JFHOD

CO.79 - ALDOCCR : jusqu’à quel âge proposer le dépistage du cancer colorectal par recherche d’un saignement occulte dans les selles ? Analyse d’une cohorte dans une population bien définie

S. Manfredi, E. Tardieu, V. Cottet, J. Faivre

Introduction

La population française vieillit, on estime qu’en 2020 les individus de plus de 75 ans représenteront 10% de la population. L’espérance de vie des individus ayant atteint 75 ans ou plus n’a cessé de s’améliorer au cours du temps : 12 ans pour les individus de 75 ans et 8 ans pour ceux de 80 ans. Près de 50% des cancers colorectaux (CCR) surviennent après 75 ans. La question de la poursuite du dépistage au-delà de 75 ans est souvent posée. Aucune étude de population concernant la population âgée n’est disponible et l’on ne peut donc pas définir précisément l’âge limite au-delà duquel le dépistage n’est plus justifié.

La cohorte bourguignonne est la seule ayant concernée une population âgée. Les données collectées permettent de déterminer la participation au dépistage après 75 ans, le taux de positivité du test et l’effet du dépistage sur la mortalité et l’incidence du CCR en fonction de l’âge.

Patients et Methodes

La cohorte bourguignonne de dépistage du CCR a été créée en 1988. La cohorte de sujets âgés est composée de 4268 personnes, nées entre 1914 et 1918 résidant dans 12 cantons de Saône et Loire. Un test de dépistage par la recherche d’un saignement occulte dans les selles (Hémoccult®) était proposé jusqu’en 2002, puis une simple surveillance jusqu’en 2009. Pour les individus initialement âgés de 70 - 74 ans lors de l’étude pilote (1988), l’invitation au dépistage a été prolongée jusqu’à 82 - 86 ans. Nous pouvons ainsi déterminer le taux de participation et le taux de positivité du test dans cette population.

La population étudiée est couverte par le registre bourguignon des cancers digestifs et la structure de gestion du dépistage de Saône et Loire. Ces 2 structures ont recueilli les données nécessaires à la réalisation de cette étude, dans la population incluse dans le programme de dépistage et dans la population témoin (cantons non inclus dans le programme de dépistage).

Le nombre de personnes-années, nécessaire pour calculer le ratio d’incidence ou de mortalité standardisé, sera calculé par sexe et par périodes de 5 ans. Le nombre de décès ou le nombre de cas attendus dans la cohorte sera calculé en multipliant le taux de mortalité ou d’incidence spécifique dans la population de Saône et Loire par le nombre de personnes-années. Le ratio du nombre de décès ou de cas incidents observés et du nombre de décès ou de nouveaux cas attendus permettra de déterminer le ratio de mortalité (SMR) ou d’incidence standardisé (SIR).

Cette étude permet de déterminer, sur des données de population, jusqu’à quel âge il est licite de proposer le dépistage de masse organisé du CCR.

Résultats

Le taux de participation est resté supérieur à 40% (47% à 43%) lors des 3ères campagnes puis était inférieur à 40% lors des 4 suivantes (39% à 20%), sans différence entre les hommes et les femmes. Le taux de participation décroit avec l’âge des patients, il reste supérieur à 40% jusqu’à 78 ans, supérieur à 30% jusqu’à 80 ans. Le taux de positivité du test varie de 1,7% à 3,0% suivant les campagnes, il variait de 1,9% à 3,1% chez l’homme (moy:2,6%) et de 1,2% à 3,0% chez la femme (moy:1,8%), sans différence significative. L’incidence des cancers était en 1998 (pendant la campagne de dépistage) de 2,3% pour les non participants et de 3,3% pour les participants (p=0,06) ; elle était en 2009 (7 ans après la dernière campagne de 3,3% et 4,8% respectivement (p=0,014). Les stades de cancer étaient significativement moins avancés dans la population participante (stades I+II : 56,6%, stades III : 14,8%, stades IV : 28,7%), que dans la population non participante (stades I+II : 39,3%, stades III : 26,8%, stades IV : 33,9%). Cette différence ne variait pas selon que les individus avaient participé à 3 campagnes ou moins et ou qu'ils avaient participé à plus de 3 campagnes. Les ratios d’incidence et de mortalité standardisés seront calculés et disponibles pour les JFHOD.

Discussion

Conclusion

Les indicateurs d’efficience du dépistage de masse du CCR restent bons au delà de 75 ans. Ces résultats, dans une population pilote, sont en faveur de l’extension à 78-80 ans de l’âge limite du dépistage de masse du CCR.

Remerciements

PRIX PIERRE DURAND & MARIE-THERESE CHEVALIER 2017