosomal 16s (PCR en temps réel), le Lipopolysaccharide-Binding Protein (LBP) et le CD14 soluble (techniques ELISA). Les prélèvements sanguins étaient effectués à jeun le premier jour du sevrage (non sevrés= J0) après 4 semaines puis 6 semaines de sevrage (S4, S6). Les résultats étaient comparés à une population contrôle composée de 83 donneurs de sang. Les donneurs de sang répondent à un questionnaire de santé qui permet d'éliminer une pathologie chronique infectieuse ou inflammatoire ainsi qu'une pathologie aigue récente. A J0 des données socio-démographiques, biologiques et addictologiques étaient recueillies chez les patients.

Résultats

A J0, les 3 marqueurs de la TB étaient plus élevées chez les patients (p<0.001) que dans la population contrôle. Durant les 6 premières semaines de sevrage les taux de LBP (p=0.04) et CD14s (p=0.001) diminuaient de façon significative sans pour autant revenir aux taux observés dans la population contrôle. La consommation de cannabis le mois précèdant le sevrage en alcool influençait la TB avec notamment une plus importante décroissance de celle-ci au cours du sevrage en alcool et en cannabis.

Conclusion

Les sujets consommateurs chroniques d'alcool ont une TB plus importante que la population générale. Cette TB diminue au cours du sevrage en alcool. D'autres produits-psycho-actifs comme le cannabis influencent la cinétique des marqueurs de la TB. Un délai de 6 semaines de sevrage n'est toutefois pas suffisant pour revenir à une TB physiologique. Une étude plus longue de la cinétique des marqueurs de la TB semble importante à mener afin de définir un temps nécessaire de sevrage avant une chirurgie programmée par exemple.