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P22 - Le dynamomètre et la mesure du pli tricipital permettent d'évaluer facilement et rapidement l'état nutritionnel de nos patients cirrhotiques !

Ehrhard Florent, Schreck Claire

Introduction

La dénutrition est fréquente chez le patient cirrhotique et augmente fortement sa morbimortalité. Cependant, son évaluation est difficile dans ce contexte surtout en cas de décompensation (marqueurs biologiques non fiables du fait de l'insuffisance hépatocellulaire, surcharge hydrosodée biaisant certaines mesures anthropométriques). L'évaluation de la masse grasse par mesure du pli tricipital et de la masse musculaire avec un dynamomètre sont des outils faciles d'utilisation mais peu évalués dans cette indication.

Patients et méthodes

Tous les patients atteints d'une cirrhose, décompensée ou non, hospitalisés entre mai et septembre 2016 dans notre service ont été inclus consécutivement. Etaient exclus ceux qui étaient porteurs d'un carcinome hépatocellulaire et/ou d'une affection engageant le pronostic vital à court terme. A leur arrivée, une évaluation nutritionnelle complète était réalisée : bilan biologique (albumine, préalbumine), évaluation nutritionnelle par une diététicienne et mesures anthropométriques (poids, taille, BMI, mesure du pli tricipital et mesure de la force musculaire avec un dynamomètre). La fonction hépatique était évaluée par la mesure des scores de Child Pugh et MELD. Les patients étaient ensuite suivis prospectivement.

Résultats

Dix-sept patients ont pu être inclus : 13 hommes et 4 femmes avec un âge moyen de 62,9 +/- 14,4 ans. Il s'agissait d'une cirrhose éthylique pure dans 64,7% des cas, métabolique dans 11,8% des cas et mixte dans 23,5% des cas (70,6% de nos patients consommaient de l'alcool de façon active). Un patient était classé Child Pugh A, 6 Child Pugh B et 10 Child Pugh C. Le score de MELD moyen était de 18,9 +/- 5,7. Au terme du suivi qui était en médiane de 2,5 mois (0,5-5), 3 patients étaient décédés. Les apports caloriques moyens dans cette population étaient de 1470 +/- 595 Kcal/j. Ils étaient jugés insuffisants chez 97% de nos patients. Malgré tout, seulement 1 patient a reçu une alimentation entérale via une sonde nasogastrique et 7 patients ont reçu des compléments nutritionnels oraux. Le poids moyen de nos patients étaient de 82,5 +/- 17,6 kg pour un IMC moyen de 27,9 +/- 6,1. Dix patients avaient un IMC > 25, 6 un IMC compris entre 20 et 25, et un < 20. Le pli tricipital moyen de nos patients hommes étaient de 11,6 +/- 8,2 cm (61,5% d'entre eux avaient un pli < 10 cm). Il était de 22,3 +/- 16,6 cm chez nos patientes avec une seule patiente < 17 cm soit un taux total de 52,9% de nos patients avec des valeurs de masse grasse basses. La force musculaire des hommes à l'inclusion étaient en médiane de 34 kg (extrêmes, 10-49) contre 16 kg pour les femmes (extrêmes, 13-17) (p< 0,05). Les 13 patients hommes ont ensuite étaient séparés en 2 groupes selon cette médiane. Les patients avec une force musculaire basse avaient un âge plus important (73,5 ans vs 53,1, p=0,01), un score de Child Pugh plus important (10 vs 9, p=0,44), un score de MELD plus élevé (21,3 vs 16,9, p=0 ,23), une albumine plus basse (28,2 vs 32,3, p=0,38), une durée d'hospitalisation plus longue (12,5 jours vs 10, p=0,52), sans obtenir la significativité du fait de notre faible effectif. Les 2 patients décédés avaient une force musculaire basse (<34 kg). On notera que les décès sont survenus 0.5, 2 et 3 mois après l'inclusion. Les 3 patients décédés avaient, lors de l'inclusion, un pli tricipital plus bas (10,3 vs 14,9 cm, p=0,53), une force musculaire plus basse (18,9 vs 27,8 kg, p=0,21) et bien évidemment un score de Child Pugh plus élevé (11,3 vs 9,5, p=0,18) et un score de MELD plus élevé (22,7 vs 18,1, p=0,21).

Conclusion

La dénutrition est un problème fréquent chez le patient cirrhotique. La mesure du pli tricipital et la mesure de la force musculaire avec un dynanomètre sont des outils faciles qui permettent d'apprécier en quelques minutes l'état nutritionnel de nos patients et, a priori, de sélectionner ceux qui ont un plus mauvais pronostic. Un support nutritionnel adapté doit ensuite être mis en place dans cette population qui n'est pas encore prise en charge de façon optimale d'un point de vue nutritionnel.