JFHOD

P2 - Facteurs de minéralisation osseuse au diagnostic de la maladie cœliaque

Ravaux Agathe, Malamut Georgia, Escudié Jean-Baptiste, Pouchot Jacques, Khater Sherine, Jannot Anne-Sophie, Burgun Anita, Cellier Christophe

Introduction

Une déminéralisation osseuse est fréquente au diagnostic de la maladie cœliaque. Elle peut révéler la maladie et impacte le pronostic par le risque de fractures. L’identification précise des facteurs prédictifs de perte osseuse densitométrique  au diagnostic peut contribuer, en plus du régime sans gluten, à la correction de la déminéralisation osseuse. Le but de l'étude était d'identifier les facteurs prédictifs de déminéralisation osseuse avant l'instauration du régime sans gluten.

Patients et Méthodes

Les dossiers de 656 patients suivis à l’Hôpital européen Georges Pompidou [2000-2015] pour maladie cœliaque ont été revus rétrospectivement. Les dossiers des patients avec formes réfractaires (sprues réfractaires, lymphomes) et/ou sans résultat d’ostéodensitométrie osseuse disponibles avant l’instauration du régime sans gluten ont été exclus. Les données d’ostéodensitométrie osseuse (T-scores au niveau du col fémoral, rachis et avant-bras et Z-scores au niveau du col fémoral et du rachis) réalisée avant le régime sans gluten (en acceptant une marge d’erreur de 6 mois) étaient disponibles pour 382 patients cœliaques. Les différents facteurs ont été étudiés de façon rétrospective : âge au diagnostic de maladie cœliaque, consommation tabagique active, indice de masse corporelle (IMC), sévérité de l’atrophie villositaire, calcémie corrigée, taux de vitamine D et maladies auto-immunes associées. Les tests non paramétrique de Mann-Whitney, de Chi-2 et exact de Fisher ont été utilisés pour les études statistiques.

Résultats

L’âge médian des 382 patients au diagnostic de maladie cœliaque était de 28 ans [4,9, 41,7] avec une nette prédominance féminine [300 F/82 H]. L’atrophie villositaire intestinale était, au diagnostic, de type sévère (subtotale à totale) chez 60% des patients et partielle chez 40% d’entre eux. L’IMC médian était 21,3 et 19,4% des patients présentaient une maladie auto-immune associée principalement une thyroïdite auto-immune . Une hypocalcémie était notée chez 21,2% des patients et une carence en vitamine D chez 3,4% d’entre eux. Enfin 15,4% des patients étaient fumeurs au diagnostic. L’âge médian au moment de la première ostéodensitométrie osseuse était de 36 ans [26,6, 46,4]. Une ostéopénie (entre ≤-1 DS et ≥-2,5 DS sur au moins un des sites explorés) était retrouvée chez 48% des patients et une ostéoporose (≤-2,5 DS) chez 13% d’entre eux. Les valeurs médianes du T-score était de -0,6 au niveau du col fémoral, -0,8 au niveau du rachis lombaire et -0,2 au niveau de l’avant-bras. Les valeurs médianes du Z-score étaient de 0 au niveau du col fémoral et de -1 au niveau du rachis lombaire. Les hommes avaient plus fréquemment une ostéopénie (65% vs 43% ; p<0,001) et une ostéoporose (21% vs 11% p<0.02) densitométrique que les femmes en particulier au niveau du rachis lombaire et de l’avant-bras. L’IMC était plus faible chez les patients avec ostéopénie (20,9 vs 21,8 ; p=0,025). Les patients avec ostéopénie avaient plus fréquemment une carence en vitamine D (2,6% vs 0,7% ; p=0,033). Il existait également une calcémie corrigée plus faible chez les patients avec ostéoporose fémorale que chez les patients sans ostéoporose (2,2 vs 2,3 mmol/L ; p=0,017). A noter que la calcémie corrigée était significativement corrélée à l’âge au moment de l’ostéodensitométrie : âge médian de 40 ans chez les patients avec hypocalcémie vs 34 ans chez les patients sans hypocalcémie (p=0,001). La sévérité de l’atrophie villositaire intestinale, la présence de maladie auto-immune ou de thyroïdite associées ainsi que le tabagisme n’avaient pas d’impact significatif sur la minéralisation osseuse au diagnostic.

Conclusion

L’étude de la cohorte de patients cœliaques non compliqués montre qu’avant l’instauration du régime sans gluten une ostéopénie (sur au moins un des sites explorés) est retrouvée chez 48% des patients et une ostéoporose chez 13% d’entre eux. La déminéralisation osseuse est plus fréquente chez les hommes, chez les patients de faible IMC, avec hypocalcémie et carence en vitamine D.