Première ligne thérapeutique pour cancer colorectal métastatique KRAS non mutés : cetuximab ou bevacizumab troisième round : les résultats de l’étude CALGB/SWOG 80405
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Domaine concerné :
Thérapeutique
Degré d’innovation :
Moyen
Avancement :
Recherche clinique
Impact patient :
Impact soin :
Important
Intérêt :
arrivée dans la pratique :
Confirmation
 
 
rédacteur :
Docteur Roger FAROUX
enthousiasme :
 
 
06/10/2017
 
  Sujet :  
 
  Première ligne thérapeutique pour cancer colorectal métastatique KRAS non mutés : cetuximab ou bevacizumab troisième round : les résultats de l’étude CALGB/SWOG 80405  
 
 

L’étude américaine CALGB/SWOG 80405, déjà largement communiquée est le plus grand essai de phase III publié confrontant le cetuximab ou le bevacizumab associé à un doublet de chimiothérapie en première ligne du cancer colorectal métastatique (CCR M+) non muté pour KRAS.

Elle a comparé en première ligne 1137 patients, atteints de cancer colorectaux métastatiques ou localement avancés, randomisés entre chimiothérapie + cetuximab (n=578) ou chimiothérapie + bevacizumab (n= 559), la chimiothérapie Folfox ou Folfiri étant laissée au choix de l’investigateur. Un amendement restreignait les inclusions aux patients avec tumeurs non mutées pour KRAS (codons 12 et 13). Un troisième bras avec l’association cetuximab+bevacizumab + chimiothérapie était fermé prématurément. 

L’objectif principal était la survie globale en intention de traiter, les critères secondaires les taux de réponse et la survie sans progression. A progression tumorale les investigateurs étaient libres du choix des lignes ultérieures de traitement.

Les résultats ne montrent pas de différence sur l’objectif principal (SG 30 mois dans le groupe cetuximab et 29 mois dans le groupe bevacizumab : HR, 0,88 ; p=0.08). La survie sans progression est identique dans les deux groupes 10,5 m vs 10,6 m HR,0,95 ;p= 0.45. Il n’y a pas de différence en taux de réponse (59,6% vs 55,2% p = 0.13).

Dans une analyse postHoc, la limitation aux patients non mutés pour RAS ne changeait pas les résultats.

La toxicité était conforme aux données habituelles de la littérature. 12% des patients étaient mis en rémission complète après combinaison chimiothérapie-chirurgie et présentaient de longue survies 62,2 mois (IC95% : 49,4 mois-non atteinte) pour le bras bevacizumab et 64,7 (IC95% : 51,6mois-non atteinte) pour le bras cetuximab.

 
 
Commentaires
 
 

A la différence des études PEAK et FIRE 3 qui retrouvaient un avantage aux anti EGF-r (panitumumab et cetuximab) en termes de survie globale (alors que la SG n’était pas l’objectif principal de ces deux études…), cette étude renvoie dos à dos les deux biothérapies sur la SG, la SSP et le taux de réponse.

On peut cependant retenir que :

Dans cette étude américaine, la chimiothérapie était très majoritairement du FOLFOX (73%) et que les lignes ultérieures ne sont pas connues.

S’il n’y avait pas d’étude du caractère prédictif selon la localisation anatomique, on notera que dans l’étude CALGB/SWOG 80405, 33% des tumeurs étaient situées à droite contre 22% seulement dans FIRE- 3, pouvant expliquer en partie ces résultats discordants. Depuis, Venook et al ont communiqué une analyse rétrospective, à partir de CALGB/SWOG80405 en faveur d’une meilleure efficacité de l’association chimiothérapie-cetuximab pour les tumeurs KRAS wt du colon gauche et de l’association chimiothérapie-bevacizumab pour les tumeurs KRAS wt du côlon droit.

Les courbes de survies, proches de 30 mois dans les deux groupes, sont encourageantes, sans doute en partie parce que les patients ont pu recevoir successivement les deux biothérapies, que 12% des patients ont pu être réséqués à visée curative et que certains patients ont pu bénéficier d’un accès  à des traitements innovants dans le cadre d’essais thérapeutiques en troisième ligne ou plus. 

Au total, cette étude met à égalité cetuximab et bevacizumab en première ligne des CCRM+ KRAS wt. 

La question un peu simpliste de savoir quelle est la meilleure association en première ligne pour traiter un cancer colorectal métastatique non muté RAS ne trouve à nouveau pas de réponse dans cette étude. Le problème posé devra plutôt être la recherche des critères les plus pertinents, anatomiques ou moléculaires, pour orienter les sous-groupes de patients vers l’une ou l’autre des biothérapies en première ligne en tenant également compte du profil de toxicité recherché et de la possibilité d’amener ou pas les patients à une résection complète secondaire.

 
 
  Références :  
 
Titre :   Première ligne thérapeutique pour cancer colorectal métastatique KRAS non mutés : cetuximab ou bevacizumab troisième round : les résultats de l’étude CALGB/SWOG 80405
Titre original :   Effect of First-Line Chemotherapy Combined With Cetuximab or Bevacizumab on Overall Survival in Patients With KRAS Wild-Type Advanced or Metastatic Colorectal Cancer: A Randomized Clinical Trial
Auteurs :   Venook AP, Niedzwiecki D, Lenz HJ, Innocenti F, Fruth B, Meyerhardt JA, Schrag D, Greene C, O'Neil BH, Atkins JN, Berry S, Polite BN, O'Reilly EM, Goldberg RM, Hochster HS, Schilsky RL, Bertagnolli MM, El-Khoueiry AB, Watson P, Benson AB 3rd, Mulkerin DL, Mayer RJ, Blanke C
Source :   Article
Revue :   JAMA
Références biblio. :   JAMA. 2017 Jun 20 ;317(23):2392-2401
 
     
     
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