L’eluxadoline : un nouveau traitement pour le syndrome de l’intestin irritable à forme diarrhéique
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Domaine concerné :
Thérapeutique
Degré d’innovation :
Important
Avancement :
Recherche clinique
Impact soin :
Moyen
arrivée dans la pratique :
Futur proche
 
 
rédacteur :
Professeur Philippe Ducrotté
 
 
02/05/2016
 
  Sujet :  
 
  L’eluxadoline : un nouveau traitement pour le syndrome de l’intestin irritable à forme diarrhéique  
 
 

La prise en charge du syndrome de l’intestin irritable avec diarrhée (SII-D) n’a pas été modifiée de façon récente. Les anti-diarrhéiques classiques (type lopéramide), les antispasmodiques, la colestyramine, éventuellement de faibles doses d’antidépresseurs sont les options thérapeutiques actuelles pour calmer les douleurs et les besoins exonérateurs répétés et souvent impérieux ; leur efficacité est inconstante. Du fait de l’implication des récepteurs sérotoninergiques dans la physiopathologie des symptômes, l’essai des antagonistes des récepteurs de type 3 a pu sembler une voie thérapeutique d’avenir avant que la prescription de ce type de médicaments soit interrompue ou très strictement réglementée (comme aux Etats-Unis) en raison de la survenue de colites ischémiques. Le recours à des médicaments agissant sur les récepteurs opioïdes digestifs est une nouvelle solution, du fait de l’implication de ces récepteurs dans la douleur viscérale et la sécrétion hydro-électrolytique intestinale.

Cette étude collige les résultats de 2 études randomisées (IBS-3001 et IBS-3002) concernant un total de 2427 patients recrutés aux USA, au Canada et au Royaume-Uni, chez qui les résultats de 2 doses (75 mg et 100 mg) d’eluxadoline (qui est à la fois un agoniste des récepteurs m et k et un antagoniste des récepteurs d à action périphérique et peu absorbé) ont été comparés à ceux obtenus par un placebo.  La différence entre les 2 études contrôlées résidait dans la durée du traitement, 52 semaines pour IBS-3001, 26 seulement pour IBS-3002. Le critère de jugement principal a tenu compte des exigences des agences américaine (FDA) et européenne (EMEA). Il était, comme le recommandent ces différentes autorités, un critère composite prenant en compte à la fois l’amélioration de la douleur abdominale et de la diarrhée. Pour que le malade soit considéré comme répondeur, ces 2 symptômes devaient s’améliorer le même jour de plus de 30 % pendant au moins 50 % de la période de traitement. Pour les autorités des USA, l’évaluation était faite sur les 12 premières semaines de traitement. Elle avait lieu sur les 26 premières semaines pour l’EMEA. Dès la 1ere semaine de traitement, l’éluxadoline, pour chacune des 2 doses, a fait mieux que le placebo, avec un effet dose dépendant, plus net avec 100 que 75 mg. Nausées et constipation ont été un peu plus fréquentes que sous placebo avec les 2 doses. Cinq cas de pancréatite bénigne (0.3 %) ont été observés avec l’eluxadoline.

 
 
Commentaires
 
 

Ces résultats sont prometteurs et ouvrent une nouvelle stratégie thérapeutique dans le syndrome de l’intestin irritable avec diarrhée avec l’arrivée d’un médicament qui est efficace à la fois sur la douleur et la diarrhée, les deux plaintes amenant les malades à consulter. Les taux de malades répondant au critère de jugement principal sont plus faibles que dans les essais précédemment publiés, notamment avec les antagonistes des récepteurs 5-HT3 (alosétron) : 23.9 % et 25.1 % dans l’essai 3001 avec 75 mg et 100 mg, 30.4 % et 32. 7 % dans l’essai 3002. Ceci n’est pas surprenant puisque le critère retenu dans ces 2 essais avec l’eluxadoline était plus strict que dans les essais précédents. Le caractère exigeant de ce critère explique aussi le faible effet du placebo, respectivement 17 et 20 %, alors que les répondeurs au placebo sont habituellement aux alentours de 35 à 40 %. La seconde grande conclusion de ces études est que le bénéfice de l’eluxadoline apparait dès la 1ere semaine de traitement et qu’il se maintient dans le temps.

La question que soulève l’introduction de tout nouveau traitement des troubles fonctionnels digestifs est la sécurité d’utilisation de ce médicament. La classe thérapeutique de  l’eluxadoline expose, au moins théoriquement, à la survenue de spasmes du sphincter d’Oddi susceptibles de provoquer une pancréatite aiguë. Cinq cas de pancréatite ont été recensés. Les auteurs de l’article précisent bien qu’aucun de ces cas n’a été considéré comme imputable au traitement.

En résumé, une nouvelle option thérapeutique prometteuse dans le SII-D. Espérons pour les malades que la disponibilité de ce médicament ne sera pas trop retardée pour des raisons de coût…

 
 
  Références :  
 
Titre :   L’eluxadoline : un nouveau traitement pour le syndrome de l’intestin irritable à forme diarrhéique
Titre original :   Eluxadoline for irritable bowel syndrome with diarrhea.
Auteurs :   Lembo AJ et al.
Source :   Article
Revue :   New England Journal of Medicine
Références biblio. :   N Engl J Med 2016; 374 : 242-53
 
     
     
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