JFHOD

CO.147 - Analyse des modalités de surveillance appliquées aux cancers colorectaux superficiels (pT1) diagnostiqués dans le cadre du dépistage organisé

T. Grainville, J.F. Bretagne, C. Piette, C. Rousseau, M. Bordet, M. Cosson, A. Lièvre

Introduction

Les modalités de surveillance des patients traités pour un cancer colorectal (CCR) ont varié au cours du temps. Initialement, les recommandations  valables a priori pour tous les cas de CCR, prônaient la réalisation régulière d'un examen clinique, d'une coloscopie, d'une échographie abdominale (US) et/ou d'un scanner thoraco-abdominal (CT scan). Néanmoins, un doute subsistait sur l'intérêt d'appliquer ces modalités de surveillance à des patients traités pour un CCR superficiel. Aussi, le but de cette étude rétrospective a été d'analyser quelles avaient été les modalités de surveillance appliquées dans une cohorte de patients avec CCR pT1 diagnostiqué dans le cadre du dépistage organisé du CCR.

Patients et Methodes

Les données des 207 patients atteints d'un CCR pT1 diagnostiqué dans un département entre 2003 et 2015, par coloscopie après un test fécal positif (Hemoccult dans la majorité des cas), ont été analysées. Les modalités de surveillance appliquées à chaque patient après traitement endoscopique et/ou chirurgical du CCR et leurs résultats ont été analysés pour l'ensemble de la cohorte : la consultation avec le gastroentérologue, la coloscopie, US et CT scan. 

Résultats

La cohorte était composée de 135 hommes et 72 femmes, d'âge médian égal à 64,4 ans. Parmi les 207 patients, 126 furent traités d'emblée par une résection endoscopique (RE) et 81 par une résection chirurgicale (RC). In fine, 163 patients (78,7%) furent opérés, 2/3 des patients traités par RE ayant été secondairement opérés. La durée moyenne du suivi était de 6,7 ± 3,9 ans. Un décès était survenu dans 36 cas, dont 5 cas en lien avec le cancer. Une récidive fut observée dans 11 cas, après un délai moyen de 3,5 ± 3,5 ans. La récidive était locale dans 4 cas et métastatique dans 7 cas. Dans 198 cas (95,7%), au moins une consultation médicale avait eu lieu chez le gastroentérologue après un délai moyen de 15,3 ± 13,7 mois pour la première consultation. Parmi les 198 patients ayant consulté, 196 (99%) eurent au moins une coloscopie, et le nombre de coloscopies effectuées au cours du suivi était en moyenne de 2,7 ± 1,4. Le délai entre le traitement du CCR et la première coloscopie était en moyenne de 15 mois. La 1ère coloscopie de surveillance a permis de diagnostiquer un adénome avec DBG chez 48 patients, un adénome avec DHG chez 6 patients, un adénome festonné avec DBG chez un patient et un cas de cancer métachrone Tis. La coloscopie a permis de diagnostiquer une récidive locale du CCR dans 4 cas. Au moins une US fut réalisée chez 128 patients (64,6%) et le nombre d'examens par patient était en moyenne de 6,7 ± 4,6. Un seul examen fut réalisé chez 17 patients. Un suivi US régulier (au moins la moitié de la durée de suivi et du nombre d'examens recommandés a été effectuée) était observé chez 89 patients, avec un délai moyen entre 2 examens de 9,7 ± 5,3 mois pendant les 5 années suivant le traitement du CCR. Le suivi US systématique a permis de diagnostiquer dans un cas des métastases hépatiques. Les facteurs associés significativement à un suivi US régulier étaient pour l'ensemble de la cohorte le traitement initial du cancer par chirurgie (d'emblée ou secondaire) versus résection endoscopique (OR=8,40; IC 95% [3,14 ; 22;49], p<0,001), et parmi les malades opérés l'existence d'un envahissement ganglionnaire (OR=4,60, IC 95% [1,25 ; 16,88], p=0,02). Un CT scan fut réalisé chez 59 patients (29,8%), avec un seul examen chez 19 patients et un nombre moyen d'examens de 2,9 ± 2,2. Le suivi systématique par CT scan a permis de diagnostiquer dans un cas des métastases pulmonaires. Les 5 autres cas de récidive métastatique furent diagnostiqués lors d'examens, CT scan ou PET scan, justifiés par la présence de symptômes (2 cas) ou d'une élévation du taux sérique d'ACE (3 cas). 

Discussion

Conclusion

Cette étude de population suivie entre 2003 et 2015 pour un CCR superficiel (pT1) dépisté dans le cadre du programme national de dépistage organisé, démontre une hétérogénéité des modalités de la surveillance après traitement initial du CCR. Le délai de réalisation de la première coloscopie (15 mois) est plus court que celui recommandé en France (3 ans), mais voisin de celui prôné dans les recommandations Nord-américaines (1 an). Un suivi US régulier recommandé a priori pour tous les stades de CCR n'a été appliqué ici que dans 45% des cas, surtout chez les malades opérés. Les examens systématiques à type d'US ou de CT scan n'ont permis de diagnostiquer que 2 des 7 cas de récidive métastatique observés dans cette série, faible rendement qui semble justifier pleinement la recommandation récente du Thésaurus National de Cancérologie Digestive de limiter à la coloscopie, les modalités de surveillance systématique après traitement curatif d'un CCR de stade 1.  

Remerciements

Les auteurs remercient tous les gastroentérologues et médecins généralistes du département ayant suivi les patients et fourni toutes les informations utiles.