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P16 - Quelles sont les particularités de l’ischémie mésentérique aiguë survenant avant 40 ans ?

Nuzzo Alexandre, Plessier Aurélie, de Raucourt Emmanuelle, Boudaoud Larbi, Rautou Pierre-Emmanuel, Maggiori Léon, Levi Cristina, Treton Xavier, Joly Francisca, Bouhnik Yoram, Corcos Olivier

Introduction

L'ischémie mésentérique aiguë (IMA) est une cause de douleur abdominale aiguë d'incidence croissante, classiquement décrite chez la personne âgée et/ou à risque vasculaire. Bien que rapportée chez des patients plus jeunes, les causes de l'IMA dans cette population sont mal connues et peuvent conduire à une méconnaissance et un retard diagnostiques.

Patients et Méthodes

Dans une étude rétrospective de cohorte nous avons inclus tous les patients consécutifs atteints d’IMA de 18 à 40 ans, suivis dans notre centre entre 2006 et 2015 et vivants après 3 mois. Les données épidémiologiques, anamnestiques, cliniques, biologiques et thérapeutiques étaient recueillies prospectivement. Une analyse uni-variée a comparé ces données en fonction des 2 principales causes de l'IMA, artérielle et veineuse. Les patients étaient suivis jusqu'au décès ou la date des dernières nouvelles.

Résultats

52 patients, d’âge moyen 32 ans, dont 24 femmes, ont été inclus. L’origine de l’IMA était occlusive artérielle, veineuse et non-occlusive dans respectivement 31 (60%), 16 (31%) et 5 (9%) cas. Le diagnostic était réalisé par scanner ou lors d'une laparotomie exploratrice dans la moitié des cas chacun. Une résection de nécrose intestinale était nécessaire dans 42 (81%) cas, dans le contexte d'une péritonite et/ou une multi-défaillance d'organe dans 29 (56%) et 27 (52%) cas. Après un suivi moyen de 63 (3-428) mois, la survie globale de cette population était de 96%. Au moment de l’IMA un antécédent cardio-vasculaire ou thromboembolique était connu dans 10 (19%) cas. Une maladie vasculaire était finalement mise en évidence dans 11 (21%) des cas (6 vascularites dont 2 radiques, 3 athéromatoses, 2 dissections). Un facteur de thrombophillie était retrouvé chez 41 (79%) patients [déficits en protéine C (21%), antithrombine III (19%), protéine S (17%), anti-phospholipides (17%), mutation du facteur V leiden (10%) principalement]. Un facteur de risque cardiovasculaire était cependant retrouvé dans 30 (58%) cas [tabagisme principalement (52%), HTA (10%), diabète (8%), dyslipidémie (2%)]. L'analyse des facteurs favorisant les IMA artérielles retrouvait, en comparaison avec les IMA veineuses, significativement plus de lésions vasculaires traumatiques ou chirurgicales (16% vs 0%; p=0.02), un contexte de grossesse/post-partum (50% vs 14%; p=0.09), une consommation de cocaïne (9.7% vs 0%; p=0.08). Parmi les IMA veineuses étaient retrouvés significativement plus de surpoids (50% vs 16%, p=0.02), obésité (38% vs 6%, p=0.01) et traitements oestro-progestatifs (71% vs 7%, p=0.01). Il n'existait pas de différence significative entre IMA artérielle et veineuse concernant les facteurs de risque cardiovasculaire et de thrombophillie.

Discussion

L'IMA des patients < 40 ans est principalement liée à un facteur thrombophillique, quelqu'en soit l'origine artérielle ou veineuse et non pas à une cause athéromateuse comme habituellement décrit dans les ischémies intestinales. Parmi les facteurs favorisants, les traumatismes vasculaires, la grossesse et la cocaïne sont plus fréquemment retrouvés dans l'IMA artérielle. Le surpoids/obésité et les traitements oestro-progestatifs étaient plus fréquents dans les IMA veineuses. Chez les survivants après 3 mois recevant une prévention secondaire, le pronostic à long terme est très favorable.

Conclusion

L'IMA est une urgence médico-chirurgicale qui doit être évoquée y compris chez des sujets jeunes ne présentant pas d’antécédent ou facteur de risque cardiovasculaire. Les facteurs de thrombophilie et toxiques doivent être systématiquement recherchés, notamment dans les formes artérielles.