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CO0 - Après amputation abdomino-périnéale (AAP) de rattrapage pour cancer du canal anal la colostomie périnéale est une possibilité de reconstruction pelvienne efficace

Pocard Marc, Rouquier D, Castaing Marine, Ducreux Michel, Pignon JP, Goéré D, Lasser P
Rationnel

En cas de cancer épidermoïde du canal anal, le traitement de référence est une radiothérapie, plus ou moins associée à la chimiothérapie. En cas d'échec, la seule possibilité thérapeutique à but curatif restant, est une AAP dite de rattrapage. Il est possible de réaliser à l'issue, une reconstruction pelvienne partielle en utilisant la technique de la colostomie périnéale (CP) avec transplant libre musculaire colique. Cette technique, qui a démontré son efficacité sur la qualité de vie après cancer du rectum, n'a pas été évaluée pour la survie ni pour la cicatrisation après AAP de rattrapage pour cancer du canal anal.
 

Patients et Méthodes

Parmi une série monocentrique de 95 AAP pour cancer du canal anal, 13 patients ont été identifiés comme CP, soit 14%. Cette série ayant été analysée de façon globale, le caractère R0 de l'exérèse est apparu comme un critère majeur. De fait, les données cliniques et la survie du groupe de patient CP ont été comparées à un groupe de 65 cas d'AAP sans reconstruction pelvienne ayant eu une AAP R0.
 

Résultats

Les patients CP sont plus jeunes, 69% (n = 9) ont moins de 60 ans versus 42% (n = 27), p = 0.07. Une majorité de patients sont des femmes, 69% (n = 9) dans le groupe CP versus 72% (n = 47). Les stades tumoraux ne sont pas statistiquement différents dans les deux groupes, avec pour les patients CP, 58% (n = 7) versus 45% (n = 43) de stade T1 - T2 et 77% (n = 10) versus 74% (n = 43) de stade N0. Le traitement initial des 13 patients a toujours comporté une radiothérapie, associé à une chimiothérapie pour 7 cas. Tous ces patients ont eu un échec de cette prise en charge et ont eu une AAP de rattrapage.
Le délai de cicatrisation après la chirurgie a été statistiquement différent entre les deux groupes avec 85% (n = 11/13) des patients ayant cicatrisé dans les 15 jours suivant l'AAP avec CP versus 42% (n = 24/57) p = 0.003. Trois patients ont gardé une plaie non cicatrisée après 51 jours, aucun de ces patients n'avait eu une CP. En cas de colpectomie postérieure, la CP a permis des reconstructions périnéales autorisant une reprise des activités sexuelles.
Deux patients CP sont décédés pendant le suivi, dont un de la poursuite évolutive de son cancer après une chirurgie R2. La survie a été comparable avec des taux de survie à 1, 3 et 5 ans de 95%, 70% (0.59, 0.81) et 64% (0.51, 0.76) pour les 65 patients. Pour les 12 patients CP opérés d'une exérèse R0, la survie à 5 ans a été identique à la survie du groupe de 65 patients opérés d'une AAP de rattrapage avec colostomie iliaque définitive.
 

Conclusion

En cas de cancer épidermoïde de l'anus résistant au traitement médical, si une AAP de rattrapage doit être proposée, la réalisation d'une CP avec transplant libre, n'altère pas la survie et s'associe à une cicatrisation plus rapide. Elle permet en outre, en cas de résection vaginale associée, une reconstruction partielle du périnée.