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P12 - Pathologies auto-immunes associées à la maladie cœliaque : prévalence et aspects diagnostiques

Tagzout Dalila, Tebaibia Amar, Oumnia Nadia, Benfenatki Nacira

Introduction

La maladie cœliaque (MC) est une entéropathie auto-immune induite par le gluten chez des sujets génétiquement prédisposés. Plusieurs  désordres dysimmunitaires ont été décrits en association à cette affection, suggérant un terrain immunogénétique commun avec la MC. Le but de ce travail était de préciser la prévalence des maladies auto-immunes (MAI) au cours de la MC et de discuter les particularités cliniques, thérapeutiques et évolutives de cette association.

Patients et Méthodes

Etude prospective multicentrique, réalisée au niveau de 3 centres, déroulée entre 01-2013 et  12-2014 ayant colligé 154 patients adultes cœliaques dont 112 de sexe féminin (72,7%). La durée minimale du suivi était de 12 mois. Le diagnostic de MC a été porté sur des éléments cliniques, sérologiques, et histologiques.  Le diagnostic de MAI associée a été retenu sur des arguments cliniques, paracliniques et après les résultats d’examens spécifiques. Toute MAI diagnostiquée avant ou au cours de l’étude a été noté, et les patients concernés par l’association ont été particulièrement évalués.  

Résultats

Parmi les 154 cœliaques inclus, 20,8% (n=32) présentaient au moins une MAI associée à la MC. En effet, 4 patients présentaient un syndrome auto-immun multiple associant MC et respectivement :

  • DT1, sclérodermie systémique chez une patiente de 38 ans;
  • DT1, psoriasis chez un patient de 61 ans;
  • HAI, syndrome de Sjögren chez une patiente de 47 ans;
  • TAI, anémie de Biermer chez une patiente de 56 ans.

La prévalence de MAI au cours de la MC est évaluée à 23,4% (n=36) (toute MAI confondue). L’étude des 32 patients (12H-20F), concernés par l’association MC-MAI, retrouvait un âge moyen lors du recrutement de 36,9 ans (âges extrêmes : 16 ans- 83 ans) et permettait de répertorier 11 pathologies auto-immunes associées à la MC. La prévalence de chaque pathologie était par ordre décroissant : 6,5% (n=10) de diabète type 1 (DT1), 4,5% (n=7) d’anémie de Biermer, 3,8% (n=6) de thyroïdite auto-immune (TAI), 2,5% (n=4) d’hépatite auto-immune (HAI), 1,9% de sclérodermie systémique (n=3). Un seul cas (0,7%) de respectivement : dermatite herpétiforme, arthrite chronique juvénile, syndrome de Sjögren, maladie de Crohn, psoriasis et anémie hémolytique auto-immune.

L’âge moyen lors du diagnostic de la MAI associée était de (29,5 ± 16,5) ans (âges extrêmes : 6 ans - 81 ans). Le diagnostic de la MAI associée a précédé celui de la MC dans 55,6% des cas (n=20) avec un délai moyen de 10,8 ans, était contemporain dans 25% (n=9) des cas et a suivis le diagnostic de MC dans 19,4% des cas (n=7) avec un délai moyen estimé à 6,8 ans. Chez tous nos patients,  un traitement spécifique de la pathologie auto-immune a été associé au régime sans gluten (RSG).  Dans tous les cas, le  RSG  avait un bénéfice significatif, en particulier en cas de DT1 permettant un meilleur équilibre glycémique, de colite inflammatoire et de maladie de Biermer permettant la correction du syndrome anémique et du syndrome carentiel, et en cas de dermatite herpétiforme permettant la régression totale des lésions cutanées.  

Conclusion

L’association de la MC à certaines pathologies auto-immunes n'apparaît pas être fortuite. Il est donc nécessaire de rechercher devant le diagnostic de MC, la présence d’autres MAI, et de penser à la MC devant toute MAI. Seul un diagnostic précoce et une prise en charge multidisciplinaire pourraient aider à améliorer le pronostic de ces associations.