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P.455 - Association entre la réponse anti-tumorale et la survenue d’une colite ou d’une hépatite immunologique au cours du traitement par nivolumab ou du pembrolizumab pour un mélanome ou un cancer bronchique

R. Dupont, E. Berard, F. Puisset, M. Schouler, M. Mourguet, R. Guimbaud, J. Mazières, N. Meyer, L. Alric

Introduction

Le nivolumab et le pembrolizumab, deux anti-PD1 utilisés en cancérologie, peuvent entraîner des effets secondaires immunologiques (irAE): dermatologiques, pulmonaires, articulaires, endocriniens mais aussi digestifs comme une colite ou une hépatite. Notre objectif était de préciser les conséquences pronostiques des irAE sous nivolumab ou pembrolizumab

Patients et Methodes

Cohorte en vie réelle de tous les patients consécutifs majeurs avec un suivi supérieur à au moins 6 mois ayant reçu du nivolumab ou du pembrolizumab seul hors essai thérapeutique pour un mélanome ou un carcinome bronchique non à petites cellules (CBNPC), identifiés via le registre exhaustif de la pharmacie du CHU. Les patients étaient inclus le jour de la 1ere administration d'anti-PD1. La survenue d’un irAE digestif ou non de grade 1 à 5 a été déterminée selon la classification CTCAE. La survie globale et sans progression ainsi que la réponse tumorale objective ont été analysées.

Résultats

311 patients ont été inclus sur 2 ans avec une durée médiane de suivi de 9.7 mois. Parmi eux, 194 patients étaient des hommes (62.4%), et d’âge médian de 64 ans (de 18 à 89 ans). Les patients étaient atteints de mélanome dans 120 cas (38.6%), et de CBNPC dans 191 cas (61.4%); 241 (77.5%) étaient traités par nivolumab, et 70 (22.5%) par pembrolizumab. Au cours du suivi, 166 irAE étaient observés chez 116 patients (37.3%). Un irAE spécifiquement digestif, défini et gradé comme une hépatite ou une colite, est survenu chez 41 patients (13.2% de la population globale et 35.3% des patients ayant eu au moins 1 irAE). Parmi ces 41 patients, l’anti-PD1 était le nivolumab dans 32 cas (78.0%) et le pembrolizumab dans 9 cas (22.0%). Ces 41 patients étaient atteints de 43 irAE : 38 colites et 5 hépatites. L’irAE était de grade 3-5 dans 11 cas (26.8%), traité par corticothérapie dans 18 cas (43.9%) dont tous les cas d’hépatite et amenait à l’arrêt de l’anti-PD1 dans 15 cas (36.6%). Une seule patiente atteinte d’une colite a reçu un traitement par infliximab. En analyse multivariée, la survie globale était significativement allongée en cas d’irAE non spécifiquement digestif, qu’il soit précoce (HR 0.47, p<0.001) ou tardif (HR 0.14, p<0.001), mais pas la survie sans progression. Le taux de réponse tumorale objective n’était pas significativement différent chez les patients ayant reçu une corticothérapie ou un immunosuppresseur pour irAE non spécifiquement digestif par comparaison aux autres patients atteints d'irAE (47.6% vs 56.9%, p=0.37). En analyse univariée, la survenue d’un irAE spécifiquement digestif était significativement associée à la survie globale (p=0.001) et à la survie sans progression (p=0.001). En analyse multivariée, la survenue d’un irAE spécifiquement digestif n’était pas significativement associée ni à la survie globale, ni à la survie sans progression. Le taux de réponse tumorale objective était plus élevé chez les patients atteints d’au moins un irAE digestif, comparativement aux patients n’ayant eu aucun irAE ou un irAE autre que digestif (43.9% vs 26.6%, p<0.05).

Discussion

Conclusion

Nos résultats confirment en vie réelle l’association entre survenue d’un irAE et efficacité antitumorale de du traitement par nivolumab et du pembrolizumab pour un mélanome ou un cancer bronchique. L’introduction d’une corticothérapie lorsqu’elle est nécessaire pour gérer l’ irAE  n’influence pas le pronostic du cancer. Notre étude est, à notre connaissance, la première à suggérer une association entre un irAE digestif de type colite ou hépatite et l’efficacité anti-cancéreuse des anti-PD1. Cette association, si elle est confirmée dans d’autres études, pourrait être un élément important dans la discussion thérapeutique autour de la prise en charge d’un patient atteint de cancer et chez lequel un irAE digestif est survenu sous anti-PD1.

D’autres études devront préciser le mécanisme de cette association entre irAE  et réponse anti-cancéreuse ainsi que les facteurs prédictifs de survenue d’irAe. 

Remerciements